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N° 74 – APPRENDRE LA LANGUE

L’apprentissage de la langue est perçu comme difficile par ses acteurs, enseignants et élèves.  De nombreuses questions se posent, que ravivent les dernières instructions pour le lycée. De quelle langue parle-t-on ? De la langue normée, celle des programmes d’enseignement de la maternelle au lycée ? Ou de celle, sans cesse renouvelée, qui varie selon de multiples usages ? Et comment l’enseigne-t-on ? La question renvoie notamment à celle du métalangage ; le numéro fait le point sur cette croyance selon laquelle c’est en maitrisant le métalangage savant que les élèves sauront (mieux) écrire. Finalement, au rebours de prescriptions qui dissocient langue et sens, c’est la nécessité de les travailler conjointement qui est ici affirmée.

Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.

Sommaire

À quoi et à qui servent les rectifications orthographiques de 1990 ?
André Chervel

La grammaire au bac de français : ce fut comme une apparition
Catherine Mercier, Corinne Souche
Lire un extrait.

Rapports entre science et instructions à l’école élémentaire. Interactions complexes entre prescriptions et didactique du français : le cas de l’étude de la langue
Patrice Gourdet

L’écriture tâtonnée dans une classe de maternelle
Fabienne Bureau, Sabine Firringeri

Enseigner l’accord : un canevas de séquence d’enseignement de l’orthographe à l’essai
Solenn Petrucci

Sami est ravi, mais pas content
Patrice Heems

Orthographe : travailler en ateliers
Séverine Piot, Séverine Pollet
Lire un extrait.

Des difficultés de la remédiation orthographique chez des élèves avancés
Hélène Le Levier

Travailler l’orthographe au lycée : du contrat d’objectifs à la dictée dialoguée écrite et menée par les élèves
Catherine Mercier

Erreurs et maladresses dans les écrits d’étudiants. Comment les traiter ? L’exemple du participe présent
Françoise Boch

Éditorial

Un regard rétrospectif sur les différents numéros que Recherches a exclusivement dédiés aux apprentissages de la langue fait apparaitre une petite histoire de son enseignement. S’y dessine aussi, en creux, une certaine conception de l’enseignement centré sur les élèves et leurs pratiques langagières pour envisager les apprentissages de la langue et de ses normes, en opposition avec une conception normative et notionnelle non interrogée.
En 1991 (époque presque lointaine), le numéro 15 (Orthographe, grammaire) questionnait la place de la langue dans un enseignement du français qui s’organisait le plus souvent de manière cloisonnée, par juxtaposition de plusieurs sous-disciplines. Six ans plus tard, le numéro 26 (Langue) faisait une place à l’enseignement du français tout fraichement déclaré décloisonné par l’institution et à l’introduction, dans les nouveaux programmes du collège rénové de l’époque, des grammaires de phrase, de texte et de discours. Une révolution, apparemment, et, comme toutes les révolutions institutionnelles, balayée… à la réforme suivante. En 2008, le numéro 48 (L’enseignement de la langue) revenait en partie sur cette tripartition et rappelait, entre autres évidences, que la grammaire n’est pas une fin en soi mais qu’elle est un outil pour lire et écrire, et pour dire le monde ; ce que le numéro 53 (Lexique, vocabulaire) venait souligner, quelques années plus tard, au sujet de l’enseignement de ce vaste domaine de la langue qu’est le lexique.
Depuis un an, la réintroduction – ou plutôt la réaffirmation – de l’étude de la langue au lycée et toutes les questions et doutes qu’elle a soulevés nous a conduits à consacrer un nouveau numéro à cette discipline si particulière de la matière français.[…]

 

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – 2021

COUPS DE CŒUR DOCUMENTAIRES

Confinés déconfinés, Docteur Catherine Dolto/Colline Faure-Poirée, « Mine de rien », Gallimard Jeunesse Giboulées, 2020.

On aurait aimé que cet album ne parle que du passé et ne soit plus d’actualité… Il faudra encore attendre ! Et donc, rien de tel que les mots de Catherine Dolto pour comprendre ce que le coronavirus a changé dans nos vies, notamment celle des enfants.

Prenez le pouvoir les filles ! Jamia Wilson et Andrea Pippins, Casterman, 2020.

Les deux complices déjà mentionnées pour l’ouvrage I have a dream (Coups de cœur Hiver 18-19) récidivent dans un ouvrage conforme au précédent tant dans la maquette que le style des illustrations très colorées. Il s’agit cette fois-ci d’un guide à destination des adolescentes qui auraient besoin de « conseils pour croire en soi et s’épanouir dans la vie ». S’appuyant sur leurs expériences personnelles, les auteures en proposent 23, répartis en cinq chapitres : Prendre confiance ; Vivre avec les autres ; Faire des choix ; Passer à l’action ! ; Prendre soin de soi. Même si elles reconnaissent que c’est souvent « plus facile à dire qu’à faire », elles réussiront sans doute à convaincre nombre de filles qu’elles ne doivent pas hésiter à aller au bout de leurs rêves.

Nos droits, leurs combats, Irène Cohen-Janca et Édith Chambon, Les éditions des éléphants, avec le soutien d’Amnesty International, 2021.

En France, on pourrait parfois oublier que des femmes et des hommes se sont battus pour obtenir des droits qui paraissent aller de soi aux plus jeunes. Dix droits fondamentaux (ne pas être esclave, fréquenter l’école laïque et gratuite, voter quand on est femme, avoir des congés payés, avorter, ne pas être condamné à mort, aimer librement, faire grève, manifester) sont mis en valeur selon un schéma identique : un dessin introduisant  le sujet suivi d’une phrase qui a marqué les esprits ; une mise en contexte historique rappelant les étapes cruciales ; une bande dessinée retraçant un ou plusieurs moments forts et décisifs, complétée par ce qu’il en est aujourd’hui ; pour terminer, le portrait d’une personne ayant joué un rôle essentiel dans la conquête de ce droit, de Victor Schoelcher à Jean Jaurès en passant par Louise Weiss et Simone Veil, pour ne citer que quelques noms. La préface d’Amnesty International souligne la ténacité de chacune des personnes évoquées et le long chemin qu’il a fallu parcourir pour obtenir ces droits à travers les lois qui les ont actés ; mais attire également l’attention sur les remises en cause et les attaques dont ils font l’objet. Il faut donc les connaitre pour en bénéficier mais également les protéger et les défendre.
Ouvrage salutaire, à lire et relire, afin de se rappeler que certains droits ont été conquis de haute lutte, qu’ils n’existent hélas pas partout, loin de là, et qu’il faut rester vigilant face à ce/ceux qui les menace(nt). Devrait figurer en bonne place dans tous les CDI.

