Quelles réalités se cachent derrière le trop fameux « ils ne savent pas lire » ? À la différence du n° 17, ce numéro est davantage centré sur l’apprenant et il est serti de multiples portraits de non-lecteurs mais aussi de lecteurs, pour essayer de mieux cerner la diversité des modes d’appropriation de l’écrit et des conditions qui rendent cette appropriation possible, parmi lesquelles la peur d’apprendre et le rôle de la médiation culturelle. Diversité également des publics évoqués puisque les difficultés ou les horizons de lecture présentés sont, entre autres, celles d’élèves d’école primaire, de 6e en REP, de BTS en chaudronnerie, d’un étudiant en faculté de lettres ou de détenus de la prison de Loos. Des activités qui cherchent, modestement mais résolument, à inventer pour s’adapter à ces diversités.
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Sommaire
Je fais comme s’ils savaient lire / M.-M. Cauterman 9
Je fais comme s’ils ne savaient pas lire / D. Fabé 23
Les difficultés de lecture au collège : quelques interrogations / B. Daunay 51
Difficultés scolaires en 6e de REP: identification et remédiations / D. Crunelle, C. Damarey, L. Plancq 73
Mathieu ou le ROC imperméable : lecture en BTS / C. Coget 91
Diminuer la peur d’apprendre: le rôle de la médiation culturelle / S. Boimare 109
Lecture, Culture et / ou la vraie vie. Lire ou vivre des livres. Vive la lecture / vivre la lecture / S. Suffys 119
Un peu de temps / F. Leclerc du Sablon 139
Ne sait pas lire ! Félicitations / P. Heems 159
Mes lecteurs de troisième d’insertion / L. Godbille 167
Lire au petit se né pas super, c’est manifique ! / M. Cousin, F. Gagneuil 179
Des histoires de malentendus / F. Darras, M.-F. Desprez 191
Des nouvelles du livre pour la jeunesse : Le clonage / É. Vlieghe 201
Éditorial
Le présent numéro évoque les difficultés de lecteurs. Difficultés de lecteurs et non pas difficultés de lecture : pourquoi cette nuance ? Simplement pour concentrer notre attention sur l’apprenant. Mais ce n’est pas parce que nous évoquons ici ces élèves (qu’ils soient à l’école, au collège ou au lycée) pour qui la lecture peut poser problème et qui donc nous posent problème à nous, enseignants, que l’intégralité des articles sera consacrée aux non-lecteurs. À la différence du numéro 17 de la revue, clairement orienté, celui-là, vers l’enseignement spécialisé et la pédagogie du soutien, les élèves dont nous parlons ici ne sont pas forcément des élèves en grande difficulté et certains sont même réputés bons élèves. L’objet de ce numéro de Recherches n’est donc pas l’illettrisme. Cela ne veut pas dire pour autant que nous nions l’existence d’élèves en très grande difficulté voire totalement non-lecteurs au sein du système scolaire.
Cependant l’existence de ces élèves ne doit pas occulter celle de tous les autres. Ceux qui sont trop souvent rapidement catalogués comme ne sachant pas lire parce qu’ils nous posent des problèmes d’enseignement et qui pourtant maitrisent de réelles compétences de lecteur.
Posons plutôt que les lecteurs en difficultés sont des personnes et que chacun d’entre eux est un cas particulier qu’il n’est pas opportun de noyer dans un discours globalisant. Le trop fameux « c’est affreux, ils ne savent pas lire ! » […]
Qu’entend-on par hétérogénéité en maternelle, au CP, au collège ou au lycée ? Que peut apporter la rencontre entre une classe de 6e et une institutrice spécialisée messagère de sa classe d’IEM, entre deux classes d’un même collège, entre une école primaire et des enfants autistes ? Comment rend-on une classe homogène quand une classe dite « hétérogène » est une classe où les élèves ont du mal à vivre ensemble ? Des idées pour que le travail de groupes soit un outil d’apprentissage mais aussi un lieu où se travaille la relation à l’autre et à soi-même (ses difficultés mais aussi ses projets).
