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Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Été 2020

Vu le nombre de parutions intéressantes depuis ma dernière chronique, celle qui suit ayant en outre pris du retard, j’ai choisi d’être parfois plus concise dans mes présentations afin de ne pas devoir éliminer certains titres. J’espère que nos lecteurs ne m’en tiendront pas rigueur…

Coups de cœur documentaires

Nous sommes tous des féministes, Chimamanda Ngozi Adichie, traduction originale de Sylvie Schneiter adaptée pour la jeunesse, Illustrations de Leire Salaberria, Gallimard Jeunesse, 2020.

Elle rêve d’un monde où l’égalité des sexes serait évidente et cela passe à ses yeux par l’éducation des filles et des garçons : cette éducation féministe est développée en 15 points dans son ouvrage Chère Ijeawele, (Gallimard, 2017). Non sans humour, l’auteure, d’origine nigériane, s’appuie sur son expérience et raconte maintes anecdotes vécues montrant à quel point les stéréotypes et les préjugés ont la vie dure, notamment en Afrique : même quand elle obtient les meilleures notes (condition nécessaire pour décrocher le rôle), une fille ne peut devenir « chef de classe » ; lorsqu’une jeune femme donne un pourboire, c’est son compagnon qu’on remercie car c’est forcément lui qui lui a procuré l’argent ! Même si, entre autres, quasiment aucune allusion n’est faite aux violences de tous ordres subies par les femmes, ce texte, très consensuel et optimiste, fournira une bonne base de discussions et débats dès la fin d’école primaire. C’est donc une excellente idée d’avoir adapté pour la jeunesse ce discours célèbre prononcé aux États-Unis en 2012 (dont le texte remanié est disponible en Folio Gallimard, 2015, suivi d’une nouvelle, Les Marieuses, traitant d’un mariage forcé) et d’en avoir fait ce bel album dont le texte figurant à gauche est illustré de couleurs à la fois douces et vives sur chaque pleine page de droite.

Tout nu ! Le Dictionnaire bienveillant de la sexualité, Myriam Daguzan Bernier, illustrations de Cécile Gariépy, Éditions du Ricochet, 2020.

Vous n’avez pas trouvé l’ouvrage que vous auriez voulu lire ? Écrivez-le ! C’est le cas de cette jeune Québécoise, qui a rédigé une somme magistrale sur la sexualité au sens large, sans jugement et sans tabou. Bibliographie et sources, impressionnantes, témoignent dans les dernières pages du sérieux de la démarche. On lira d’ailleurs avec intérêt et profit l’introduction de ce dictionnaire narrant le parcours, les valeurs et les motivations de l’auteure. Croisant des approches descriptive, scientifique et psychologique, l’ouvrage se lit au gré des interrogations ou des intérêts du lecteur et ouvrira la discussion. N’excluant personne, rassurant et déculpabilisant, il aidera les jeunes (ou les moins jeunes) à mieux se découvrir, mieux se connaitre, mieux accepter leur corps ou leur identité. L’ensemble se teinte d’humour, comme en attestent les illustrations colorées (camaïeux de bleus et de rouges), de style BD. Encore un ouvrage qui devrait figurer en bonne place dans les CDI, vu la frilosité des manuels scolaires sur le sujet.

Les documentaires sur la préservation de l’environnement se multiplient, s’adressant aux lecteurs dès leur plus jeune âge :

J’agis pour ma planète, « Archi Doc », Emmanuelle Ousset, illustrations de Pierre Caillou, Père Castor,  Flammarion Jeunesse, 2020.

Le titre dit tout ! Concret et abondamment illustré, un album que les parents pourront feuilleter et commenter avec les plus jeunes, vu la masse d’informations et de conseils.

Notre maison brule. L’appel de Greta Thunberg pour sauver la planète, Jeanette Winter, traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Nief, Gallimard Jeunesse, 2020.

Auteure pour la jeunesse reconnue, J. Winter conte l’histoire d’une adolescente « invisible », terrifiée lorsqu’elle a découvert l’ampleur du réchauffement climatique et ses conséquences. Surmontant la dépression qui la gagnait, Greta s’est mobilisée, seule, mais bientôt rejointe par des milliers de jeunes puis d’adultes. Une biographie distanciée, vibrant hommage d’une dame d’âge respectable au combat d’une jeune fille engagée à laquelle elle s’est identifiée. Texte concis magnifiquement illustré par l’auteure elle-même.

Nous sommes tous Greta. Des idées pour changer le monde, Valentine Giannella, illustrations de Manuela Marazzi, traduit de l’italien par Valentina Gardet, Nathan, 2020.

Est-il encore temps de sauver la planète ? Cet ouvrage bien documenté analyse les causes d’une situation alarmante et les remèdes possibles, en dix-huit chapitres clairs et précis. Trouvera sa place dans les CDI de collège, voire de lycées.

Coups de cœur actualité

Le Jardinier qui cultivait des livres, Nadine Poirier, illustrations de Claude K. Dubois, d’eux, 2020.

Comme l’indique le titre, voici un jardinier un peu particulier, que son amour des livres a chassé loin des villageois qui ne partageaient pas sa passion. Ces derniers en ont eu assez également de la petite orpheline qui cherchait à partager avec eux les connaissances puisées dans les documentaires dont elle se nourrit. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, mais à condition que le jardinier se laisse apprivoiser par une gamine plus rusée qu’elle n’en a l’air ! On pense évidemment au Petit Prince, à sa rose et au renard pour cette belle histoire métaphorique jouant sur le sens figuré des mots. L’amour des livres, récits pour lui, documentaires pour elle, les réunit  et permet de créer des liens plus forts que ceux du sang. Une histoire tendre, douce et poétique magnifiquement illustrée. Je ne connaissais pas cette maison d’édition canadienne dont cet album me donne envie de découvrir plus amplement le catalogue.

Maman, Papa, comment vous vous êtes rencontrés ? (2019) et Maman, Papa, il y avait qui avant moi ?, « Les grandes questions de Sofia » Thierry Lenain, illustrations de Stéphanie Marchal, Père Castor, Flammarion Jeunesse, 2020.

Quel plaisir de retrouver un album de Thierry Lenain (numéros 22 et 32), auteur cher à mon cœur ! Suite à ses questions, les parents de Sofia lui racontent l’incroyable enchainement de circonstances ayant permis leur rencontre : la fillette décide de faire un dessin pour remercier chaque personne ou objet concerné, car sans eux, elle n’existerait pas. Et remonterait bien au déluge si on la laissait faire… Mais la gratitude est réciproque, comme le prouve la chute.
Dans le deuxième album, les questions de Sofia seront l’occasion pour ses parents de remonter le temps en évoquant des ancêtres de plus en plus lointains et de brosser rapidement l’histoire de l’humanité, car le questionnement de Sofia ne s’arrêtera qu’à une conclusion évidente à ses yeux : dans le trou noir, c’était elle ! Fidèle à ses valeurs, l’auteur tord subtilement le cou aux stéréotypes et dénonce habilement les préjugés. Métisse issue d’un couple mixte, Noire/Blanc, Sofia rayonne d’énergie et d’intelligence ; les propos sont mis en valeur par un dessin au style enfantin fourmillant de détails précis teintés d’humour. Espérons que Sofia garde encore des tonnes de questions en réserve…

Ma famille est recomposée, « Aimée et Mehdi au fil de la vie », Sophie Furlaud, illustrations de Laurent Simon, Casterman, 2020.

« Aimée Qu’est-ce que j’ai » se plaint de ne pas s’y retrouver entre son papa, qui vit tout seul, et sa maman, qui a un nouveau compagnon, Marcello, la fille de celui-ci, Lena, avec laquelle elle doit partager sa chambre, sans compter son nouveau « demi-frère. Elle oublie toujours quelque chose entre les deux maisons, pense toujours au parent dont elle est éloignée… Cependant la discussion avec « Mehdi Moi-tout » l’aide à admettre que cette situation présente cependant de bons côtés, mais surtout que ses parents l’aiment toujours autant. Il s’agit du quatrième tome mettant en scène ces deux personnages récurrents ayant déjà échangé sur la mort (Ma grand-mère est morte, le divorce (Mon papa et ma maman se séparent) et la naissance (Maman attend un bébé), albums élaborés par les mêmes complices. Une collection qui a pour ambition de « traiter des grands sujets de la vie pour aider les enfants… et les parents », joliment illustrée dans un style bande dessinée, entrecoupé d’images plus symboliques : doubles pages très colorées sur lesquelles Aimée constate puis analyse ses émotions.

Killert T, Robert Muchamore, traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec, Casterman, 2019.

Parler d’un coup de cœur serait exagéré, car ce roman touffu, qui part un peu dans tous les sens et mélange les genres, ne m’a pas séduite autant que les romans précédents de l’auteur que je trouve plus à l’aise dans les récits d’espionnage (Cherub) ou « musicaux » (Rockwar, voir Coups de cœur Printemps-été 2016). Mais les thématiques actuelles et futuristes (modifications génétiques, bioterrorisme) sur fond de relation amoureuse tumultueuse, devraient intéresser certains lecteurs amateurs de dystopies. Sans compter que le contexte actuel de pandémie due au coronavirus confère un intérêt indéniable à cette intrigue mettant en scène deux jeunes gens, Charlie et Harry, face aux menaces liées à la diffusion d’un virus synthétique tuant 90% des contaminés…

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot, PKJ, 2019.