Aux premiers siècles de l’Islam, Dominique Joly et Emmanuel Olivier, « L’histoire du monde en BD », Casterman, 2020.

De façon claire et agréable, les auteurs racontent l’avènement du prophète Muhammad et la rédaction du Coran après sa mort. Ils narrent les conquêtes liées à la diffusion du message religieux et l’élaboration d’un empire gigantesque. Les débuts fastueux de la civilisation arabo-mulsumane sont décrits à travers la gestion des territoires par les califes ; l’artisanat et le commerce prospèrent, un art de vivre délicat se développe et les savoirs se multiplient grâce aux philosophes, médecins, astronomes et mathématiciens. C’est un véritable tour de force qu’il faut saluer d’avoir réussi à brosser en 48 pages l’essentiel des débuts de l’Islam jusqu’au XIIIe siècle. Abordable dès la fin de l’école élémentaire.

COUPS DE CŒUR ACTUALITÉ

Enfermés dedans, Série « Akissi », Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, Gallimard Bande dessinée. 2020.

Après avoir connu le succès avec Aya de Yopougon, l’auteure a imaginé les aventures de sa petite sœur Akissi. S’inspirant de sa propre enfance et des bêtises commises dans le quartier de Côte d’Ivoire où elle a grandi, la scénariste met en scène une bande d’enfants livrée à elle-même. Ce dixième album commence par la colère d’Akissi : son frère Fofana a reçu le vélo dont elle rêvait ; en outre, inutile de préciser qu’elle n’est pas satisfaite de la poupée qu’on lui a offerte, alors qu’elle préfère s’occuper des bébés du quartier même si on le lui interdit. Et quelle catastrophe, lorsque le président annonce un confinement en raison de l’épidémie de coronavirus ! Cette situation inédite donne lieu à une longue histoire, contrairement aux principes habituels mis en œuvre dans cette série. Car il faut brosser l’évolution d’Akissi, de sa famille et de ses amis durant vingt jours : la joie de ne plus devoir aller à l’école, les bonnes résolutions des parents faisant preuve de pédagogie pour expliquer les gestes recommandés, cèdent rapidement la place à l’énervement et à la compétition pour aller faire les courses ou promener n’importe quel animal… Chacun, petit ou grand, se retrouvera dans ces multiples saynètes, légères et réalistes, teintées d’humour et de malice. Comme dans chaque album, un bonus est offert à la fin : cette fois-ci, la recette des « claclos », un plat typique du pays.

Dix, Marine Carteron, Doado noir, Éditions du Rouergue, 2019.

Voici un roman noir, bien noir… Sept adolescents d’un même établissement scolaire accompagnés de trois adultes se retrouvent dans un manoir isolé sur l’île bretonne de Sareck. Coupés du monde, ils sont censés participer à une émission de télé-réalité sous forme d’escape-game. Mais le lecteur apprend rapidement que tous ont la conscience chargée. Les pièces du puzzle se mettent progressivement en place : la jeune Esther est morte et rien n’arrêtera la main implacable des « dieux ». Les crimes commis tant par les jeunes que par les adultes sont odieux, leur châtiment sera atroce. Âmes sensibles s’abstenir ! La vengeance concoctée est machiavélique, sanglante et immorale. Le lecteur, maintenu en haleine jusqu’à la fin, sera sans doute effaré face à la noirceur des thèmes évoqués : trahison, harcèlement, viol, inceste, suicide, drogue, meurtres ; les adultes se montrent lâches et capables des pires horreurs, mais les adolescents ne sont pas en reste : leurs relations peuvent devenir perverses et dangereuses. On se réjouit cependant des multiples références littéraires : à Agatha Christie évidemment, mais également à Charles Perrault, à la mythologie et aux textes antiques. Sans oublier quelques articles du code pénal !

Je te plumerai la tête, Claire Mazard, Syros, 2020.

L’auteure, nous ayant habitués à des romans traitant de sujets forts, parfois dérangeants, ne déroge pas à la règle avec ce récit glaçant d’emprise d’un père sur sa fille. Lilou est en première L ; âgée de 16 ans, elle vit dans une superbe villa près d’Aix-en-Provence avec son père, Édouard Cuvelier, séduisant patron d’une agence de publicité. Lilou adore son « papa-Lou », auquel elle voue une admiration démesurée ; obéissant à son père qui le lui déconseille, elle ne va même plus voir sa mère, Caroline, hospitalisée pour une récidive de cancer, avec laquelle les relations se sont dégradées depuis plusieurs années. Ses meilleurs amis, Emma, Camille et Lucas, ainsi que son amoureux Gabriel l’amènent cependant à se poser des questions et elle décide de retourner rendre visite à sa mère : elle découvre alors que son père lui ment et a tout fait pour les séparer l’une de l’autre. Il ne lui restera malheureusement que deux mois pour renouer (notamment par le biais de la littérature) avec cette femme qui fut la première victime d’un mari pervers narcissique, avant qu’il n’emprisonne sa fille dans une relation malsaine et toxique.
Rédigé à la première personne, avec la mention des dates, le texte développe le point de vue de Lilou dont le lecteur comprend rapidement, contrairement à la jeune fille, à quel point elle est manipulée par son père dont elle ne mesure ni l’étendue des mensonges ni la capacité de nuire. Il lui faudra beaucoup de temps pour se soustraire à son influence, pour trouver la force de lui résister et de lui dire non. Elle ne le pourra enfin qu’avec l’aide de ses amis, mais surtout de Jo, la sœur de sa mère, psychologue, et d’un jeune psy, Tino. Au terme d’un cheminement extrêmement lent et douloureux, ponctué par la découverte des nombreuses attitudes ou actions monstrueuses de son père, elle prend enfin conscience qu’il est malade et qu’elle doit se protéger de lui. À travers ce roman émouvant et fort, Claire Mazard ne cache pas son intention d’alerter un maximum de lecteurs face à cette perversion et de les aider à en décoder les symptômes pour s’en prémunir.