Des propositions de travail sur des supports imagés très divers : un film, des affiches de film ou de pièces de théâtre, des illustrations de nouvelles, des images de Pef ou de Goya, des bandes dessinées… Se servir de l’image pour faire parler, pour apprendre à lire et à communiquer (article d’une équipe de l’institut de rééducation psychothérapeutique de Roubaix consacré à l’usage du pictogramme), pour se regarder (travail sur des présentations orales filmées en 3e d’insertion), pour comprendre d’autres images, pour faire écrire et inventer. Des points de vue sur l’image que les élèves ont et donnent d’eux-mêmes mais aussi des interrogations sur la pseudo-évidence de l’image et de son utilisation comme facilitateur d’apprentissage.
Comment faire avec les injonctions d’enseigner l’oral ? Analyses institutionnelles et propositions didactiques (collège, LP, école élémentaire, lycée) permettent d’y voir un peu plus clair. Cadres didactiques généraux sur la parole en classe et le travail sur l’oral. Parallèlement, on s’interroge sur les limites des pouvoirs de la didactique : objectifs du travail des orthophonistes, analyse des digressions dans le travail de groupe. Sont questionnés également certains aspects des relations oral/écrit.
Depuis que la littérature de jeunes est entrée en classe, qu’est-elle devenue ? Comment continuer à innover avec les livres ou les albums en lecture et écriture sans céder à la banalisation scolaire ? Des démarches sont proposées pour le collège et les élèves en difficulté de l’école élémentaire. Peut-être faut-il aller aussi voir en dehors de la classe, dans les quartiers et auprès des parents, ou, dans le cadre des activités scolaires, emmener les élèves dans une « vraie » librairie, ouvrir le CDI à de « vrais » auteurs. Pour finir, il est également intéressant de s’informer sur l’édition (comment évolue-t-elle ? qu’en disent les éditeurs ?).
Violences ordinaires des institutions sur l’individu (élève, enseignant, parent) ; violences des valeurs non partagées (le passage 3e/2nde et la découverte d’un nouveau monde, où l’on découvre qu’appliquer une consigne d’écriture ne suffit pas à séduire le professeur), violence de la culture que le professeur/l’élève vit comme étrangère, violence de l’écrit sur l’oral, violence de la distance entre qui enseigne et qui apprend. Comme à l’habitude, les articles portent sur le collège, le LEGT et le LP, les classes spécialisées de l’école élémentaire, et même la formation initiale des enseignants !
Parler des textes qui nous parlent (du monde et d’autre chose) en fuyant le commentaire techniciste. De l’apprentissage de la compréhension au CP à la critique littéraire au lycée. Et entre deux, de nombreux exemples au collège et au LP, ainsi qu’en classe d’adaptation, de situations de parole autour des textes qu’on lit mais qu’on ne cherche pas à « commenter ». Une mise au point théorique sur la notion de lecture littéraire.
Des relations (paradoxales) entre fiction et réalité, ou comment, en classe, jouer avec (contre ?) le pouvoir des fictions. De nombreuses propositions didactiques (parfois quasi philosophiques) autour de l’écriture de fiction en collège, et d’autres (quasi sociologiques) autour de la lecture de textes fictionnels en LP (dont une nouvelle inédite de P. Boulle). Travail sur l’image en 3e, sur l’élaboration de récits d’énigme, sur la compréhension, en 2nde, de textes reposant sur l’opposition réalité/fiction.
Le détail de la gestion de la classe. Faire classe, c’est d’abord se demander ce qu’auront effectivement à faire les élèves, décider des moyens, des dispositions (matérielles, spatiales, temporelles), des groupements qui faciliteront les apprentissages. Comment mettre les élèves au travail ? Quelles consignes leur donner ? Comment enseigner avec des copies ? Comment faire réfléchir sur le travail, l’école, le travail en groupes, l’écriture ? Des analyses et des propositions didactiques.
Les apprentissages premiers : origines des échecs en lecture ? Que faire lire aux élèves en difficulté ? Au collège : quelles aides pour développer la compréhension (SEGPA) ? Lire de la littérature de jeunesse ? Lire en 3e d’insertion ? Au lycée, lecture intégrale en terminale L et en bac pro. La lecture à l’école maternelle : une histoire de partenariat école/familles.
Les exercices sont-ils utiles ? Suffit-il d’exercices pour que les élèves apprennent ? Aux élèves en grande difficulté, peut-on seulement proposer des exercices ? Pour alimenter ces interrogations, des propositions sur l’argumentation (LP, Lycée), le vocabulaire au brevet, discours direct/indirect, les pratiques de lecture en 3e, les activités de tri (CP) et la production de textes.