En 2061, Daniel et ses sœurs, Montana et Judith, vivent au cœur d’une grande forêt en Dordogne, c’est leur univers, ils n’ont jamais rien connu d’autre. Ils sont brutalement enlevés par des braconniers sanguinaires. Adam et Allis, leurs parents feront tout pour les retrouver et les sauver, avec l’aide discrète d’un « ermite » et d’un « sauvage ». Tout a commencé en 2022 quand un jeune universitaire anglais, Thomas F. a publié un manifeste intitulé  « Do not count on us » (« Ne comptez pas sur nous ») prônant une rupture nette avec un monde qui ne se respecte plus : il faut aller vivre dans les marges, recréer un « monde à côté », constitué de communautés politiques basées sur l’amitié. Dans toute l’Europe, des jeunes s’enthousiasment pour ces idées, se rebellent, manifestent et partent sur les routes : c’est la « Sécession » en 2025. Antigone et Xavier, Joan (Jay), Paul (Pibe), La Houle, Berzek, font partie des pionniers, mais l’État ne les laissera pas en paix… En 2042, les villes sont devenues des prisons, les étudiants sont parqués dans des containeurs ; Allis Koteas, traumatisée par une tentative de viol décide d’intégrer la « Brigade de Gestion et de Protection des Autres Espèces Animales » et finit par être affectée à la traque, très dangereuse, des braconniers sévissant dans la Grande Forêt, réserve naturelle sauvage protégée. Roman d’anticipation qui commence par la fin, ce récit s’étale sur presque quarante ans, mettant en scène trois générations de personnages dont les liens n’apparaitront que progressivement. Sa temporalité complètement destructurée, les incessants allers-retours entre le présent et les différentes périodes du passé, les pensées des personnages ou  les extraits du manifeste de Thomas F.  rendent la narration complexe, ce qui nécessitera de bonnes compétences de lecture. Mais il se révèle passionnant par les thèmes qu’il développe : que reste-t-il de l’utopie de départ vingt-cinq ans plus tard ? Le rêve est-il encore possible ? L’amitié est-elle le ciment de la société ? Un roman palpitant dont la violence, voire la tragédie, sont loin d’être absentes mais qui n’éteint jamais la flamme de l’espoir.

Comment mon père est mort 2 fois, Yves Grevet, Syros, 2019.

2017 : son père vient de mourir d’un accident sur une route de La Réunion ; encore sous le choc, Soën découvre que Gilles avait une famille en métropole dont il lui avait caché l’existence. Sans compter que des policiers arrivent de Paris pour enquêter sur ce qui pourrait bien être un assassinat. Avec le soutien de son amie Ida, Soën entreprend alors, non sans risques, de découvrir qui est ce père inconnu, en réalité prénommé Yvon, dont il fait la connaissance par bribes, grâce aux témoignages de ses proches et aux lettres qu’il écrivait. Le récit de son enquête est entrecoupé par les carnets de son père, rédigés alors que celui-ci enseignait le français à Ankara en 1984-85. Il y décrivait son quotidien, ses amitiés, ses amours. Tout a commencé à cette époque, en Turquie, sans qu’Yvon imagine le drame qui le conduirait à s’exiler et à vivre « sous légende ». Ce roman à la fois intimiste, abordant la relation père-fils, et d’espionnage, dans lequel le lecteur en sait davantage que les personnages, adopte la forme d’un puzzle ; il intéressera sans doute plutôt les plus âgés étant donné le contexte géopolitique : fin de la guerre froide, actions terroristes, secrets d’état.

Snake boy, Carl Haasen, traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Dayre, Thierry Magnier, 2019.

Vivant en Floride, avec sa mère Christine et sa sœur ainée Belinda, Billy Dickens n’a pas vu son père depuis une dizaine d’années ; il le sait toujours vivant puisque sa mère reçoit de l’argent pour eux chaque mois. Mais elle refuse de lui dire où vit son ex-mari.  Cependant, le collégien, surnommé « Snake Boy » vu sa fascination pour les serpents y compris les plus dangereux, réussit à se procurer l’adresse et décide de partir retrouver son géniteur dans le Montana. Il y fait la connaissance de Little Thunder Sky, surnommée Lil, et de sa fille Summer Chasing Hawks, deux indiennes Crows, formant la nouvelle famille de Dennis. Mais  comme très souvent, ce dernier est parti en mission secrète ; il viendra finalement en Floride renouer avec Chrissie et ses enfants, même s’il garde toujours le secret sur ses activités. Ce sera le début d’une aventure hors du commun pour Billy et son père. Même s’il semble peu réaliste qu’un si jeune garçon fasse preuve d’autant de maturité, on adhère à sa quête, à sa personnalité, à son humour et à son courage. On retrouve les thèmes chers à l’auteur en matière de protection de la nature et d’amour des animaux : le fils utilise les serpents pour « calmer » tous les méchants ; sa mère est passionnée par les nids d’aigles au point qu’elle déménage pour en avoir toujours au moins un dans son champ visuel et son père, grâce à ses drones, protège le gibier tout en traquant des braconniers très dangereux. Sans compter que, parfois, les grizzly rendent la justice…L’humour et le suspense sont au rendez-vous.

Le roi Serpent, Jeff Zentner, traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Bouet, PKJ, 2019.

Premier roman d’un guitariste auteur-compositeur-interprète, cet ouvrage met en scène un trio d’amis qui vivent leur dernière année de lycée à Forestville dans le Tennessee. Si Lydia Blankenship, blogueuse active, vivant dans une famille aimante et aisée, sait déjà qu’elle rejoindra une université prestigieuse, ce n’est pas le cas des deux garçons : face à un père alcoolique et violent, Travis Bohannon, se réfugie dans la Fantasy et les forums en ligne ; quant à Dillard Early, comment peut-il oublier, et faire oublier, qu’il est le fils d’un pasteur emprisonné pour pédophilie, mais également le petit fils « du Roi Serpent », ainsi surnommé parce qu’il n’a pas supporté la mort de sa fille, mordue par une vipère, sur la tombe de laquelle il s’est suicidé ? Dill, englué dans les discours religieux de ses parents, hanté par l’idée de ressembler à son père, se résigne à son sort, refusant toute ambition. La disparition tragique de Travis l’anéantit au point qu’il songe à imiter son grand-père. Lydia, pleine d’entrain et d’énergie, réussit cependant à lui insuffler un peu d’espoir et à le convaincre qu’il a du talent comme musicien, qu’il peut entamer des études. Un roman initiatique d’une grande sensibilité, mettant en valeur le poids des histoires familiales et de la religion sur le destin des individus, contrebalancé par des amitiés indéfectibles et les capacités de chacun à sortir de trajectoires qui semblaient inéluctables, même si se libérer a un prix. Une fin ouverte, porteuse d’espoir.

Et la lune, là-haut, Muriel Zürcher, Thierry Magnier, 2019.

L’amitié est également au centre de ce roman touchant et décalé. Yaro, réfugié sans papiers de 18 ans se débrouille comme il peut. Quand il repère Alistair promenant un chien, il échafaude une arnaque dont il n’anticipe pas un instant les conséquences. Le jeune homme, âgé de 21 ans, n’était pas sorti de son appartement depuis plus de deux ans, « séquestré » par sa mère depuis sa naissance, afin que rien de grave ne puisse lui arriver ! Mais ce jour-là, sa mère est morte… Génie scientifique ayant tout appris derrière un ordinateur, Alistair ne risque pas de savoir comment gérer la situation car il est complétement inadapté sur le plan social. Yaro découvre alors l’ampleur du guêpier dans lequel il s’est fourré, mais il a du cœur et ne peut abandonner ce grand dadais naïf à son sort. Ainsi se forme un duo attachant qu’un enchainement de circonstances va entrainer dans des situations extraordinaires, parfois proches de la tragédie, mais l’optimisme, les rêves et l’humour l’emporteront toujours. La narration alterne la troisième personne pour Yaro alors qu’Alistair s’exprime à la première, nous plongeant ainsi dans son univers mental : son rêve d’aller sur la lune, sa rationalité, ses connaissances théoriques et livresques, son absence d’émotions ou de sentiments, ses réflexions au premier degré. Ils seront amenés à croiser une foule de personnages pittoresques (voisines d’immeuble), dont certains deviendront des amis (Sidonie et Georges) voire davantage (Jenny et Azèle Aya). Résolument optimiste, prônant la résilience, quels que soient les traumatismes subis, il s’agit d’un roman parfois déjanté faisant du bien. La fin confirme ce qui pouvait être pressenti : ce n’est pas parce qu’Alistair était « différent » et vulnérable que sa mère l’a protégé du monde extérieur, mais plutôt l’inverse…

Chère Fubuki Katana, Annelise Heurtier, Casterman, 2020.

Lycéenne harcelée depuis qu’elle a pris la défense d’une « Burakamin » (les « Intouchables » du Japon), Emi s’est repliée sur elle-même, s’isole et se dévalorise. Elle fréquente un « bar à chats », où elle fait la connaissance d’une fille un peu plus âgée qu’elle, Hana. Libre et décomplexée, celle-ci devient son amie et l’aide à retrouver confiance en elle. Quelques indices, dont les courriers adressés à Fubuki Katana, permettront sans doute aux lecteurs clairvoyants de deviner de quoi sont capables les parents d’une fille unique, craignant qu’elle ne devienne une « Hikikomori » (jeunes qui vivent enfermés chez eux, sans contacts sociaux)… Des personnages attachants, un roman facile à lire, mettant en scène un univers culturel  très contrasté, empreint de modernité telle que nous la connaissons et de traditions/attitudes très différentes des nôtres.

River, Claire Castillon, Scripto, Gallimard, 2019.

Comment River fait-elle pour supporter ce harcèlement continu au collège ? Isolement, moqueries, insultes, racket, agressions multiples constituent son quotidien tel que sa sœur le rapporte, avec un certain détachement. Il faut dire que River, intelligente, en réussite scolaire, est « différente », imprévisible, explosive, obsessionnelle parfois, bref, étrange et compliquée, au point que six thérapeutes s’occupent d’elle. Si sa famille lui prodigue amour et attention, il n’en est pas de même de la part des élèves du collège, le terrible Alanka et ses sbires, les trois T, Tanguy, Tom et Thib qui s’acharnent sur elle. Malgré une fin optimiste, ce roman coup de poing ne nous cache rien de la cruauté des jeunes entre eux et de l’aveuglement des éducateurs qui les côtoient. L’auteure évite le pathos tout en faisant de River un personnage lucide et attachant ; son écriture subtile, notamment dans le jeu des pronoms et des substituts, prépare doucement les lecteurs à la révélation finale que les plus fins psychologues d’entre eux auront anticipée.