D.O.G, Nathalie Bernard et Frédéric Portalet, Thierry Magnier, 2020.

Il s’agit de la troisième enquête du lieutenant-détective Valérie Lavigne, les deux précédentes ayant été présentées dans « Actualités Printemps-été 2019 ». L’enquêtrice est chargée de retrouver trois adolescents fréquentant l’école secondaire Rosemont : Dorian Belenger, Sarah Poulin et Alicia Lavoie, sur laquelle va se concentrer le récit. Ces jeunes participent à un jeu en ligne, Days of Grace, consistant à relever des défis de plus en plus difficiles et tordus, et dont ils se sont fait tatouer sur le bras l’acronyme D.O.G… C’est ainsi qu’Alicia se retrouve dans les tunnels désaffectés de Montréal où sévit James Page qui l’emprisonne dans une cage. Peu à peu, l’enquête en recoupe une autre, celle de son ancien collègue Gautier Saint-James, chargé de traquer un kidnappeur d’enfants, Caleb Stein, qui se révèlera être le tueur en série ayant enlevé Paul, le petit frère de Valérie, des années auparavant. La pression s’accentue et, comme dans les romans précédents, le lecteur est tenu en haleine jusqu’au bout par un récit suivant alternativement Valérie ou ses collègues et Alicia, avilie et maltraitée par son bourreau. On s’attache ainsi aux différents personnages, qu’il s’agisse des adultes : Gautier a été quitté par sa femme Éva parce qu’il travaille trop et s’occupe à présent seul de son fils Hugo ; Valérie ne s’est jamais pardonné d’avoir envoyé Paul s’acheter des friandises afin de lire tranquillement ; ou de ces trois adolescents déjà cruellement marqués par la vie : Dorothée Hamel, qui n’a jamais reçu d’amour, se tient prête à accomplir le défi suprême du jeu alors qu’elle en connait la perversion  ; Alicia se dévalorise encore plus depuis que son grand frère  Daniel a été tué par un chauffard ; Alex, quant à lui,  n’a surmonté le traumatisme  de  la disparition de ses deux parents qu’en devenant survivaliste. Mais les compétences ainsi acquises lui permettent de sauver Alicia, laquelle réussit quand même à trouver le courage d’échapper à son tortionnaire puis à le neutraliser ; on comprend que ces deux-là vont s’en sortir, ce qui clôt le roman sur une note d’espoir.

La Folle Épopée de Victor Samson, Laurent Seksik, Flammarion, 2020.

Ce premier roman pour la jeunesse de l’auteur narre les aventures rocambolesques de Victor Samson, né à Mondino en 1900. Alors que Rachel, sa mère, s’inquiète pour un rien, Jacob, son père, ne craint rien. Tenant une officine qui vend toutes sortes de remèdes, il a inventé une boisson « au gout de paradis », efficace contre de nombreux maux : « la Jacobine » lui confère une réputation aussi flatteuse que sulfureuse auprès de ses concitoyens. Jusqu’au jour où, l’histoire se répétant, Jacob devient un bouc émissaire et périt dans l’incendie de sa boutique détruite par des villageois en colère. Plutôt que de rester à Nice aux côtés de son oncle Mathias, Victor décide alors de partir en Amérique réaliser le rêve de son père : faire découvrir au monde entier la Jacobine. Inutile de préciser que son chemin sera semé d’embuches : enrôlé de force il participe à la guerre 14-18, ce qui lui vaudra une amitié indéfectible avec Alphonse, rendu aveugle par les gaz, mais prêt à le suivre jusqu’au bout du monde ; ils se retrouveront à Berlin, à Moscou, à Pékin puis à Hollywood. Ils croiseront Einstein, Jean Jaurès, une princesse, Trotski et Charlie Chaplin, avant de se séparer et de retrouver chacun leur amoureuse…
Ancré dans une réalité politico-historique, ce parcours initiatique est décliné avec simplicité et sans temps mort. Victor est un personnage sain et optimiste, qui va jusqu’au bout de son rêve, sans le brader pour autant ; il sera confronté à toute la palette des attitudes et sentiments humains : amitié, amour, haine, intolérance. L’univers et les valeurs humanistes du romancier servent de toile de fond à cette « folle épopée » qui n’est pas sans rappeler dans ses enchainements, emboitements et rencontres, celle du « vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire[1 ]».

[1] Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire », Jonas Jonasson, Presses de la cité, 2011. Existe en Poche Pocket.

Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, Suzanne Collins, traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume Fournier, PKJ, 2020.

L’auteure a cédé à la tentation du préquel en imaginant Panem 64 ans avant les évènements narrés dans sa célèbre trilogie [1]. Les fans retrouveront les jeux (dixième édition, précédée de « la moisson ») et découvriront ainsi de nouveaux personnages mais également Coriolanus Snow adolescent, futur dictateur de la série. Ce dernier, âgé de 18 ans, orphelin vivant avec sa grand-mère et sa cousine Tigris, est un jeune homme désargenté, ambitieux et arrogant. Mentor pour la première fois, le sort lui attribue une fille du district 12, Lucy Gray Baird. Cette jeune fille, préfigurant le personnage de Katniss, fait partie des Covays ; c’est une artiste itinérante réputée pour son chant. S’il veut gagner, Coriolanus doit favoriser Lucy : il ne s’en privera pas, en l’aidant plusieurs fois à éliminer ses concurrents, et elle gagnera grâce à lui. Partagé entre son affection pour sa protégée avec laquelle il entretient une liaison et son ambition, il n’hésitera pourtant pas à choisir les chemins les plus obscurs. Sa tricherie découverte, il n’a d’autre choix que de devenir Pacificateur et bascule dans le crime : il fait exécuter son ami Sejanus Plinth à sa place, cherche à tuer Lucy et s’acoquine avec Volumnia Gaul, spécialiste des modifications génétiques, puis élimine le doyen Casca Highbottom qui en sait trop. Située dix ans après la guerre (« Les jours sombres »), cette intrigue permet d’explorer l’état de nature et d’envisager de différentes manières la survie dans le monde de Panem en pleine reconstruction.

[1] Les tomes 1 et 2 sont présentés dans le numéro 52 de Recherches (2010), le tome 3 dans le numéro 54 (2011).

