Archives de catégorie : La chronique du livre pour la jeunesse

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Printemps-été 2019

Coups de cœur documentaires

40 défis pour protéger la planète, Sophie Frys, illustrations de Cynthia Thiery, Éditions Pera, 2019.

En matière d’écologie, de l’action, plutôt que des grands discours ! Ce petit ouvrage carré sous forme de cahier à spirales invite les enfants, dès l’âge de huit ans, à se lancer dans 40 activités regroupées en huit catégories (Désencombrer, Manger mieux sans gaspiller, Le grand nettoyage au naturel, Se mettre à jardiner, La mobilité : on s’bouge !, Bricoler écolo, En route vers le zéro déchet, Écolo à l’école). Très concret, chaque défi répond aux questions « Pourquoi et comment ? » suivies, si nécessaire, du « pas à pas » guidant le jeune auquel on indique parfois par un logo qu’il aura besoin d’aide. D’autres logos invitent à télécharger des outils sur le site de l’éditeur ou suggèrent des astuces. L’ensemble est clair, vivant, ludique, illustré avec simplicité et efficacité. Une jeune maison d’édition lilloise à encourager !

Coups de cœur actualité

Qui veut jouer au foot ?, Myriam Gallot, Mini Syros Roman, 2019.

Et si les inégalités filles/garçons commençaient dès la cour de récréation ? Margot est excédée par l’attitude des garçons qui occupent la plus grande partie de la cour afin de jouer au foot, cantonnant les filles à des espaces très restreints et à des « jeux de filles ». Après avoir essayé de parlementer avec Yacine qui ne veut rien savoir, elle et ses copines vont utiliser des méthodes coercitives pour obtenir gain de cause, jusqu’à ce que la maitresse les aide à trouver des solutions plus démocratiques. Un petit roman très facile à lire, faisant la guerre aux préjugés et aux stéréotypes : les filles peuvent aimer jouer au foot et certains garçons détester ça ; ceux-là peuvent préférer la corde à sauter ou les cartes Pokémon !

Dys sur 10, Delphine Pessin, PKJ, 2018.

« Dylan a un secret… il est dyslexique » : ce sous-titre annonce la couleur dès la première de couverture. Mais dans ce cas, comment peut-il nous raconter aussi bien toutes ces années de galère et de souffrance ? L’épilogue nous le dira : âgé à présent de dix-neuf ans, il est en terminale technologique et pratique le théâtre dans une troupe amateur. Il a saisi les mains tendues, a retrouvé confiance en lui et développé des stratégies de remédiation face à ses difficultés. Au lieu de se heurter aux obstacles, il les a contournés, sûr et certain à présent d’arriver quelque part. Ce roman rédigé à la première personne plonge le lecteur dans l’intimité de Dylan, facilitant une identification douloureuse. Le narrateur choisit de démarrer son récit alors qu’il a quatorze ans et commence très mal sa classe de quatrième ; c’est l’année de tous les dangers, celle durant laquelle son malêtre culminant, il accumule les bêtises car il n’a plus aucune estime de lui-même ; mais également celle où il prendra un nouveau départ grâce à l’opiniâtreté d’une jeune enseignante qui, derrière la façade du guignol, perçoit les qualités d’un jeune refusant toute aide depuis que son orthophoniste a déménagé. Au gré de chapitres dont le titre anticipe le contenu, Dylan analyse son handicap et ses réactions avec lucidité et humour. Il sait pouvoir compter sur ses deux amis, Pauline, garçon manqué, génie de la pâtisserie et Martin, le fort en thème ; il se lie même avec Sacha, porteur lui aussi de secrets douloureux, mais ce dernier, décidé à rendre coup pour coup, brise de ce fait une amitié naissante. C’est un roman touchant qui décortique bien le mécanisme de dévalorisation s’instaurant chez un enfant toujours en échec à l’école malgré son travail acharné et ses efforts. L’adolescence et ses tourments habituels exacerbent le sentiment de rejet : il faut rire pour éviter de pleurer, faire le clown pour cacher son désarroi, sortir la porte de ses gonds quand un professeur vous demande de la « prendre »… L’attitude rigide de son père, préférant croire que son fils est paresseux, voire malhonnête, accentue la spirale infernale de l’échec et le cercle vicieux du désespoir dans lesquels Dylan s’enferme. Heureusement, Madame Nas, sa professeure de français, insiste pour qu’il participe au club de théâtre : jouer une scène du Bourgeois Gentilhomme l’aidera à sortir de l’impasse.

Level up : Les geeks aussi ont droit à l’amour, Cathy Yardley, traduit de l’anglais (États-Unis) par Noémie Saint Gal, PKJ, 2019.