Signé poète X, Élizabeth Acevedo, traduit de l’anglais (États-Unis) par Clémentine Beauvais, Nathan, 2019.

Elle s’exprime à la première personne, de façon percutante, sous forme de vers libres. Xiomara Batista, bientôt 16 ans, d’origine dominicaine, vit à Harlem. Sa mère, pétrie de religion, la brime en lui interdisant tout ce dont une adolescente rêve. Il faut dire que « Mami » aurait préféré épouser le Christ plutôt que l’homme qui lui a permis d’entrer aux États-Unis. Sans compter que, enfants de « vieux », Xiomara et son frère jumeau Xavier n’étaient plus attendus, faisant de leur « Papi », coureur et buveur, un homme qui s’est effacé en renonçant à toutes ses frasques. La jeune fille dont le prénom signifie « celle qui fait la guerre » livre un combat chaque jour : avec ses poings quand on la harcèle et qu’on l’insulte à cause de ses formes voluptueuses, ou quand elle défend son frère, dont elle découvre soudain l’homosexualité. Elle évacue également sa colère en écrivant sa rage de ne pouvoir exprimer de vive voix tout ce qu’elle ressent : ses doutes, ses interrogations, sa complicité et ses discussions avec son amie Caridad, ses sentiments vis-à-vis d’Aman qu’il faut cacher… Heureusement, Madame Galiano, sa professeure d’anglais, repère ses qualités d’écriture et l’invite à participer au club de slam du lycée : Xiomara va y rencontrer de nouveaux amis, s’y épanouir, pouvoir enfin dire et être qui elle est. L’auteure, elle-même d’origine dominicaine et slameuse, a sans doute puisé dans son expérience pour rédiger ce premier roman, plusieurs fois récompensé, mettant en scène de façon originale la révolte d’une adolescente forte et sincère.

Je voulais juste être libre, Claire Gratias, « Rester vivant », lemuscadier, 2019.

Le lecteur ne connaitra Manon qu’à travers les témoignages et points de vue de tous ceux qui l’ont côtoyée, interrogés par des policiers ou se confiant à un avocat. Discrète, effacée, belle, cette jeune fille de 16 ans est élevée par une mère tyrannique qui n’a pas  surmonté ses traumatismes. Sa soif de liberté la conduit à fuguer avec Valentin Chevalier, secrètement amoureux d’elle depuis très longtemps. Il l’aime tant qu’il lui pardonne ses trahisons et ses mensonges ; sa passion est même si intense qu’il est prêt à tout pour l’emmener loin des « clients » qui la font vivre. En cinq actes, le puzzle se  reconstitue sous nos yeux, ne pouvant déboucher que sur une tragédie. Le récit de Valentin à son avocat ainsi que les réponses de chaque personnage interrogé, qu’il soit proche de Manon ou plus éloigné, contribuent à dresser le portrait d’une adolescente ayant décidé un jour de « larguer les amarres » sans mesurer les difficultés et dangers qu’elle devrait affronter. Le principe narratif adopté maintient le suspense tandis que les nombreux dialogues rendent le récit vivant et agréable à lire, malgré une issue dramatique.
Édition remaniée par l’auteur d’un roman paru chez Rageot en 2015, Entre nous et le ciel, réécriture moderne de Manon Lescaut.

Snap Killer, Sylvie Allouche, Syros 2019.

La deuxième enquête de la commissaire Clara Di Lazio la conduit dans un lycée parisien où Gabriel Maurepas, élève de terminale, vient d’être retrouvé pendu par les pieds à un arbre. Elle et son équipe apprennent en outre qu’une élève de seconde, Garance, s’est suicidée quelques mois plus tôt, n’ayant pas supporté le harcèlement odieux dont elle était victime sur les réseaux sociaux. Le début du roman les fait vivre sous nos yeux : Gabriel aimait Garance et le lui signifiait par poèmes interposés. L’enquête s’avère compliquée et nous suivons les tâtonnements des policiers qui veillent à ne négliger aucune piste, tout en passant parfois à côté de certains indices essentiels. Cependant, outre le meurtrier, ils seront également amenés à confondre d’autres coupables. L’auteure met en scène un personnage attachant, Clara Di Lazio, intelligente, observatrice, directe, parfois trop ; c’est également une femme blessée, hantée par la disparition autrefois de son jeune frère Vincent, jamais retrouvé. Ce traumatisme l’a séparée de sa sœur Lisa dont la fille, Lilo, arrive à Paris au moment où la commissaire démarre son enquête : sa nièce y sera mêlée malgré elle. Un roman qui se lit avec plaisir et effroi, (face à la noirceur de certains humains), au cœur duquel les relations familiales, toujours complexes, souvent contradictoires et  parfois très toxiques, occupent une place centrale, au moins aussi importante, voire plus, que le cyberharcèlement.

L’enquête suivante, intitulée Serial Tattoo, est annoncée chez le même éditeur pour aout 2020. Quant à la première, elle vient de paraitre au format poche : je la présente plus loin.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

PÈRE CASTOR (Flammarion jeunesse) a imaginé « Mazette », une collection de petits albums au format carré qui propose des histoires à lire dans les deux sens : Mazette est trop sensible/Mazette est très sensible ; Mazette aime bien jouer/Mazette aime bien gagner, Agnès Ledig, illustrations de Frédéric Pillot, 2020. Centrées sur les émotions des enfants, les histoires mettent en valeur deux manières d’être, différentes, voire opposées : faut-il accepter d’être trop sensible, est-ce un problème ? Jouer juste pour le plaisir ou seulement pour gagner ? Original et futé !

CASTERMAN inaugure une collection intitulée « Hanté », sous-titrée « Pire que vos pires cauchemars » : tout un programme ! Par des plumes françaises, à petits prix.

La Maison sans sommeil, Benoit Malewicz, 2020. Si Paul s’endort dans sa nouvelle maison, il se retrouve dans la cave, qui est loin d’être inoccupée.  

L’amie du sous-sol, Rolland Auda, 2020. Après avoir disparu, Alma entraine son ami Letho sous terre afin d’y aider un fantôme.

Le Dernier Petit Singe, Sarah Cohen-Scali, 2020. Pour s’échapper d’un photomaton qui le piège, Karim doit accepter un pacte mettant sa vie en danger.

Les Élèves de l’ombre, Anaïs Vachez, 2020. Jade, élève de 5e, constate avec effroi qu’après avoir été collés par un professeur terrifiant, ses camarades ne se ressemblent plus.

SYROS lance une nouvelle collection à destination des 8-12 ans, baptisée OZ. Des auteurs français mettent en scène des aventures bourrées de fantaisie et d’humour où le merveilleux et la magie se côtoient.

Ethan et Orion, Sylvie Allouche. 2020.  Aventure extraordinaire d’un garçon qui a le pouvoir de parler aux chevaux.

Matou Watson : La Brosse à dents du futur, Claudine Aubrun, 2020. Minou Watson est un chat pas très bien élevé, mais qui résout tous les problèmes !

Chasseurs de mystères : L’Enfant de minuit, Camille Brissot, 2020. Un duo incroyable formé par un garçon et un jeune fantôme !

CornichonX, Yves Grevet, 2020. Découvrez le pouvoir des cornichonX, qui répondent à vos questions si vous les mangez la nuit…

Enfin, à l’instar d’autres éditeurs (Nathan, Flammarion…), Syros lance une collection « Dyscool » à destination des dyslexiques. Les plus grands succès de la collection « Mini-syros » seront adaptés. Sont annoncés L’Enfaon, Éric Simard, 2020 et Qui a volé la main de Charles Perrault ?, Claudine Aubrun, 2020.

L’ÉCOLE DES LOISIRS propose dans « Illustres Classiques » de grandes œuvres littéraires en version abrégée, le texte original étant réduit dans une démarche pédagogique et illustré par un artiste contemporain. Quatre titres à ce jour : Les Hauts de Hurlevent, Les Quatre Filles du Docteur March  (2019), Thérèse Raquin et Dracula (2020).

Chez THIERRY MAGNIER, nouvelle collection intitulée « L’ardeur » pour « oser, lire, fantasmer » et « parler de corps et de sexualité autrement ». Quatre titres au catalogue à ce jour : Le Gout du baiser, Camille Emmanuelle, 2019 ; Le Point sublime, Manu Causse ; Toute à vous, Maïa Brami et Touche-moi, Susie Morgenstern, 2020. Entre les romances stéréotypées et les récits pornographiques, il y a certainement de la place pour des romans dans lesquels des scènes où la sexualité est explicite ne seraient pas censurées ou ellipsées, car faisant sens au sein de la fiction. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de discuter de ces ouvrages avec le lectorat ciblé (plus de 15 ans).
Le Point sublime met en scène Mina une jeune réalisatrice qui revient dans le Tarn : elle passait autrefois ses vacances chez Lune, sa grand-mère, une femme libre et émancipée, dont ses parents l’ont séparée. Déconstruits, les souvenirs reviennent : la découverte du plaisir et de la sexualité y tiennent une place importante, mais également sa vie de lycéenne, devant surmonter la séparation de ses parents, son amitié malsaine avec Audrey, qui parle plus qu’elle n’agit, et surtout la trahit… Rédigé à la première personne, dessinant le parcours d’une jeune femme ayant appris à se connaitre, à travers des expériences parfois traumatisantes, parfois sublimes, il s’agit d’un gros roman sensible, mais inégal à mes yeux, car certaines scènes m’ont semblé répétitives et artificielles.
Dans Toute à vous, Stella, jeune étudiante en lettres, écrit des lettres  qu’elle n’enverra jamais à un voisin inconnu, aveugle de surcroit, sur lequel elle fantasme depuis qu’elle l’a vu ôter son tee-shirt. Cette correspondance à sens unique, sorte de journal intime, sera l’occasion pour Stella de laisser libre cours à son imagination, à ses désirs et de faire le point sur sa vie amoureuse. Une écriture élégante, truffée de références cinématographiques non contemporaines…

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

La beauté, une dictature ?