NOUVEAUTÉS EN MATIÈRE D’ÉDITIONS ET DE COLLECTIONS

Gallimard jeunesse

Le Trésor des histoires Motordu, Pef, « L’heure des histoires », 2020.

Voilà qui devrait ravir les fans de « belles lisses poires » : pour célébrer les 40 ans du célèbre personnage de Pef, six aventures de Motordu au format album, dans une nouvelle maquette.

Les Quatre Filles du docteur March, Les filles du docteur March se marient, Le Rêve de Jo March et La Grande famille de Jo March, Louisa May Alcott, traduit de l’anglais (États-Unis) par Paulette Vielhomme-Calais (tome 1) et par Claude Loriot-Prévost (tomes 2, 3 et 4), Folio Junior, 2019 (tomes 1, 2 et 3), 2021 (tome 4).

Inutile de présenter ces quatre sœurs… La suite de leurs aventures, alors qu’elles sont devenues des jeunes femmes, étaient inédites chez Gallimard Jeunesse qui a saisi l’opportunité de la sortie du film de Greta Gerwig (2020), adapté des deux premiers tomes.

Nathan

Deux nouvelles séries pour les enfants qui apprennent à lire et une troisième pour les ados :

« Titus et les lamas joyeux » : Mission sac de piscine, Au secours, un ado !, Anne-Gaëlle Balpe et Zoé Plane, Premières lectures, BD, 2020.

Adila, Gédéon, Jo, Romi et Titus forment une bande très soudée, toujours prête pour de nouvelles missions et aventures… Qu’il s’agisse d’éviter une punition à leur copain Paolo qui a de nouveau oublié ses affaires de piscine ; ou de tout mettre en œuvre pour que Titus, soudain couvert de boutons d’acné, ne soit séparé d’eux car expédié au collège.
Destinées aux enfants qui apprennent à lire, ces bandes dessinées humoristiques comportent à chaque fois une chute amusante que l’on comprend sans qu’il soit besoin de texte ; elles peuvent se lire avec l’aide de l’adulte (chacun sa bulle) ou en autonomie dès que l’enfant sait lire des mots simples.

« Mon premier escape Game » : Panique chez les manchots (Les animaux de Lou), Mymi Doinet. Piégés dans la forêt (Amélie Maléfice), Arnaud Amméras, 2020.

Les parents des apprentis lecteurs seront mis à contribution, au moins dans un premier temps, pour les accompagner dans des enquêtes mettant en scène les héros de deux séries, peut-être déjà connues. Chaque double page comporte des bulles, du texte et une énigme à résoudre.  En ce qui concerne la première aventure, Lou et Sam doivent aider les parents manchots à retrouver leur œuf disparu. Et pour ce faire : lire un message dans un miroir, trouver des personnages identiques, décrypter un message écrit en code ou dans lequel chaque voyelle est remplacée par un chiffre, déchiffrer un rébus ou des mots mêlés, compter des animaux. Dans la deuxième, Amélie et Siméon sont confrontés à une forêt envahissante que seule une formule magique leur permettra de faire disparaitre. Il leur faudra donc : repérer les premières lettres des mots, remplacer chaque lettre par la lettre suivante dans l’alphabet, suivre du doigt un labyrinthe et noter les lettres qui y sont cachées ou reconstituer des lettres à moitié effacées. Une façon ludique d’appréhender la lecture en équipe. Les solutions sont livrées à la fin des ouvrages au cas où…

Court toujours

Silent Boy, Gaël Aymon ; Aux ordres du coeur, Fabrice Colin ; Les Potos d’abord, Rachel Corenblit ; Le Livre le plus mauvais du monde, Vincent Cuvellier ; Comme un homme, Florence Hinckel ; Son héroïne, Séverine Vidal, sont les six premiers titres de cette nouvelle collection de textes très courts (une soixantaine de pages) destinés aux lycéens, voire aux étudiants, peu enclins ou pressés de lire, sachant qu’ils existent également en version numérique ou auditive pour ceux qui préfèreraient. L’éditeur a fait appel à de auteur·e·s reconnu·e·s qui ont rédigé, dans une langue percutante et exigeante, des histoires variées, réalistes et parfois drôles ou légères, mais également très dures. Les personnages sont amenés à grandir face aux aventures ou épreuves qu’ils traversent.
Dans l’ordre : Anton, adolescent très introverti, s’exprimant surtout sur internet y puise le courage de dénoncer le harcèlement d’un camarade. Johanne, 17 ans, accompagne la folie de sa mère, quitte à s’oublier et se perdre. L’amitié d’Ihmed et de Nathan est mise en péril lorsqu’ils partent en vacances à deux, sans adultes. Adolescent un peu paumé et désœuvré, Paul rencontre l’auteur, incontrôlable, du livre incompréhensible qu’il a trouvé dans une boite à livres. Ethan, 18 ans, découvre le calvaire vécu par sa mère : va-t-il tuer ce grand-père coupable de viol et d’inceste ? Après avoir « sauvé » Jessica d’une agression, Rosalie la harcèle, faisant de la vie de sa nouvelle « amie » un cauchemar.

Casterman

Casterminouche, une histoire et on se couche !

Une nouvelle collection qui compte déjà 19 titres inédits : des histoires courtes, tendres, humoristiques, voire impertinentes, qui offrent dix minutes de lecture chaque soir pour les plus petits. Mignons petits albums souples à petit prix. Citons par exemple :

Le casting des loups, Anne-Isabelle Le Touzé, 2020.

Huit  loups (et quelques intrus) se présentent pour jouer le rôle d’un grand méchant loup : une petite souris commente leur prestation. Humour et parodie, dans un style bande dessinée.

Cet enfant que j’aime infiniment, Capucine Lewalle et Maud Legrand, 2020.

Déclaration d’amour poétique et fantaisiste d’une mère à son enfant, accompagnée de dessins crayonnés aux couleurs tendres et douces. Une belle réussite.

DES NOUVELLES DES RÉSEAUX DÉJÀ PRÉSENTÉS

L’ENFANT ESPION

Opération Shark : 1. Amos, 2. Julia, 3. Diego. Christelle Chatel/Vincent Roché, Nathan, 2020 et 2021.

