
L’enseignement de l’oral nécessite, tout au long de la scolarité, la mise en œuvre de dispositifs, médiations et détours pour que se construisent des apprentissages. C’est l’angle des genres qui est ici privilégié. Unité de travail fondamentale, les genres constituent un outil permettant la reconnaissance et la production des discours. Quels sont les genres oraux privilégiés par l’école ? Comment ces genres prennent-ils corps dans des dispositifs ? Quelles sont les évolutions des ingénieries d’élaboration et d’analyse de dispositifs d’enseignement de l’oral ? Comment ces ingénieries se déploient-elles dans différents pays francophones ? La formation des enseignants est aussi en jeu : comment les aider à diversifier, évaluer et remodeler leurs pratiques d’enseignement de l’oral ?
Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.
Sommaire
Les genres oraux : quels dispositifs pour apprendre ?
Pascal Dupont, Joaquim Dolz
Le dispositif Séquence didactique pour enseigner les genres oraux. Bilan des recherches et perspectives
Joaquim Dolz, Carla Silva-Hardmeyer
Quelles pratiques efficaces pour enseigner l’oral ? Expérimentations dans huit classes du primaire et suivi de seize futurs enseignants
Stéphane Colognesi, Vanessa Hanin
Enseigner le débat régulé sur les (in)égalités entre les sexes. Évolution du partage de la parole entre les participant·e·s
Anthony Coppola, Joaquim Dolz
Repenser le modèle de la séquence didactique pour enseigner l’oral au primaire. Résultats d’une première année de recherche
Kathleen Sénéchal
Des genres oraux en classe du primaire qui favorisent l’oral spontané des élèves : résultats d’une recherche collaborative
Christian Dumais, Emmanuelle Soucy
L’exposé : entre forme scolaire et oral enseigné ?
Dorothée Sales-Hitier, Pascal Dupont
À la recherche d’objets d’enseignement pour travailler la production de l’oral au secondaire 1. Le cas de la scène de théâtre et du texte poétique
Roxane Gagnon, Sonia Guillemin, José Ticon, Rosalie Bourdages
Le débat : perception par l’enseignant en formation initiale de l’objet travaillé et de l’objet enseigné
Pascal Dupont, Michel Grandaty
Coconstruire le système récit-personnages : un genre d’activité scolaire oral au service de la compréhension d’albums de littérature de jeunesse
Sandrine Aeby Daghé, Glaís Sales Cordeiro
Parler sur les œuvres d’art : un genre scolarisé à la croisée des espaces institutionnels ?
Ana Dias-Chiaruttini
Éditorial
Recherches livre avec Les genres de l’oral un numéro particulier, issu d’un symposium consacré à des questions de didactique de l’oral. Ce numéro, s’il est conforme à la volonté de la revue de diffuser la recherche récente en didactique du français, est, pour sa forme, presque unique dans l’histoire de Recherches : nous avons certes déjà par le passé publié plusieurs articles issus d’un symposium ainsi qu’un ensemble d’articles provenant d’un groupe de recherche sur l’écriture d’invention, mais nous n’avions jamais laissé les clés d’un numéro complet à des membres extérieurs. L’élaboration des numéros relève en effet habituellement de la responsabilité de l’ensemble du comité de rédaction, et non à des coordinateurs ou directeurs de numéro, fussent-ils internes à ce comité. Cela s’explique par le fait que Recherches est une revue associative et militante, qui, si elle est catégorisée « interface » par certaines sections du CNU et par l’HCERES, n’est pas à proprement parler une revue « scientifique », puisqu’elle a fait le choix de se passer de comité scientifique pour pouvoir continuer à publier des articles de statuts divers. Se côtoient ainsi dans nos numéros des articles scientifiques, selon les critères académiques, mais également des articles professionnels rendant compte de dispositifs de travail, de la maternelle à l’université, ainsi que des articles produits par des enseignants débutants, issus par exemple de mémoires professionnels. Nous envisageons en effet l’écriture comme un espace essentiel de professionnalisation et de réflexivité, et pas uniquement comme un espace de recherche scientifique. Recherches est ainsi une revue où chaque numéro croise le champ de la recherche et celui des pratiques professionnelles. […]



L’oral est abordé dans des situations scolaires inhabituelles à Recherches : les premiers apprentissages en maternelle et les formations en français langue étrangère, deux lieux où il s’agit d’apprendre à parler et à comprendre ce qui se dit. Ces situations spécifiques mettent le doigt sur le fait que l’enseignement de l’oral nécessite, tout au long de la scolarité, la mise en œuvre de dispositifs, de médiations, de détours, voire de ruses.