Je n’aurais sans doute pas pris la peine de présenter cette énième romance pour jeunes adultes, au titre très explicite, si la question de l’égalité professionnelle entre les sexes n’avait pas été aussi centrale dans l’intrigue qui, au passage, aborde sans fard la sexualité d’un point de vue féminin. Tessa Rodriguez travaille pour une entreprise de création de jeux vidéo au milieu d’une équipe de développeurs tous plus machistes les uns que les autres, même s’ils participent à des réunions sur le harcèlement sexuel ! Fan de séries et de jeux vidéo, elle est aussi compétente, voire davantage, que ses collègues masculins mais occupe un poste subalterne. Asociale et timorée, elle se calfeutre dans la chambre qu’elle occupe chez Adam, un collègue de travail dont elle est la colocataire. Jusqu’au jour où elle décide, afin de soutenir financièrement ses toutes nouvelles amies, de relever un défi : participer à un concours en créant un nouveau jeu vidéo. Malgré ses capacités, il lui faudra cependant demander de l’aide à Adam et à ses potes, obtenir de ces derniers qu’ils dépassent leurs préjugés et leur sexisme. Univers truffé de références à la culture geek, jeux et séries, romance entre Tessa et Adam dont l’issue ne laisse aucun doute : l’intérêt de ce roman réside donc plutôt, à mes yeux, dans l’énergie que Tessa déploie pour se faire reconnaitre dans un univers professionnel dominé par les hommes ; certes, elle évolue rapidement, passant d’une vie sociale et amoureuse inexistante à des amitiés féminines solides et à une relation passionnée avec Adam, mais surtout conquiert sa place au sein de l’entreprise et parmi ses collègues, grâce à beaucoup de détermination.

Sept jours pour survivre et Keep Hope, Nathalie Bernard, Frédéric Portalet, Éditions Thierry Magnier, 2017 et 2018.

Nita Rivière, jeune Amérindienne âgée de treize ans, disparait le jour de son anniversaire, alors qu’elle photographiait la ville de Montréal. C’est en enquêtant sur ce qui se révèlera rapidement être un enlèvement que Valérie Lavigne et Gautier Saint-James collaboreront pour la première fois. Le lecteur suit alternativement leurs efforts pour retrouver la jeune fille et ce qu’il advient de celle-ci, retenue prisonnière, dans une cabane perdue au milieu d’une forêt canadienne enneigée, par un homme bien décidé à la tuer après l’avoir violée. Ce très beau roman noir tient le lecteur en haleine ; Nita est une jeune fille courageuse dont l’instinct de survie se développe au fil des jours ; loin de renoncer face à l’adversité, elle puise en elle des ressources insoupçonnées, gardant face au prédateur un sens moral qui l’honore. De leur côté, les enquêteurs ne ménagent pas leur peine, luttant contre l’inertie de leur hiérarchie, motivés, entre autres, par les affres de leur histoire personnelle : disparition autrefois de son petit frère qu’elle devait surveiller pour Valérie qui vit son métier comme un sacerdoce, grave blessure qui a l’empêché de rester champion de biathlon pour Gautier.
Nous retrouvons les deux enquêteurs dans le deuxième roman car Valérie est tout à coup interpellée par le regard d’une adolescente. Elle est pourtant devenue serveuse après avoir craqué et décidé d’oublier son passé de détective. Sure d’avoir déjà croisé ces yeux, Valérie se replonge dans d’anciens dossiers de disparitions et recontacte Gautier, trop heureux de reprendre du service à ses côtés. De son côté, Hope, une adolescente de 14 ans qui a toujours suivi son père sans rechigner, commence à douter de lui, notamment depuis sa rencontre avec Louis qu’elle aimerait revoir et mieux connaitre ; or son père l’empêche de nouer tout contact durable avec qui que ce soit. Pourquoi changent-ils de domicile sans arrêt, pourquoi ne peut-elle consulter internet, posséder un téléphone, avoir une vie d’adolescente normale ? Comme dans le récit précédent, on suit les différents personnages tour à tour : Valérie, opiniâtre, bien décidée à faire le lien entre une fillette disparue et l’adolescente croisée à une station-service et Hope qui s’expose de plus en plus au danger au fur et à mesure qu’elle s’approche de la vérité en découvrant des bribes de son passé. Un roman aussi passionnant que le précédent.
Sans prétendre avoir voulu faire une œuvre engagée, l’auteure admet avoir été interpellée par un nombre alarmant d’enlèvements, viols et meurtres visant les jeunes Amérindiennes au Canada. Ces deux romans sont sans doute une manière pour elle de rendre hommage à ces femmes autochtones qui courent six fois plus le risque de mourir assassinées que les non autochtones.