Nouvelle série destinée aux 8-12 ans, mettant en scène quatre adolescents faisant partie d’une agence très spéciale baptisée Gulliver. Leur objectif ? Combattre SHARK, une dangereuse organisation cherchant à dominer le monde en s’attaquant aux enfants. Amos, 12 ans, se réveille amnésique. Peut-être est-ce lié à une découverte qu’il aurait faite lors d’une mission en solo sur un jeu vidéo. Julia, Diego, Kenzo et lui partent alors en Californie pour enquêter secrètement au sein du « Video Games Institute ». Dans une deuxième aventure, qui les mène au Portugal, il s’agira d’infiltrer les « Kidolympiques », une compétition sportive réservée aux adolescents. Il leur faudra protéger les participants face à l’équipe d’un pays inconnu, le Babistan. Enfin, dans une troisième, ils se rendent à Singapour, où va se tenir un sommet de chefs d’état autour de l’écologie, car Diego a reçu un mail d’Amos daté du moment où ce dernier a été retrouvé amnésique !
Il faut beaucoup de « coopération » pour adhérer aux aventures trépidantes, souvent empreintes d’humour, de ces agents de 12 ans : ils ont une famille qui ignore tout de leurs activités secrètes au service d’une agence dirigée par L., minichef au sens propre, puisqu’elle est miniaturisée ! Tout est à l’avenant notamment les gadgets : télécommande permettant d’emprunter des passages secrets dans Paris, robot au flair infaillible ayant l’apparence d’un teckel, traducteurs multilingues collés au gosier, vêtements furtifs, etc. L’auteure s’en donne à cœur joie sans se soucier de vraisemblance.

EXILS ET MIGRATIONS

Je me souviens, Gilles Rapaport, Gallimard Jeunesse, 2020.

À la manière de Georges Perec, l’auteur rend hommage au pays qui a permis à son père, ainsi qu’à lui-même, d’être Français, depuis l’arrivée de ses grands-parents au début du XXe siècle. Ces derniers, juifs exilés, auraient pu connaitre ainsi que leurs fils, un sort terrible sans la mobilisation de citoyens « désobéissants » qui les ont protégés. Sans eux, l’auteur ne serait pas né, n’aurait pas bénéficié des droits et des libertés en vigueur dans une démocratie. G. Rapaport met donc en avant dans cet album toutes celles et ceux qui ont aidé sa famille pendant la seconde guerre mondiale ou plus tard. À une époque où les frontières se referment, quand certains voudraient faire croire que l’Étranger est la cause de tous nos maux, cet ouvrage rappellera que pour d’autres, notre pays peut être une terre d’accueil où la solidarité n’est pas un vain mot.

RÊVE OU CAUCHEMAR ?

Les rêves d’Ima, Ghislaine Roman-Bertrand Dubois, Cipango, 2020.

Ima, fille de Juan le pécheur et de Luna, vit à Guaqui, village andin situé au bord du lac Titicaca. Elle perd un jour la joie et la santé car elle fait d’horribles cauchemars peuplés de monstres terrifiants. Toute la famille se mobilise pour lui faire retrouver le sourire : Inès, sa tante, Luis et Alvaro[1], ses oncles, lui enseignent tour à tour l’art du tissage, de la confection de bijoux et de poteries. Rien n’y fait : ses parents consultent alors Kamaq, vieil indien capable d’interpréter les rêves. Si le « piège à rêves » remis à Ima et la formule magique prononcée la délivrent effectivement de ses cauchemars, c’est au prix de la disparition de toute inspiration chez les artisans du village : les objets produits sont tellement fades, ternes et tristes que le marchand venu de Cuzco les refuse. C’est Ima qui trouvera elle-même la solution en affrontant ses rêves qu’elle retranscrit au jour le jour pour les lire ensuite aux villageois émerveillés. Un très beau conte magnifiquement illustré, aux couleurs chatoyantes, donnant au lecteur le sentiment d’être au Pérou et de mieux comprendre les légendes incas toujours vivantes.

[1] Appelé Alvaro en début d’histoire, le potier est ensuite nommé Pablo quelques pages plus loin…

 FILLE OU GARÇON ?

Valentin de toutes les couleurs, Chiara Mezzalama et Reza Dalvand, Les éditions des éléphants, 2021.

La dédicace de l’illustratrice : « Pour ceux qui sont différents et fiers de leur différence » résume parfaitement l’intention de ce bel album multicolore qui affirme subtilement qu’un garçon a le droit d’aimer coudre et d’être nul en foot. Valentin aime les couleurs, celles qui symbolisent l’amitié et traduisent les humeurs, sombres ou joyeuses… Il s’entend bien avec ses amies Aline et Marie, mais les garçons se gaussent de lui quand il n’arrive pas à attraper le ballon. Moqué et harcelé, il est tenté de basculer dans la phobie scolaire après avoir déchiré le tee-shirt d’Antoine, un camarade qui l’a fait volontairement trébucher. Cependant, la machine à coudre reçue pour son anniversaire va l’aider à surmonter sa peine et sa colère : Valentin confectionne un magnifique tee-shirt arc en ciel pour Antoine, car il souhaite ardemment que « l’amitié soit de toutes les couleurs et que les choses déchirées puissent se réparer ».
Un très beau texte, simple et lumineux, prônant de façon délicate le refus des stéréotypes, la tolérance et l’acceptation de soi. Les parents de Valentin se montrent aimants, le soutiennent et le comprennent sans mot dire, ce qui évidemment l’aide à s’assumer tel qu’il est.

Julie qui avait une ombre de garçon, Christian Bruel et Anne Galland. Illustré par Anne Bozellec. Le sourire qui mord, 1976. Réédité chez Être Édition, 2009, puis chez Thierry Magnier, 2014.

Julie ne se comporte pas du tout comme une fille aux yeux de ses parents qui la traitent de « garçon manqué ». Elle sait qu’elle les déçoit, elle voudrait pourtant qu’ils l’aiment. Un jour, elle se réveille avec une ombre de garçon qui la provoque et la harcèle. Elle doute alors de son identité, ne sait plus qui elle est vraiment et part se réfugier dans un trou au parc : elle y rencontre François, son double inversé. On lui reproche en effet d’avoir une « tête de fille », de « pleurer comme une fille »… Ils se réconfortent mutuellement, puis concluent qu’ils peuvent être les deux à la fois, fille et garçon, mais surtout qu’ils ont le droit d’exprimer et d’être ce qu’ils sont.
Une belle histoire, poétique et métaphorique, ayant le mérite de s’adresser aux plus jeunes. Il n’y avait sans doute à l’époque que cette maison d’édition, originale et impertinente, pour publier un album abordant un tel propos qui a d’ailleurs suscité la polémique, tant par le sujet que parce qu’il fait allusion, très discrètement mais sans pudibonderie, à la masturbation.
C’est la lecture de l’album précédent qui m’a remis en mémoire celui-ci, victime d’un oubli impardonnable de ma part ! Mais il n’est jamais trop tard pour s’amender.