Un poids sur le cœur, Yaël Hassan, Nathan, 2019.

La famille de Marjorie rivalise d’inventivité pour la qualifier : ronde, enveloppée, boulotte, gironde, pulpeuse, généreuse… Il n’empêche que l’adolescente subit le harcèlement de ses camarades de collège qui ne l’épargnent pas, parce qu’elle est « grosse ». Le calvaire a commencé dès l’école primaire, le centre d’amaigrissement pour enfants en surpoids et les régimes divers n’y ont rien changé. Si ça ne tenait qu’à elle, Marjorie, de nature enjouée et douée sur le plan artistique, s’en accommoderait, mais elle se voit à travers le regard des autres et craint de ne plus être aimée des siens. L’arrivée dans la classe de Jo, qui malgré une maigreur extrême ne s’en laisse pas compter, aidera Marjorie à se monter plus combative face aux quolibets. Ayant elle-même souffert de discrimination, en raison d’une leucémie qu’elle a heureusement vaincue, Jo lui offre son amitié car elle a immédiatement perçu les qualités cachées de Marjorie, la poussant ainsi à reprendre confiance en elle. Un petit roman facile à lire, résolument positif, prônant l’acceptation de soi.

Exils et migrations

Changer de pays, Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, illustrations de Robin, « Mine de rien », Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2020.

La maitresse a demandé à Jamila de raconter son histoire. Elle est arrivée du Yémen en guerre, avec ses parents et son petit frère Jaden. En quelques pages, des mots simples indiquent pourquoi on fuit son pays, décrivent les dangers du voyage, les conditions difficiles d’installation et d’adaptation, le rejet parfois, mais également l’amitié. Ce petit album se termine par les mots que pose le Docteur Cat sur les émotions et souffrances des deux enfants âgés de 7 et 4 ans, comme s’ils étaient face à elle. Émigrer, ce n’est jamais facile !

Lettres, correspondances

Prendre son courage à deux m@ils, Matt7ieu Radenac, « Tempo » Syros, 2020.

Voici la suite du petit roman Des livres et moi  (2017) qui mettait en scène le début d’une correspondance entre Alex, pour qui lire est une corvée, et l’écrivain Filippe Cavreini. Ils sont devenus amis, voire confidents, sans qu’Alex n’aie jamais dévoilé son sexe : fille ou garçon ? Alex est en seconde, s’interroge sur son avenir, mais également sur ses origines, sa mère lui parlant très peu de son père dont elle s’est séparée avant sa naissance. L’adolescent·e confie ses doutes et sa colère à son ami écrivain, qui écoute, conseille, soutient, tout en lui faisant part de ses propres interrogations : il hésite à accepter qu’on adapte un de ses livres au cinéma. Un roman-exercice de style, sous forme de correspondance électronique, très agréable à lire, qui se termine sur la rencontre prévue des deux protagonistes, sans que le voile sur l’identité d’Alex ne soit levé ! Entre temps, elle ou lui aura enquêté sur son père et profité d’un voyage scolaire pour le rencontrer ainsi que sa nouvelle famille, trouvant ainsi un apaisement salvateur.

P.-S : tu me manques, Jen Petro-Roy, traduit de l’anglais (États-Unis) par Maud Ortalda, PKJ, 2019.

Cilla, 16 ans, a été rejetée par ses parents, car enceinte (voir dans le numéro 64, le réseau « Encore adolescent·e·s, déjà parents ») de son petit ami Alex. Envoyée à la campagne chez sa tante Maureen jusqu’à l’accouchement, elle est ensuite censée poursuivre sa scolarité au pensionnat Saint-Augustin. Mais elle ne répond jamais aux lettres que sa sœur Evie lui écrit quasi quotidiennement… Celle-ci, âgée de 11 ans souffre de l’absence de sa grande sœur : elle n’a plus personne à qui se confier ; ses parents, très croyants, se murent dans le silence et la religion. Cette correspondance à sens unique l’aide cependant à affronter son quotidien : elle raconte à Cilla ses doutes, ses interrogations, son amitié naissante avec June qui évolue vers un sentiment amoureux. N’ayant reçu que trois courtes lettres dactylographiées, et voulant en avoir le cœur net, Evie, aidée de ses amies, décide d’aller retrouver Cilla à St Augustin où elle découvre tout ce que ses parents lui ont caché et que le lecteur clairvoyant aura sans doute deviné. Étalée sur une quinzaine de mois, cette correspondance s’apparente au journal intime d’une adolescente en questionnement, qui grandit et murit : le dialogue avec des parents rigides n’existe plus, elle s’interroge sur le rôle et l’intérêt de la religion, remet en cause l’attitude et les valeurs familiales, s’ouvre à d’autres idées, finit par reconnaitre et accepter les sentiments éprouvés envers June. Tant de fidélité et d’amour envers sa sœur rendent Evie attachante et contribuent à dénouer les tensions familiales.

Rééditions ou parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…)

Casterman

Œdipe schlac schlac, Sophie Dieuaide, 2020. Nouvelle édition enrichie de cet ouvrage paru en 2002. Grâce aux conseils du carnet de théâtre joint, les élèves pourront jouer eux-mêmes la pièce mise en scène par les élèves du roman déjanté de l’auteure.

Père Castor, Flammarion Jeunesse

Les Lettres de Biscotte Mulotte, Anne-Marie Chapouton, illustrations de Lili la Baleine, 2020. Réédition d’un célèbre ouvrage (Castor Cadet, 1992) que j’avais présenté dans le numéro 17 de Recherches (2e semestre 1992) consacré à un réseau « Lettres ». Le format album, les bulles de BD insérant les dialogues, les nouvelles illustrations et les six enveloppes incluses à ouvrir devraient enchanter les jeunes lecteurs.

Gallimard Jeunesse

Danny, champion du monde, Roald Dahl, illustrations de Quentin Blake, traduit de l’anglais par Jean-François Ménard, 2020. Cette belle histoire d’amour entre un père et son fils rejoint le catalogue de l’éditeur avec les illustrations inédites en France de Quentin Blake. Pour l’instant en grand format littérature avec l’espoir d’une parution prochaine en poche…

La Belle Sauvage, Philip Pullman, Folio Junior, 2020. Présenté dans Actualités Automne-Hiver 2017.
Brexit Romance, Clémentine Beauvais « Pôle Fiction », 2020, (Sarbacane, 2018). Mariages blancs franco-anglais contre divorce Angleterre-Europe. C’est l’idée farfelue et osée mise en œuvre par Justine Dodgson ! Comme le titre l’indique, tout ne se passera pas raisonnablement et rationnellement comme prévu. Une galerie de personnages hauts en couleurs, des sujets plus politiques qu’ils n’en n’ont l’air, traités avec humour. Très « branché », un peu trop peut-être… Également publié en « J’ai lu ».

La Brigade de l’ombre : Ne te fie à personne et Ne compte que sur les tiens, Vincent Villeminot, « Pôle Fiction », 2019 et 2020. Respectivement présentés dans Actualités Printemps-été 2017 et Automne-Hiver 2017.

Les Mystères de Larispem : Le sang jamais n’oublie personne, Les jeux du siècle et  L’élixir ultime, Lucie Pierrat Pajot, « Pôle Fiction », 2018, 2019, 2020. La trilogie évoquée dans Actualités Printemps-été 2016 est enfin disponible en poche.

Toujours en « Pôle Fiction », trois romans de Joyce Carol Oates :

Nulle et Grande gueule, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban, 2019. Deux lycéens atypiques s’opposent aux rumeurs, au conformisme et au harcèlement.
Sexy, traduit par Diane Ménard, 2019 : Darren, jeune et beau champion de natation laissera-t-il accuser de pédophilie son professeur d’anglais, Mr Tracy ?
Zarbi les yeux verts, traduit par Diane Ménard, 2020 : les ravages commis au sein de sa famille par un père célèbre, autoritaire et manipulateur.

Le Muscadier

Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard, 2020. Très beau texte traitant avec délicatesse d’abus sexuels, initialement paru chez Casterman, présenté dans le n° 44 de Recherches (2006) au sein d’un réseau Journal intime .

PKJ

Seuls dans la ville entre 9 h et 10 h 30, Yves Grevet, 2019, (Syros 2011). Une enquête originale menée par Erwan et Cassandre, à partir des vingt-cinq copies des élèves de leur classe : l’un d’eux a peut-être noté un indice important ce matin-là lorsqu’ils étaient censés décrire tout ce qu’ils observaient, au moment même où le notaire de la ville était assassiné…
Stabat Murder, Sylvie Allouche, 2020. (Syros 2017). Quatre jeunes pianistes du Conservatoire National Supérieur de Musique, amis davantage que concurrents, disparaissent soudainement peu de temps avant de passer un prestigieux concours. Première apparition de Clara Di Lazzio qui revit douloureusement les recherches, restées vaines, destinées à retrouver son jeune frère disparu ; elle mène son équipe tambour battant, quitte à se fourvoyer. Déterminés à localiser Matthis, Mia, Sacha et Valentin avant qu’il ne soit trop tard, les enquêteurs  interrogent de nombreux personnages secondaires, professeurs, amis, parents. Musique et famille sont au cœur de ce récit, alternant passé des personnages, déroulement erratique de l’enquête, qui se conclut un peu rapidement, et conditions épouvantables de la séquestration des jeunes.
À l’instar des deux suivants (voir plus haut), un titre sous forme de clin d’œil pour initiés.