Le champ disciplinaire du français inclut des savoirs spécifiques (la langue, les discours, la littérature), mais l’enseignant de français, quand il n’est pas lui-même polyvalent (comme dans le premier degré), partage avec d’autres des tâches d’enseignement qui élargissent son champ. Les disciplines se croisent au gré de projets d’équipes, d’opportunités, de partenariats possibles et d’injonctions institutionnelles fluctuantes. Le français est pris dans une nébuleuse de dispositifs qui mettent en œuvre des formes de collaboration interdisciplinaires diverses de par les objectifs visés, les modalités concrètes, les enjeux institutionnels, le degré de facilitation du travail des équipes engagées. Quels apprentissages ces interdisciplinarités favorisent-elles, et à quelles conditions ?
Innovez ! Tel parait être le mot d’ordre institutionnel actuel. Mais ce que l’on baptise « innovation » est-il réellement nouveau ? Et, surtout, les innovations prônées sont-elles gages d’un véritable renouvèlement didactique et pédagogique, prenant en compte les problèmes d’apprentissage ?
Si le genre est au cœur de l’enseignement du français, ce n’est pas seulement à travers ces objets d’étude que sont les genres littéraires. À l’école, le travail sur les textes est encadré par des modèles qui en régissent la réception et la production. Selon une approche plurielle (didactique du français, analyse du discours et histoire des disciplines), le numéro traite de genres scolaires qui s’enseignent (la dissertation), mais aussi d’outils (les manuels, les questionnaires sur un texte) et d’activités (la récitation) qui gagnent à être pensés comme des genres scolaires, ainsi que de l’usage scolaire, voire de la scolarisation, d’objets extrascolaires (albums pour la jeunesse). Chemin faisant, le numéro explore ainsi la construction scolaire des objets d’enseignement.
L’aide est une dimension constitutive du métier d’enseignant : enseigner, c’est aider à apprendre. Pour aider, l’enseignant est tantôt dans l’anticipation, tantôt dans l’immédiateté : en amont du cours, il identifie ce qui peut faire obstacle aux apprentissages et imagine des facilitations ; au quotidien, dans les interactions avec les élèves, il réagit, reconstruit, adapte ses démarches. Mais « aider » est aussi un mot d’ordre institutionnel, qui se traduit par la mise en place de dispositifs multiples dont la pertinence ne va pas de soi. À travers des situations concrètes, les articles parcourent ces différentes dimensions de l’aide, pour comprendre ce qui permet la construction de cette professionnalité et ce qui la freine.
Enseigner et évaluer vont de pair pour l’enseignant. Mais ses pratiques en la matière sont doublement encadrées par l’institution : par les instruments d’évaluation nationaux et internationaux, mais aussi par les prescriptions en matière d’évaluation, associées aux nouveaux dispositifs et programmes. Cette double intervention laisse souvent l’enseignant déconcerté face à des tâches mal définies, comme l’évaluation des compétences. D’où le parti pris d’interroger les présupposés et enjeux de ces instruments et prescriptions, et de continuer de proposer des démarches qui rendent l’élève conscient de ses apprentissages.
La reformulation est essentielle à l’acte pédagogique, aussi bien dans l’élaboration du savoir à enseigner que dans la préparation de ses cours par l’enseignant, dans le discours de l’élève ou dans les interactions au sein de la classe… La reformulation, qu’elle soit orale ou écrite, qu’elle concerne un énoncé écrit ou oral, est une nécessité pour faire vivre au sein d’une classe, dans un contexte constamment renouvelé, les savoirs et les discours. Cette livraison de Recherches veut interroger les différentes formes de reformulation que la classe de français fait vivre : il s’agit, en somme, de décliner la reformulation et d’en montrer toutes les facettes. Dans les activités proposées dans ce numéro, la reformulation est un moyen d’entrer dans les textes et dans les activités de la classe.
Commencer à écrire, apprendre à écrire et à réécrire, continuer d’apprendre à écrire, écrire pour apprendre : l’« écrire » comme processus est au centre de ce numéro. Les articles s’intéressent aux apprentissages multiples corrélés à l’écriture. Écrire à l’école, c’est, entre autres, mettre en jeu des postures disciplinaires. Du côté de l’enseignement, concevoir des démarches d’apprentissage suppose de prendre en compte la complexité du processus et d’en assumer les tensions et paradoxes. Par exemple celui-ci : si l’écriture réussie est une écriture investie, comment aider les élèves à investir des écrits qui doivent avant tout répondre à des normes scolaires ? Ces questions, et d’autres, se posent et se travaillent à tous les niveaux, des premières classes élémentaires à l’université.