ET POURQUOI PAS DES FILMS ?

• Des fictions

Madame Doubtfire, Chris Colombus, 124 mn, 1993. Existe en DVD.

Adapté du roman d’Anne Fine (présenté dans le numéro 55, p. 213), ce film bien connu met en scène Daniel Hillard, acteur au chômage, qui se déguise en gouvernante pour s’occuper de ses trois enfants que son ex-femme Miranda l’empêche de voir. Nombreuses scènes hilarantes et personnage masculin plus attachant que dans le roman. S’appuyant sur la performance de Robin Williams, le réalisateur met l’accent sur l’humour et la comédie.

Osama, Sedigh Barmak, 84 mn, 2003. Existe en DVD.

Dans l’impossibilité de travailler en raison des interdictions des Talibans, une mère et sa fille de 12 ans se retrouvent sans ressources suite à la mort des hommes de la famille. La jeune fille se déguise alors en garçon et vit dans la peur constante qu’on ne découvre sa véritable identité.

Tomboy, Céline Sciamma, 84 mn, 2011. Existe en DVD.

L’espace d’un été, Laure, 10 ans, devient Mickaël, car Lisa l’a prise pour un garçon : cette méprise lui permet de s’intégrer dans une bande au sein de laquelle elle trouve sa place, elle, le « garçon manqué » (« Tomboy » en anglais) jusqu’au jour où elle est « découverte ». Très beau film sur les troubles de l’identité au seuil de l’adolescence.

Parvana, une enfance en Afghanistan, Nora Twomay, 94 mn, 2018. Existe en DVD.

Film d’animation adapté du livre éponyme de Deborah Ellis (que j’ai présenté dans le n° 60, p. 233). Parvana, 11 ans, se fait passer pour Kassem afin de pouvoir sortir dans Kaboul et d’y travailler pour nourrir sa famille.

Girl, Lukas Dhont, 105 mn, 2018. Existe en DVD.

Lara, 15 ans, pratique la danse. C’est une jeune fille trans, soutenue par un père bienveillant. Mais Lara souffre des lenteurs de sa transformation malgré la prise d’hormones, ce qui la conduira à un geste radical (automutilation). Film encensé par la critique, notamment en raison de la prestation du jeune acteur (non trans), mais nettement moins bien perçu par les personnes transgenres qui reprochent au film d’être trop centré sur la génitalité. A réserver aux plus âgés.

Lola vers la mer, Laurent Micheli, 90 mn, 2019. Existe en DVD.

À la mort de sa mère, Lola (jouée par une jeune actrice transgenre) doit renouer avec son père qui ne comprend ni n’accepte sa transidentité, pas plus que l’opération qu’elle envisage. Ils s’affrontent lors d’un voyage vers la mer pour disperser les cendres de la mère.

Mytho, série télévisée d’Anne Berest et Fabrice Gobert, saison 1, 6 x 45 mn, 2019. Existe en DVD.

Une mère de famille, surmenée et peu considérée par les siens, s’invente un cancer. Dès lors, mari infidèle et enfants égoïstes sont aux petits soins pour elle. Parmi les trois enfants, Sam se vit comme une fille et séduit son correspondant allemand.
Une deuxième saison a été réalisée depuis.

• Des documentaires

Indianara, Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, 84 mn, 2019. Existe en DVD.

De 2016 à 2018, les réalisateurs ont suivi Indianara Siqueira, militante et femme politique transgenre qui a créé Casa Nem à Rio de Janeiro pour accueillir toutes les personnes LBGT persécutées au Brésil (2017 personnes transgenres assassinées en 2017). Pour grands adolescents et adultes.

Petite fille, Sébastien Lifshitz, 83 mn, 2020. Existe en DVD.

Le réalisateur a suivi pendant un an Sasha, 7 ans, née dans un corps de garçon mais qui se sent et se vit fille depuis l’âge de 3 ans. Sa famille, notamment sa maman, la soutient et témoigne de leur quotidien semé d’embûches. Un documentaire lumineux et émouvant, destiné au grand public, dont on espère qu’il contribuera à faire évoluer les mentalités.
Du même réalisateur, Bambi, 60 mn, (2013), moyen métrage sur l’une des premières transgenres françaises. Pour grands adolescents et adultes. Existe en DVD.

Sous la peau, Robin Harsch, 85 mn, 2020.

L’acteur-réalisateur suisse a filmé et interrogé durant deux ans trois jeunes ados, Effie Alexandra, Logan et Söan, qui ont décidé d’accomplir leur transition de genre et participent aux groupes de parole du « Refuge » situé à Genève. Il les accompagne avec chaleur et pudeur, ainsi que quelques parents, des mères surtout, dont certaines témoignent qu’elles ont « perdu » un enfant et ont dû en faire le « deuil ». Un père témoignera également du chemin parcouru. Un documentaire essentiel dont Effie Alexandra espère qu’il contribuera à soutenir la cause des trans.

RÉÉDITIONS OU PARUTIONS AU FORMAT DE POCHE DE TITRES DÉJÀ ÉVOQUÉS (ou pas, d’ailleurs…)

Éditions d’eux

Le jardin d’Abdul Gasazi, Chris Van Allsburg, traduit de l’anglais par Christiane Duchesne, 2020.