Poche Jeunesse Hachette

Quand Hitler s’empara du lapin rose, Judith Kerr, traduit de l’anglais par Boris Moissard, 2019. En 1933, Anna et sa famille fuient la montée du nazisme. Récit autobiographique publié en 1985 par L’école des loisirs, auquel l’auteure rédigea une suite Ici Londres, traduit par Antoine Lermuzeaux, (même éditeur, 1991 ; réédité en 2018 par Albin Michel Jeunesse) où l’on retrouve les personnages, réfugiés à Londres pendant la guerre.

Syros

Les mots pour combattre le racisme, Jessie Magana et Alexandre Messager, 2020. Une nouvelle édition actualisée d’un abécédaire indispensable : 67 mots qui décryptent  tous les aspects du racisme, des plus anciens aux plus récents.

L’école des loisirs

Sauveur et fils, Saison 3, Marie-Aude Murail, Médium Poche, 2020.  Série présentée dans Actualités Printemps-été 2019.

Thierry Magnier

Saluons les nouvelles éditions (2020) de trois beaux romans de Mickaël Ollivier : Papa est à la maison (2000) : Élodie ne sait si elle doit se réjouir ou être honteuse que son père chômeur reste à la maison ; E.DEN (2004) présenté dans le numéro 62-2015 de Recherches (Réseau « Rêve ou cauchemar ? ») et L’Alibi (2008) : L’univers de Nico s’effondre le jour où il doit fournir un alibi à ses parents malfrats pour les sauver.

N° 72 – FICTION ET RÉEL

Fiction et réel : ces mots sonnent comme les termes d’un débat qui se rejoue quotidiennement dans les classes. Ça s’est vraiment passé ? C’est vrai, puisqu’on le voit sur l’image ! On a le droit d’inventer ? Autant de questions qui disent la perception de frontières entre fiction et réel, de leur traçage délicat comme de leur porosité. Elles traduisent aussi la conscience d’une réalité transformée par le genre (narratif ou théâtral, poétique, pictural…).
De quel enseignement ces questions peuvent-elles faire l’objet ? Le numéro propose une réflexion sur l’approche des frontières entre fiction et réel, non pour tenter de les fixer, mais pour aider les élèves à les questionner, au moyen de démarches de lecture et d’écriture qui les amènent à en jouer.

Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.

Sommaire

Immersion fictionnelle, médias et croyances
Françoise Lavocat

Si c’est dans le tableau, c’est surement vrai
Patrice Heems

Enseignement de la fiction et connaissance
Bruno Védrines

Interviewer le personnage de L’Orangeraie de Larry Tremblay : un jeu aux frontières du réel
Catherine Mercier

La fiction, le réel et leurs frontières : pour une didactique de l’écriture de fiction
François Le Goff

Passe-moi le sel…
Corinne Souche
Lire un extrait

Le journal de personnage pour rejouer le jeu de la fiction
Véronique Larrivé

Du fait divers à la nouvelle : écrire pour mieux comprendre la part de la vérité dans la fiction
Stéphanie Michieletto-Vanlancker
Lire un extrait

Mesurer la porosité entre la réalité et la fiction à l’aune de la pièce de théâtre Terreur de Ferdinand Von Schirach
Sébastien Debeire

Le rapport réel/fiction dans la littérature de jeunesse contemporaine autour de la Grande Guerre
Lydie Laroque

« Les Malheurs de Sophie » ou les petites fictions modèles. Une lecture de Clarice Lispector
Bertrand Daunay

Des élèves aux prises avec les notions de fiction et de réalité. Une situation de lecture-écriture en classe de 2nde
Isabelle Delcambre

La continuité pédagogique : une fiction qui masque le réel
La rédaction de Recherches
Lire l’article.
Ce qu’en dit Le Café pédagogique

Éditorial

Fiction et réel : ces mots sont de ceux qui sonnent comme les termes d’un débat, celui de la possibilité de leurs limites, qu’il n’est pas rare aujourd’hui de poser comme poreuses. Si tant est que ce n’ait pas toujours été le cas, à voir les multiples réalisations ou descriptions possibles de leurs transgressions, dans des discours littéraires, scientifiques, médiatiques, sociaux…
Et nous savons bien aussi que ce débat millénaire se rejoue quotidiennement dans les classes :
Ça s’est vraiment passé ? Ou Tout ça, c’est des histoires ! Ou bien C’est vrai, puisqu’on le voit sur l’image ! Ou encore On a le droit d’inventer ? En matière d’apprentissage, ces questions sont plutôt de bons signaux : elles disent la perception d’une frontière entre fiction et réel comme de son traçage délicat, mais aussi la conscience d’une réalité transformée par le genre (narratif ou théâtral, poétique, pictural…) ; elles signalent encore une posture d’élève qui a saisi que le je scolaire n’est pas forcément le je personnel – phénomène qui relève précisément de ce que certains didacticiens appellent fictionnalisation.
Mais ces questions font-elles l’objet d’un enseignement ?

[…]

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Hiver 2019-2020

Au sommaire :

Coups de cœur documentaires

Je suis QUI ? Je suis QUOI ?, Jean-Michel Billioud, Sophie Nanteuil, Terkel Risberg, Zelda Zonk, Casterman, 2019.

Voici un documentaire qui devrait figurer en bonne place dans tous les CDI et médiathèques, car il aborde enfin pour les jeunes  les problématiques LGBT+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuel·le·s, Trans ; le + signifiant, selon les associations, queers, allié·e·s, pansexuel·le·s, personnes intersexes, aromantiques, asexuel·le·s, agenres, tous ces termes étant par ailleurs définis au fur et à mesure puis repris dans un lexique final). Il s’agit de répondre le plus clairement et simplement possible à toutes les questions intimes que les adolescents se posent en matière d’identité, de genre, de sexualité, afin de les aider à comprendre qui ils sont vraiment et à le devenir, sans se mentir. Témoignages, FAQ, biographies sous forme de BD de personnages célèbres (de Sappho à Caitlyn Jenner en passant, entre autres, par Freddy Mercury ou Amélie Mauresmo), réfutation des idées reçues, cartes pointant l’état des droits LGBT+ dans le monde permettent de mettre des mots sur des faits, des ressentis, de dédramatiser les situations, de conforter une envie. Par ailleurs, même si le regard de la société a évolué, se faisant plus tolérant et ouvert, il n’en reste pas moins que la LGBTphobie persiste, voire augmente, d’où l’intérêt des pages évoquant les insultes, les agressions et la manière dont on peut réagir ou se faire aider (associations par régions, numéros et sites utiles).

On ne peut donc que saluer la parution de cet ouvrage à destination des adolescents, mais également de tous les adultes qui souhaitent les accompagner. Il aborde ces questions essentielles sans fard, avec bienveillance et humour, en affirmant bien fort que chacun est unique et qu’il n’y pas de honte à être soi. L’album Je suis Camille, ou les romans It et Celle dont j’ai toujours rêvé, présentés un peu plus loin, en sont l’illustration parfaite, même si le parcours est semé d’embuches. Je rappelle enfin la trilogie d’anticipation de C. Cueva, Les Porteurs, qui soulevait également la question du choix d’un genre (cf. Coups de cœur printemps 2017, automne-Hiver 2017 et printemps-été 2018).

À ceux qui souhaiteraient constituer un réseau sur ces sujets, notamment par le biais de la fiction, je recommande vivement le supplément exhaustif de « La Mare aux mots », une mine !

Signalons enfin quelques films récents évoquant la transidentité, notamment Girl de Lukas Dhont (2018), Lola vers la mer de Laurent Micheli (2019), Indianara, documentaire d’Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa (2019) ou encore le personnage de Sam dans la série télévisée Mytho (2019).

Les Combattants : des femmes et des hommes qui ont voulu changer le monde, Jean Michel Billioud, illustrations de Nicolas André,  Casterman, 2019.

Parmi la multitude des personnes, issues du monde entier, ayant mené un combat pour une cause juste à leurs yeux, l’auteur a sélectionné 15 femmes et 15 hommes qui ont voulu un monde meilleur, une société plus équitable et durable. Le choix n’a pas dû être simple : il reflète une grande diversité d’origines, de parcours, de manières de lutter, dans un souci de mettre en valeur l’opiniâtreté de ces militants qui ont contribué à modifier l’ordre établi en bravant les interdits. Parfois très connus, tels Gandhi, Sœur Emmanuelle, Mandela ou Malala, parfois  moins, tels Franco Basaglia (psychiatre italien qui s’est battu pour la fermeture des hôpitaux psychiatriques) ou Leymah Gbowee (militante pacifiste libérienne), tous ces personnages sont présentés à travers un portrait, puis un moment clé de leur action sous forme de bande dessinée, avant que le devenir de leur cause ne soit évoqué. Un documentaire attrayant, mettant en valeur des causes essentielles, loin d’être gagnées pour bon nombre d’entre elles.

ÉCOLOGIE – 40 militants engagés pour la planète, Élisabeth Combres, illustrations de Véronique Joffre, BAM !, Gallimard Jeunesse, 2019.

Fidèle au principe de la collection (présentée dans Coups de cœur automne-Hiver 2017) qui consiste à brosser de façon claire et ludique le portrait de personnalités ayant marqué un domaine précis, cet ouvrage met en valeur de façon chronologique 40 personnalités engagées dans le combat pour la défense de la planète. De Thoreau à Greta Thunberg (dont le portrait stylisé illustre la couverture), quels que soient leur pays d’origine ou leur profession, ces femmes et ces hommes ont lutté, luttent encore pour le respect de notre environnement et ont contribué à éveiller les consciences. On retrouve par exemple Wangari Maathai, biologiste et femme politique  kényane surnommée « La mère des arbres » dont l’icône figure en 4e de couverture, ainsi que Paul Watson, « L’écolo pirate », tous deux déjà évoqués dans l’ouvrage précédent. Une première approche synthétique de l’écologie, à destination de tous.