Mademoiselle Hester a confié Fritz, son chien espiègle et « mordilleur » au jeune Alan Mitz. L’adolescent l’emmène se promener près d’un magnifique jardin, hélas interdit aux chiens, appartenant à un magicien à la retraite ; mais ce mal élevé de Fritz n’en a cure et se sauve. Alan le poursuit dans tout le jardin pour finalement se trouver nez à nez avec l’imposant Abdul : le magicien accepte de lui rendre le cabot… sous la forme d’un canard qui finit par s’envoler, non sans avoir dérobé sa casquette au garçon ; ce dernier repart seul chez Mademoiselle Hester, terrorisé à l’idée de lui avouer la vérité. Mais celle-ci se moque gentiment d’Alan, un peu trop grand pour croire à la magie, et il rentre chez lui en se sentant un peu bête : en effet, Fritz est revenu et il s’amuse follement avec la casquette d’Alan !  Cet album reflète bien l’univers étrange et fantastique cher à l’auteur. Mélange de réalisme et d’imaginaire, cette histoire pourrait bien correspondre à la définition du fantastique par Todorov[1]. Le texte, simple et précis sur la page de gauche, est magnifiquement illustré sur la page de droite en un noir et blanc, décliné dans toutes les nuances de gris. Ces illustrations pointillistes pleines de relief (Chris Van Allsburg fut d’abord sculpteur[2]) débordent d’ailleurs sur la page de gauche ; elles rendent hommage à tous ceux qui inspirent l’auteur tels Vermeer, Piranèse, Caspar David Friedrich, Edward Hopper ou Magritte…
C’est donc une merveilleuse idée que d’avoir réédité ce premier album (1979) de l’auteur-illustrateur dévoilant déjà un talent que ses créations suivantes confirmeront. Peut-être moins connu que Jumanji ou Boréal-Express, adaptés au cinéma, ou que Les mystères de Harris Burdick qui reste mon préféré, ce conte malicieux, bénéficiant d’une maquette luxueuse, n’a pris aucune ride : il ravira petits et grands.

[1] « Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un évènement en apparence surnaturel. » Introduction à la littérature fantastique, Tzvetan Todorov,. Seuil, 1970.
[2] L’illustration de couverture en atteste, puisqu’il s’agit d’art topiaire, c’est-à-dire de haies taillées, dans ce cas, en forme d’animaux. Tous les lecteurs ayant vu Edward aux mains d’argent (Tim Burton, 1990) savent de quoi il s’agit, même s’ils ne connaissent pas l’expression…

Gallimard jeunesse

Trois filles en colère, Isabelle Pandazopoulos, coll. Pôle fiction, 2020.

L’auteure de La décision[1] met en scène trois beaux personnages de jeunes femmes ainsi que leur entourage entre Aout 1966 et Novembre 1968. À travers la correspondance de Suzanne, parisienne, de Magda sa cousine retournée vivre à Berlin et de Cléomèna, obligée de fuir la dictature des colonels en Grèce, elle retrace deux années fertiles en évènements politiques, sociaux et historiques, auxquels sont confrontés les trois filles ainsi qu’une dizaine de personnages les entourant, de près ou de loin. Se présentant comme la mise en forme de missives, documents divers et archives trouvés par hasard au fond d’une valise, présents dans l’ouvrage sous forme de fac similés, ce récit par lettres très documenté restitue l’atmosphère si particulière de l’Europe à la veille de mai 68 à travers la vie intime de jeunes femmes qui découvrent les luttes politiques (Magda, Suzanne) ou les subissent (Cléomèna) ; elles conquièrent peu à peu leur liberté : celle de se détacher du passé, des secrets de famille et de tracer chacune un chemin qui lui est propre.

[1] Voir la présentation de cet ouvrage dans le numéro 64 de Recherches (2016), réseau « Encore adolescent.e.s, déjà parents ».

Nathan

Chère Madame ma grand-mère, Élisabeth Brami, Dyscool, 2020.

Saluons la parution dans une version de « lecture facilitée » de ce petit roman épistolaire recommandé pour les cours moyens et la sixième.
Vivant seule en Pays de Loire avec sa mère, Olivia, 12 ans et demi, s’interroge depuis trop longtemps sur son père qu’elle ne connait pas. Ayant trouvé deux fois le nom de Madame Barrois (le nom de son père) dans les affaires de sa mère, elle décide d’écrire à cette dame dont elle pense qu’elle pourrait être sa grand-mère.
Mais Eléonore Barrois, qui habite à Marseille, se montre d’emblée très réticente : il faudra à la jeune fille beaucoup d’opiniâtreté pour entamer les défenses d’une femme meurtrie par la vie et découvrir enfin le secret de ses origines. Cette correspondance, comprenant onze lettres en tout, s’étale sur plusieurs mois. C’est le temps qu’il faudra à Olivia pour « apprivoiser » sa grand-mère, parler à cœur ouvert avec sa mère, lever les malentendus qui ont gâché la vie de trois personnes, se réappropriant ainsi son histoire. Un roman délicat et sensible mettant bien en valeur les effets néfastes des secrets de famille.

PKJ

Dys sur dix, Delphine Pessin, 2021.

Présenté dans Coups de cœur Printemps-Été 2019.

 Divergente raconté par 4, Veronica Roth, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Delcourt, Best-seller, 2021.

Tobias Eton, alias « Quatre » raconte sa vie chez Les Altruistes avant de choisir les Audacieux, étant le premier de sa faction à agir ainsi. Les trois premiers récits, Le Transfert, Le Novice et Le Fils se situent avant la rencontre de Tobias et de Tris, tandis que le quatrième, Le Traitre, se déroule chronologiquement au milieu du tome 1, comblant ainsi un blanc : la rencontre des deux personnages.
La trilogie initiale, mêmes auteure et traductrice, est parue au format poche dans la même collection en 2017.

Le Jeu du maitre : 1- La Partie infinie et 2– La Révolution, James Dashner, traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume Fournier, « Best-seller », 2020 et 2021.

Dans le premier tome, Michael évolue dans un univers virtuel, le VirtNet, moitié jeu vidéo, moitié réseau social ; il y fréquente Sarah et Bryson, hackers comme lui. Mais les trois amis vont être confrontés à des suicides qui eux sont bien réels…

Après avoir mis sa vie en danger, Michael est plus que jamais, dans le tome suivant, confronté à de terribles machinations : rien moins que le remplacement des esprits humains par des esprits virtuels… La parution en poche du dernier tome intitulé Fin de partie, devrait suivre. Par l’auteur de la série Le Labyrinthe, également disponible en poche et adaptée au cinéma par Wes Ball.