À signaler également dans la même collection, ART – 40 grands peintres, Béatrice Fontanel, illustrations de Matteo Berton, 2019, dans lequel ne figurent que quatre peintres femmes !
On se consolera en lisant ensuite FEMMES – 40 combattantes pour l’égalité, Isabelle Motrot, illustrations de Véronique Joffre, 2018 où l’on retrouvera Olympe de Gouges, Simone Weil, Malala, Angela Davis ou Jane Godall, évoquées plus haut dans Les Combattants.

Histoires d’une nation, Françoise Davisse, Carl Aderhold, Cécile Jugla, illustrations d’Anne-Hélène Dubray, Nathan, 2019.

Édité en lien avec la série documentaire télévisée du même nom (disponible en DVD), cet album met en valeur la France en tant que terre d’immigration : 25 % de la population française a au moins un grand parent venu d’une autre contrée. Après une courte introduction, l’ouvrage est découpé en quatre périodes (1870-1927 ; 1927-1954 ; 1954-1975 ; 1975-2005) dont les caractéristiques sont évoquées sur une double page  et se termine par une chronologie de faits historiques ainsi qu’une bibliographie jeunesse qui permettront d’aller plus loin. On apprendra ainsi qu’en 1924, la France est le premier pays d’immigration au monde : en 1927 les députés adoptent une loi très libérale sur la nationalité et en une dizaine d’années, près d’un million d’immigrés deviendront français. En 1931, on comptait 3 millions d’étrangers, soit 7% de la population. Inutile de préciser que la situation a bien changé : en 1974, lors du premier choc pétrolier, les frontières se ferment et ne rouvriront jamais… Malgré quelques avancées (régularisation de 140 000 sans papiers en 1981 ou extension de la validité de la carte de séjour en 1984), les lois votées seront de plus en plus dures et restrictives. Cinquante personnes, dont les parents ou grands-parents viennent des quatre coins du monde, racontent leur histoire familiale sur la page de gauche ; la page de droite, agrémentée de couleurs vives et d’illustrations signifiantes, montre la photo de chaque personne et parfois celles extraites d’archives familiales, cite des paroles qui leur tiennent à cœur et propose un bref encart biographique. Qu’ils proviennent de personnes connues ou moins, tous ces témoignages racontent comment les histoires individuelles de gens d’origines très diverses s’inscrivent dans celle d’une nation métissée. Aurait évidemment toute sa place dans le réseau « Exils et migrations » (numéros 68 et 69 (2018) de Recherches).

Coups de cœur actualités

Le Si Petit Roi, Alice Brière-Haquet, illustrations de Julie Guillem, HongFei, 2019.

Il s’agit d’un album, qui rejoint ma sélection d’albums « coups de cœur », initiée dans le numéro 65 de Recherches (2016) et enrichie dans des chroniques ultérieures. Ce serait faire injure à cet ouvrage magnifique que d’en rendre compte par le biais d’un texte plus prosaïque et plus long que celui de l’auteure, si poétique, si concis qu’il en est réduit à sa substantifique moelle ! Au petit roi de la couverture, levant les yeux vers le ciel correspond, à la dernière page, l’image de sa fille : même position, même regard, au moment où, comme lui, si jeune et sans expérience, elle se doit de reprendre le flambeau. De nouveau, le cycle d’une vie s’achève, une leçon de sagesse vient d’être délivrée : face au temps qui passe, il faut vivre l’instant présent, car une vie entière ne suffit pas pour acquérir le savoir nécessaire afin de régner. Les images omniprésentes, aux coloris doux et délicats, illustrent et complètent efficacement ce conte philosophique qui séduira petits et grands.

Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli, Syros, 2019.

Autre album sur un tout autre sujet, Je suis Camille, donne la parole à une fille née dans un corps de garçon. La narratrice vient d’arriver de Los Angeles avec sa famille. Par petites touches, elle fait allusion aux difficultés rencontrées dans son ancienne école, à l’amour dont ses parents et sa petite sœur Lila l’entourent, malgré sa différence. Pourtant Camille n’aspire qu’à vivre simplement comme elle se sent et surtout à rencontrer des ami·e·s. Cela semble être le cas : Zoé et elle se lient très vite, réunies par leur passion musicale. Une fois mise au courant du secret de Camille, Zoé ne la rejette pas et jure de garder le silence. Mais elle craque lorsqu’elle surprend Rémi, le garçon dont elle est amoureuse, en train d’embrasser Camille. Honteuse et blessée, cette dernière voit ressurgir ses pires cauchemars, dont elle envisage un instant de se délivrer… Le chemin qu’elle a choisi sera sans doute long et difficile (tout comme celui d’Amanda ou de Jo ci-dessous), mais l’amitié retrouvée, le soutien d’une famille aimante, de professionnels compétents et à l’écoute renforcent en elle la certitude qu’elle pourra se construire une vie riche et forte. L’auteur laisse habilement planer le doute sur ce qui préoccupe tant Camille, sa transidentité n’étant révélée qu’en milieu d’ouvrage, même si la 4e de couverture la dévoile sans ambigüité… Le grand format de cet album autorise de nombreuses illustrations pleine page aux couleurs chatoyantes mettant en scène Camille dans sa vie de tous les jours. Cette publication, ainsi que d’autres sur lesquelles je reviendrai prochainement et à l’instar du documentaire évoqué plus haut, prouve que ce sujet émerge peu à peu au sein de la littérature pour la jeunesse : on ne peut que s’en réjouir !

It, Catherine Grive, Scripto, Gallimard, 2019.

Depuis toujours, on dit de Joséphine qu’elle est un « garçon manqué », pourquoi pas une  « fille ratée » tant qu’on y est, puisque visiblement, elle n’est pas une « fille réussie » ?! Jo, que ses camarades ont surnommée « It » en référence au pronom neutre anglais, a préféré enfouir profondément ses doutes ; mais un évènement perturbant va déclencher un questionnement intense chez cette ado de 14 ans, passionnée de dessin, et elle s’avoue enfin qu’elle s’est toujours sentie garçon. Dès l’école primaire, on l’a exclue, puis carrément rejetée au collège, où elle n’a dû une pseudoamitié temporaire de la part de ses camarades qu’à la fourniture de cigarettes ! Ses parents semblent ignorer le problème et restent dans le déni, même quand l’entourage ou Jo abordent le sujet. Se croyant responsable de l’incendie qui a ravagé une partie de leur immeuble, Jo ressent une intense culpabilité dont il faut comprendre qu’elle est révélatrice de ses interrogations sur son identité. Obligée d’aller vivre chez des voisins, puis à l’hôtel, la famille est chamboulée, Jo perd ses repères et se demande alors qui  elle est vraiment : même si sa réflexion n’en est qu’à ses débuts à la fin du livre, un pas important est néanmoins franchi puisqu’elle informe ses camarades qu’elle est un garçon : elle parle désormais d’elle au masculin, indépendamment des décisions qu’il lui faudra peut-être prendre plus tard, en toute intimité et dans une solitude absolue… Un roman facile à lire dès le collège, abordant délicatement, sans didactisme ni langue de bois, le questionnement d’une ado mal dans son genre qui trouve la force de le dire à tout son entourage. L’auteure a déjà abordé le sujet en 2016 dans Je suis qui je suis publié dans la collection « Doado » aux éditions du Rouergue.

Celle dont j’ai toujours rêvé, Meredith Russo, traduit de l’américain par Noémie Saint Gal, PKJ, 2017.

Destiné aux plus âgés, ce roman donne la parole à Amanda Hardy, lycéenne américaine qui arrive en terminale dans un nouvel établissement. Elle vient de quitter sa mère avec laquelle elle vit seule depuis six ans pour rejoindre son père installé dans un autre état du Sud, afin d’échapper à de nouvelles persécutions. En effet, depuis son plus jeune âge, Andrew s’est toujours senti fille et n’a jamais vraiment cherché à le cacher. Ses camarades le moquent et le maltraitent, son père refuse d’admettre la réalité, cherchant à le rendre plus viril. Sa mère, bien que perturbée, se montre plus tolérante, jusqu’à la dispute de trop et à la séparation. Le long et douloureux parcours d’Andrew devenu Amanda suite à la prise d’hormones, à l’opération et à leurs conséquences est évoqué progressivement, par petites touches, sous forme de retours en arrière non chronologiques permettant au lecteur de mesurer le courage et l’opiniâtreté de la narratrice, et de comprendre pourquoi elle reste si méfiante alors qu’elle n’aspire qu’à vivre normalement avec ses ami·e·s. Amanda renoue tout doucement avec son père, bourru et maladroit mais aimant et conscient du tort que son intolérance lui a causé ; elle se lie d’amitié avec Layla, Chloé, Anna et Bee et devient populaire au lycée. Toujours sur ses gardes cependant, elle n’est pas prête à livrer son secret alors que sa relation amoureuse avec Grant évolue rapidement. De nouveaux évènements dramatiques lui feront prendre conscience qu’elle a le droit de vivre et d’exister telle qu’elle est et qu’elle mérite d’être aimée.

Rédigé par une auteure elle-même trans, comme évoqué en fin d’ouvrage, il s’agit d’un roman et non d’une autobiographie. L’histoire d’Amanda est celle d’un parcours possible : ses choix (opération, traitement, n’aimant que les garçons) et son apparence très féminine lui sont propres et ne sont en aucun cas généralisables ; en revanche le ressenti d’une identité différente de celle octroyée à la naissance et les épreuves traversées correspondent bien au vécu de nombreuses personnes transgenres. Maltraité·e·s moralement et physiquement en raison de l’intolérance des adultes et des jeunes, du poids de la religion, ces adolescent·e·s « différent·e·s », sombrent dans la détestation d’eux-mêmes, le désespoir et ne trouvent souvent d’issue que dans le suicide.