N° 69 – USAGES DU NUMÉRIQUE

Le numérique s’est imposé à l’école comme à la société dans son ensemble. Sont entrés dans les classes nombre d’objets concrets ou virtuels dont l’utilisation ne va pas de soi, pour des raisons techniques, didactiques et pédagogiques. Enseigner avec le numérique conduit à se débarrasser de quelques idées reçues (telles que la familiarité des élèves avec ces objets, le caractère novateur du numérique ou ses effets supposés dans la lutte contre l’échec scolaire et les inégalités). Les analyses et les démarches d’enseignement présentées dans ce numéro éclairent les enjeux et conditions d’usages pertinents du numérique au service des apprentissages du cours de français.

Le numéro est disponible aux Presses Universitaires du Septentrion.

Sommaire

Gestion des diversités dans la classe à l’heure du numérique / Virginie Trémion  9

Regarde-toi, regardez-moi : le téléphone portable, outil pour s’entrainer à l’oral du bac de français / Malik Habi  23

Des tablettes en maternelle / Virginie Wrobel  39

La fanfiction : une ressource pour lire l’œuvre intégrale / Magali Brunel  51

Écriture et numérique : pourquoi et comment parler de littéracie numérique ? / Bertrand Daunay, Cédric Fluckiger  71

Un pari risqué : utiliser l’espace numérique de travail et son forum pour réaliser une anthologie collective / Catherine Mercier  87

Le téléphone en classe de langue, entre instrument de pouvoir et catachrèse pédagogique / Salifou Koné  111

La circulation des ressources entre enseignants utilisateurs de TNI via internet et au sein d’une école : modalités et fondements didactiques / Stéphanie Boucher  135

Analyse didactique des discours d’enseignants sur les pratiques numériques des étudiants / François Annocque  153

Des nouvelles du livre pour la jeunesse : exils et migrations (volet 2) / Élizabeth Vlieghe  177

Merci ! / La rédaction  195

Éditorial

D’abord, il y a eu les MO5, suivis des TO7 : des ordinateurs de marque Thomson qui ont fait leur apparition dans les écoles, collèges et lycées à la faveur du plan « Informatique pour tous » de 1985. Laissons-les dans les réserves où ils ont vite été relégués pour obsolescence, mais soulignons l’intitulé du plan : quand une action politique ou sociale s’affiche « pour tous », elle pointe le fait que la chose dont on parle est, jusqu’alors, réservée à certains. Le plan se voulait instrument de correction d’inégalités : inégalité des chances des élèves, inégalité d’accès des citoyens à l’informatique (par l’ouverture « à tous les citoyens dans un cadre contractuel avec les collectivités locales » d’ateliers au sein des établissements équipés). […]

Gourdet Patrice

N° 74 – Rapports entre science et instructions à l’école élémentaire. Interactions complexes entre prescriptions et didactique du français : le cas de l’étude de la langue

N° 74 – APPRENDRE LA LANGUE

L’apprentissage de la langue est perçu comme difficile par ses acteurs, enseignants et élèves.  De nombreuses questions se posent, que ravivent les dernières instructions pour le lycée. De quelle langue parle-t-on ? De la langue normée, celle des programmes d’enseignement de la maternelle au lycée ? Ou de celle, sans cesse renouvelée, qui varie selon de multiples usages ? Et comment l’enseigne-t-on ? La question renvoie notamment à celle du métalangage ; le numéro fait le point sur cette croyance selon laquelle c’est en maitrisant le métalangage savant que les élèves sauront (mieux) écrire. Finalement, au rebours de prescriptions qui dissocient langue et sens, c’est la nécessité de les travailler conjointement qui est ici affirmée.

Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.

Sommaire

À quoi et à qui servent les rectifications orthographiques de 1990 ?
André Chervel

La grammaire au bac de français : ce fut comme une apparition
Catherine Mercier, Corinne Souche
Lire un extrait.

Rapports entre science et instructions à l’école élémentaire. Interactions complexes entre prescriptions et didactique du français : le cas de l’étude de la langue
Patrice Gourdet

L’écriture tâtonnée dans une classe de maternelle
Fabienne Bureau, Sabine Firringeri

Enseigner l’accord : un canevas de séquence d’enseignement de l’orthographe à l’essai
Solenn Petrucci

Sami est ravi, mais pas content
Patrice Heems

Orthographe : travailler en ateliers
Séverine Piot, Séverine Pollet
Lire un extrait.

Des difficultés de la remédiation orthographique chez des élèves avancés
Hélène Le Levier

Travailler l’orthographe au lycée : du contrat d’objectifs à la dictée dialoguée écrite et menée par les élèves
Catherine Mercier

Erreurs et maladresses dans les écrits d’étudiants. Comment les traiter ? L’exemple du participe présent
Françoise Boch

Éditorial

Un regard rétrospectif sur les différents numéros que Recherches a exclusivement dédiés aux apprentissages de la langue fait apparaitre une petite histoire de son enseignement. S’y dessine aussi, en creux, une certaine conception de l’enseignement centré sur les élèves et leurs pratiques langagières pour envisager les apprentissages de la langue et de ses normes, en opposition avec une conception normative et notionnelle non interrogée.
En 1991 (époque presque lointaine), le numéro 15 (Orthographe, grammaire) questionnait la place de la langue dans un enseignement du français qui s’organisait le plus souvent de manière cloisonnée, par juxtaposition de plusieurs sous-disciplines. Six ans plus tard, le numéro 26 (Langue) faisait une place à l’enseignement du français tout fraichement déclaré décloisonné par l’institution et à l’introduction, dans les nouveaux programmes du collège rénové de l’époque, des grammaires de phrase, de texte et de discours. Une révolution, apparemment, et, comme toutes les révolutions institutionnelles, balayée… à la réforme suivante. En 2008, le numéro 48 (L’enseignement de la langue) revenait en partie sur cette tripartition et rappelait, entre autres évidences, que la grammaire n’est pas une fin en soi mais qu’elle est un outil pour lire et écrire, et pour dire le monde ; ce que le numéro 53 (Lexique, vocabulaire) venait souligner, quelques années plus tard, au sujet de l’enseignement de ce vaste domaine de la langue qu’est le lexique.
Depuis un an, la réintroduction – ou plutôt la réaffirmation – de l’étude de la langue au lycée et toutes les questions et doutes qu’elle a soulevés nous a conduits à consacrer un nouveau numéro à cette discipline si particulière de la matière français.[…]