Mon Éden, Hélène Duvar, « Rester vivant », Le muscadier, 2019.

Comment survivre au suicide de sa jumelle, telle est la question qui hante Erwan, le narrateur âgé de 16 ans. Ils étaient extrêmement proches, pourtant il n’a rien vu venir… Le jeune homme rumine sa colère et sa détresse ; rongé de culpabilité, il cherche à comprendre les raisons d’un geste que lui-même est tenté de commettre et rejette en bloc ses parents, le psy ainsi que ses amis Lucas et Jérémy. Replié sur lui-même, Erwan hurle sa souffrance tout en ressassant le passé. La découverte du journal intime d’Éden lui permet cependant d’approcher l’intimité et les secrets de sa sœur. Ce journal inachevé, loin de livrer toutes les raisons du geste désespéré de sa jumelle, lui laisse néanmoins entrevoir les tourments éprouvés par la jeune fille : les sentiments amoureux non partagés, les humiliations, la déprime, l’isolement, les pseudoamis, l’impression de se détruire… Il faudra du temps à Erwan pour accepter l’amitié, voire l’amour, de Mylène, qui l’aidera à se reconstruire ; cinq ans plus tard, un ton plus serein témoigne du chemin parcouru, mais celui-ci est émaillé de ruptures : avec le lycée, avec la ville de sa jeunesse et même avec celle qui l’a tant soutenu. Il accepte de continuer à vivre même s’il n’est pas vraiment remis…

Rédigé par une enseignante connaissant bien les jeunes, ce roman sonne juste ; il aborde un sujet combien douloureux à travers les réactions exacerbées d’un adolescent qui, en perdant sa jumelle, a perdu une partie de lui-même. L’écriture suit au plus près l’évolution d’Erwan, de la boule de souffrance incapable de surmonter son deuil au jeune adulte capable d’envisager un avenir apaisé ; la narration à la première personne est entrecoupée par les lectures d’Erwan : le journal d’Éden ainsi que des extraits de sites qu’il consulte régulièrement, dédiés à la prévention du suicide ou aux jumeaux. La collection, destinée aux adolescents, accueille des romans ou des nouvelles dont les sujets, ancrés dans la réalité actuelle, devraient les attirer et les aider à réfléchir.

Sans foi ni loi, Marion Brunet, PKJ, 2019.

Lorsque Garrett Blake voit Abigail Stenson pour la première fois, il pense que c’est un homme, tellement elle a l’allure et l’attitude des pionniers de l’Ouest américain ; en fait elle vient, pour assurer l’avenir de sa petite fille Pearl, de braquer une banque et de tuer un homme ; c’est une hors-la-loi, qui sera pourchassée par le shérif et un chasseur de primes. Elle prend en otage l’adolescent de 16 ans et l’emmène vers le Wyoming. Fils d’un pasteur rigide et violent, qui élève seul et à la dure une famille nombreuse depuis la mort de sa femme, Garrett maltraité est défiguré, timide et peu sûr de lui ; il ignore, au moment de son enlèvement, que sa vie va radicalement changer grâce à cette jeune femme qui a érigé la liberté en valeur absolue, quitte à payer le prix fort. Rédigé à la première personne, entrecoupé de retours en arrière, le récit de Garrett est celui d’une initiation dans une atmosphère de western : nous sommes en 1920, Garrett partage la vie d’Ab au sein d’un bordel où officie, entre autres, Jenny, dont il tombe amoureux. La jeune danseuse, orpheline recueillie par Ab, a le même âge que lui et s’occupe de Pearl lorsque sa mère est en vadrouille. Il y fait l’apprentissage de l’amitié mais également de la misère, des bagarres violentes, de l’injustice, du racisme et découvre les différentes facettes de sa ravisseuse à laquelle  la société machiste de l’époque ne pardonnera pas de savoir manier une arme et de vivre comme un homme. Des chapitres courts, une écriture nerveuse, très visuelle, contribuent à rendre passionnant ce roman original brossant, à travers ses souvenirs, l’évolution de Garrett, mais également le portrait d’une femme hors norme, nouvelle Calamity Jane, que l’adolescent aime et admire. J’ai découvert ce livre avant qu’il ne reçoive la pépite d’or du salon de Montreuil, récompense amplement méritée à mes yeux. J’espère qu’il paraitra très rapidement en poche, ce qui facilitera sa diffusion dans les classes.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Présentée dans les coups de cœur printemps-été 2018, la collection Philophile ! dirigée par Claire Marin et illustrée par les dessins d’Alfred, continue son programme de parution. Citons, parmi les plus récents :  Qui suis-je pour de vrai ? de Philippe Cabestan, C’est pour ton bien ! Éduquer ou soumettre ? de Benjamin Delmotte ou Que nous apprend l’expérience ? de Carole Widmaier, Giboulées, Gallimard, 2019.

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Guerre 14-18

Guerriers de l’enfer, J. Patrick Lewis, illustrations de Gary Kelley, traduit de l’anglais par Fenn Troller, Les éditions des Éléphants, 2019.

Le sous-titre « Ils sont venus de Harlem se battre à nos côtés » évoque les 350 000 soldats noirs américains venus combattre en France à compter d’avril 1917. Cet album rend hommage à l’une de ces unités, mobilisée sous le nom de 15e régiment de la Garde nationale de New York et rebaptisée 369e régiment d’infanterie américaine. Réputés pour leur ténacité, ces hommes braves et courageux seront surnommés « Les Harlem Hellfighters » (guerriers de l’enfer venus de Harlem) par les Allemands. Sur 2000 engagés, seuls 500 reviendront. Qui étaient-ils ? Les laissés-pour-compte de l’Amérique blanche bien-pensante, répondant avec enthousiasme à l’appel du charismatique chef d’orchestre James « Big Jim » Reese Europe. Non contents de se battre, ils allaient faire connaitre le jazz aux Européens et aider leurs compatriotes à tenir le coup.

Rédigé dans une langue claire et poétique, illustré à la mine de plomb et crayons de couleur, cet ouvrage émouvant se situe à mi-chemin entre l’album et la bande dessinée, car les vignettes de différentes tailles ne comportent aucun texte : celui-ci figure dans des encarts, dont certains comportent un titre et une date marquante. Évoquant  la contradiction d’un pays qui envoie des hommes courageux défendre l’Europe pendant que leurs frères de couleur continuent d’être maltraités et exécutés chez eux, il intéressera les adolescents comme les adultes.

Anorexie

La peau de mon tambour, Marie Sellier, Roman, Editions Thierry Magnier, 2018.

Comment survivre au sein d’une famille dysfonctionnelle ? C’est le problème de Zoé, une adolescente confrontée à la folie de sa mère, à l’hystérie de Grandma, ainsi qu’à l’absentéisme de son père. Ainée d’une fratrie de quatre, elle subit  rebuffades et humiliations, voire les coups d’une mère ravagée et suicidaire, dont elle découvre qu’elle a déjà été internée durant une année à l’âge de vingt ans. Seule sa grand-mère paternelle, Bonny, lui apporte bonheur et réconfort. Mais Zoé est parvenue au point de rupture. Elle est de plus en plus consciente du désordre familial ambiant et ce qui l’aidait à tenir s’effrite ; les étés au bord de la mer chez Bonny et les retrouvailles avec son cousin Noé perdent leur saveur. Consciente que sa mère a souffert de l’attitude de sa propre mère, inconsolable depuis la mort prématurée de son fils Auguste, elle finit par se demander si c’est une fatalité liée à la lignée maternelle qui risque de l’atteindre à son tour. Revenue au lycée, elle se met à détester ses rondeurs et se fustige de se consoler en mangeant. Elle décide donc d’abandonner son corps, ne se nourrissant plus et se faisant vomir. Ses parents mettent un temps fou à se rendre compte qu’elle est devenue anorexique. Néanmoins, elle s’est liée d’amitié avec Klara, issue d’une famille saine et aimante, dont la mère, Romy, psychologue, réussit à gagner sa confiance. Les deux jeunes filles passent des vacances en Hollande auprès de Susan, la tante de Klara, une artiste pleine de vie malgré son handicap. D’un été à l’autre, Zoé sombre puis, résiliente, reprend le dessus. Elle comprend que sa mère, jamais désignée autrement que par « Elle » et son oncle Ludo ont pâti du deuil jamais fait de Grandma : ce sont des victimes.

La gravité des propos, même s’ils sont teintés de légèreté, voire d’humour, invite à réserver cet ouvrage aux lycéens ou aux plus murs des collégiens. Utilisant une langue soutenue, imagée, ce roman présente en outre la particularité d’être rédigé à la deuxième personne du singulier : j’ai d’abord pensé que la narratrice Zoé s’adressait à elle-même, essayant de prendre du recul et analysant, de façon juste et mature, les évènements vécus et les sentiments éprouvés ; même si cette hypothèse ne me parait pas exclue, elle est balayée par l’auteure qui, lors d’un entretien, indique que ce « tu » la désigne, elle, en tant que narratrice adulte, s’adressant à Zoé, ce qui met, dit-elle, « de la distance, un petit peu d’air », et j’ajouterai : permet d’admettre qu’une adolescente ait autant de clairvoyance vis-à-vis de son vécu ainsi que  les « mots pour le dire ». Dont acte !

Exils et migrations

Quelqu’un m’attend derrière la neige, Timothée de Fombelle, illustrations de Thomas Campi, Gallimard Jeunesse, 2019.

Du même format carré que Capitaine Rosalie (coups de cœur printemps-été 2019), ce nouvel opus de l’auteur, présenté par l’éditeur comme « un conte de Noël contemporain », fait se croiser trois personnages isolés durant la nuit de Noël. Gloria, une hirondelle, particulièrement robuste et chanceuse, puisqu’âgée de seize ans, vole à contrecourant vers le Nord au lieu de rester au chaud comme ses congénères. Il faut dire qu’à la différence des autres oiseaux migrateurs, Gloria se préoccupe de ce qu’il se passe sur terre, chez les humains, depuis qu’un petit Congolais manchot de 10 ans a pris soin d’elle durant une nuit de Noël : il lui a sauvé la vie et donné un nom. Gloria ne l’a jamais oublié… Cette même nuit, Freddy d’Angelo, chauffeur depuis 37 ans pour l’entreprise Gelati Pepino & Schultz, conduit son petit camion frigorifique jaune vers l’Angleterre. Mais la livraison est annulée : il lui faut regagner sa maison et passer le réveillon dans la solitude. Le passager imaginaire que Freddy s’invente souvent pour ne pas oublier qu’il sait parler pourrait finalement bien se trouver dans son camion… Gloria, quant à elle, vole vers son destin : l’hirondelle sera le trait d’union entre un jeune migrant (devinez lequel) tentant de passer en Angleterre et un chauffeur désabusé crevant de solitude. Un très beau récit, évoquant de façon poétique une réalité très contemporaine : le lecteur se prend à espérer que de tels miracles se produisent plus souvent et pas seulement durant la nuit de Noël. Chaque illustration, dans les tons ocres et bleutés, représente un petit tableau venant rehausser la signification symbolique de ce  conte engagé au sens où il nous parle de ce qu’il y a à sauver dans le monde d’aujourd’hui.

La Nouvelle, Cassandra O’Donnell, Flammarion Jeunesse, 2019.

Effervescence au collège de Plougalec : une nouvelle élève est arrivée ; elle se nomme Haya. Ses parents, Amin et  Sherine, sa petite sœur Nour et elle arrivent de Syrie après être passés par un camp en Grèce. Un collègue français, médecin et ami, leur a prêté sa résidence secondaire. Si Théo se montre un peu distant, il se range vite du côté de son copain Gabriel qui se lie très vite d’amitié avec la jeune fille. D’abord réservée et méfiante, Haya, encore très traumatisée par la guerre et leur fuite, s’ouvre peu à peu, faisant rapidement des progrès. Mais certains élèves, tels Lucas et Erwan, lui sont hostiles et la harcèlent. Elle en a vu d’autres, mais Gabriel tient absolument à la protéger ! Un petit roman émouvant, abordable dès la fin de l’école primaire, qui, sans s’appesantir sur la complexité de la situation syrienne, évoque cependant par petites touches le calvaire des réfugiés ayant fui leur pays et devant reconstruire une nouvelle vie. L’arrivée de cette famille étrangère dans le village suscite des réactions diverses et contradictoires ; elle sera l’occasion pour Gabriel et son grand frère Mathias, qui ne s’entendent pas, de découvrir le secret de leur grand-mère Esther, réfugiée iranienne dont le passé, profondément enfoui, ressurgit avec émotion.

Ailleurs meilleur, Sophie Adriansen, Nathan, 2019.

Envoyés au Burkina Faso auprès de leur grand-mère pour fuir la guerre civile, Alassane, 15 ans et son petit frère Alpha reviennent en Côte d’Ivoire à la mort de leur père. Mais la famille se retrouve sans ressources, car les terres à cultiver reviennent aux cinq enfants de la première épouse… Alors qu’Alpha et sa mère vont retourner au Burkina auprès de Mama, Alassane, rempli d’espoir, décide de partir pour la France avec la bénédiction et les recommandations de sa mère. Débute alors un parcours semé d’embuches qui le conduira jusqu’à Lorient. Évidemment, il lui faudra plusieurs mois et beaucoup de courage, de ténacité, d’audace et de chance pour effectuer ce long voyage (retracé sur une carte en fin d’ouvrage) de la corne de l’Afrique jusqu’à la Bretagne, durant lequel il sera confronté à de multiples dangers. Même si la France l’accueille en tant que mineur isolé étranger, pris en charge par le département, il n’est pas au bout des peines : il y a toujours des adultes prêts à les exploiter, lui et ses semblables, tel cet hôtelier pourtant payé pour les héberger et les nourrir ; quand ce ne sont pas les autorités qui les accusent de mentir sur leur âge : c’est le cas de son ami centrafricain Figaro, obligé de fuir Lorient pour se cacher à Nantes chez des Camerounais. Rédigé à la première personne, au présent, le texte, quasi documentaire, évite le pathos ; malgré des réalités parfois terribles (bébé noyé rejeté par la mer sur le rivage, migrants qu’on frappe quand ils franchissent le triple mur de barbelés à Melilla – Figaro a ainsi perdu 14 dents), le ton reste serein, voire empreint d’humour, notamment lorsque le narrateur cite des proverbes africains. Alassane reste toujours confiant et ne cherche qu’à apprendre, à s’intégrer. Il saisit toutes les mains qui se tendent, car heureusement il y en a ; décidé à devenir cuisinier, il entre en apprentissage auprès de Gwendal, patron d’une crêperie, et se forme au Centre de formation des apprentis. Sans jamais oublier sa famille ni ses origines, il se tourne résolument vers un avenir meilleur. L’auteure s’est inspirée du parcours de deux jeunes migrants rencontrés dans une librairie bretonne, soucieuse de donner à voir l’espoir immense qui les porte, le sien étant que les choses changent. En fin d’ouvrage, un dossier court mais précis délivre les informations essentielles pour comprendre les faits évoqués. Un livre abordable dès le collège, voire un peu plus tôt.

Quelques titres de films

 Nulle part en France, Yolande Moreau, 2016.

Documentaire pour Arte sur les jungles de Calais et Grande-Synthe. Simple et plein d’humanité.

Hope de Boris Lojkine, fiction, 2015.

Léonard (Camerounais) prend Hope (Nigériane) sous sa « protection ». Dans ce long chemin vers la « terre promise », les femmes sont les  plus exposées. Une réalité très dure dont l’amour n’est pas absent, jouée par des acteurs non professionnels dans leur propre rôle ; à réserver aux plus âgés.

Damien veut changer le monde, Xavier de Choudens, 2019

Surveillant dans une école, Damien décide de reconnaitre Bazhad afin que l’enfant et sa mère ne soient expulsés. Dès lors, il est confronté à une avalanche de demandes de reconnaissance en paternité d’enfants sans papiers ! Le délit de solidarité traité sur le mode de la comédie.

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…), rééditions (nouvelles couvertures, illustrations, maquettes, etc.)

Gallimard Jeunesse

Les Petites Reines, Clémentine Beauvais, coll. Pôle Fiction, 2019.

Mireille, Hakima et Astrid sont élues « Boudins » au collège de Bourg-en-Bresse. Si Mireille, habituée du prix s’en moque, ses copines, elles, le vivent mal. Elle leur propose donc d’aller jusque Paris à bicyclette en vendant du… boudin ! Commence alors une odyssée cocasse, pleine de rebondissements, car les médias s’en mêlent. Les filles, accompagnées du grand frère de Hakima, en chaise roulante, font le buzz. Un roman humoristique et féministe qui m’a bien fait rire lors de sa sortie (Sarbacane, 2015). Il vient également d’être publié chez J’ai lu (2019).

Sinon, je signale chez cet éditeur la parution de nombreux ouvrages en lien avec le film d’animation La Fameuse Invasion des ours en Sicile, Lorenzo Mattotti, 2019.

PKJ

À la place du cœur, Arnaud Cathrine, 2020. (Lafont 2016)

Présenté dans le numéro 66 (2017) de Recherches (réseau Terrorisme).

#Bleue, Florence Hinckel, 2020. (Syros 2015)

Qui n’a rêvé d’un monde où la douleur physique ou morale n’existerait plus ? Nous y sommes grâce à la Cellule d’Éradication de la Douleur Émotionnelle (CEDE), ce qui conduit Silas à y recourir lorsque sa petite amie Astrid meurt renversée par un camion : un point bleu figure à présent sur son poignet, sachant que certains adultes en possèdent plusieurs. Cette société, où il est mal vu de ne pas être connecté en permanence, a érigé le bonheur en valeur absolue. On pense au Passeur de Loïs Lowry. Mais la résistance s’organise… Ouvrage destiné aux collégiens, qui pourrait intégrer un réseau Dystopies/contrutopies, au côté de ceux présentés dans le numéro 38 (2003) de Recherches (réseau Totalitarisme).

Marquer les ombres, tomes 1 et 2, Véronica Roth, traduit de l’américain par Anne Delcourt, coll. Best Seller, 2020. (Nathan 2017 et 2018).

Au sein d’une fédération de neuf planètes, deux personnages que tout oppose, Akos le pacifique et Cyra sœur d’un tyran, vont devoir choisir de  se combattre ou de  s’unir pour survivre. Par l’auteure de la série Divergente (cf. coups de cœur printemps-été 2017).

 Flammarion

Dix façons d’assassiner notre planète, collectif, 2019.

Préalablement publié dans la collection « Tribal » en 2007, ce titre se passe de commentaire : dix nouvelles mariant écologie et science-fiction, concoctées par des spécialistes du genre, présentées par Alain Grousset.

Milan

Cette fille, c’était mon frère, Julie Anne Peters, coll. Macadam, 2016.

Réédition de l’ouvrage précurseur intitulé La Face cachée de Luna, paru chez le même éditeur, dans la même collection en 2005 et  présenté dans le numéro 56 (2012) de Recherches. Signe des temps (cf. les ouvrages présentés plus haut), le changement de titre marque la volonté d’ « annoncer la couleur » !