Bodyguard, tome 6 : Le fugitif, Chris Bradford, traduit de l’anglais par Antoine Pinchot, Casterman, 2019.

Annoncé comme le dernier tome de la série, ce « fugitif » ne décevra pas ses fans tant l’action et le suspense y sont omniprésents. Pour la première fois, Connor échoue dans sa mission, à savoir protéger Eduardo, fils d’un homme politique mexicain. Dévasté, il rentre au siège de son organisation pour constater avec horreur qu’elle a fait l’objet d’une attaque en règle : ses camarades ont été enlevés, les instructeurs sont morts ou ont disparu. Seul Amir, le petit génie de l’informatique, a réussi à se cacher. Contactés par le colonel Black, ils partent aussitôt pour Shanghaï où ils sont traqués dès leur arrivée par Equilibrium et Mr Grey, bien décidés à les éliminer. Les rebondissements s’enchainent et le lecteur ne respire pas plus que les protagonistes. J’ai particulièrement apprécié le rôle joué par les femmes dans cet opus : jeunes ou âgées, courageuses, déterminées et pugnaces, elles sauvent la mise aux héros plusieurs fois. Plus que jamais la solidarité est de mise, les personnalités différentes se complétant : Connor se laisse parfois aveugler par ses sentiments, amoureux ou amicaux, mais Amir garde la tête froide et déploie tous ses talents d’as du clavier. L’auteur ne résiste pas au plaisir d’un ultime rebondissement, histoire de nous faire frôler la crise cardiaque ! Bref, un dernier opus mené tambour battant, marquant une page qui se tourne dans la vie des protagonistes mais… qui sait ? Le MI6, qui a élaboré un projet baptisé « Guardian », a déjà recruté Amir : tous les espoirs sont donc permis ! Signalons que la troisième mission de Connor vient de paraitre en poche.

Tu seras mon arbre, Valentine Goby, illustrations de Frédéric Rébéna, Thierry Magnier, 2018.

Bien qu’il soit destiné aux plus âgés, je m’en voudrais de ne pas présenter ce petit ouvrage percutant, réécriture moderne du mythe de Daphné, condamnée à se transformer en arbre pour échapper aux assiduités d’Apollon. Cette autre Daphné, poursuivie depuis trois jours par un homme qui ne tient absolument pas compte de son refus, symbolise à elle seule toutes les femmes de l’univers tentant depuis la nuit des temps d’échapper à leurs agresseurs, sans autre recours que de renoncer à leur humanité. Haletant et poétique, ce court récit est rehaussé d’illustrations en noir et blanc qui en renforcent le propos militant : à lire d’un seul souffle, d’une seule traite.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Tip Tongue Journal, Syros, 2019.

La collection « Tip Tongue », créée en 2014, se proposait de publier des romans en français qui passaient petit à petit en anglais, en allemand ou en espagnol, à destination des lecteurs de 8 à 17 ans. Riche de 32 titres, elle a obtenu en 2015 le label européen des langues récompensant l’excellence en matière d’apprentissage innovant. Cette collection se diversifie à présent en accueillant des romans sous forme de carnets de voyage abondamment illustrés. Les personnages (déjà rencontrés dans les romans « Tip Tongue ») décrivent et dessinent leurs aventures, anglaises ou américaines, dans un journal de bord qu’ils rédigent progressivement et toujours davantage en anglais.
Quatre titres sont parus à ce jour : Moi, détective in London, Le journal de Jeanne, Stéphanie Benson et Claudine Aubrun. Illustrations de C. Aubrun (A1 introductif, 8-10 ans) ; Mon aventure in green, Le journal de Tom, Stéphanie Benson et Claudine Aubrun. Illustrations de C. Aubrun (A1 découverte, 10-12 ans) ; Nouvelle star in Hollywood, Alex’s journal, Stéphanie Benson. Illustrations de J. Maroni (A2 intermédiaire, 12-14 ans) et Love ? in New York, Callie’s journal, Stéphanie Benson. Illustrations de J. Maroni (B1 seuil, 14-16 ans). Ces petits ouvrages ludiques mettent en œuvre une méthode de mémorisation et de créativité qui plaira sans nul doute aux jeunes. Comme pour les romans, à chaque titre correspond une version intégrale audio gratuite téléchargeable via l’appli Syros Live ou sur le site ressources.

Nez à nez avec…, James Davis Nathan, 2019.

Format carré, 28 chapitres courts et 64 pages pour ces albums documentaires qui cherchent à aborder l’Antiquité de façon humoristique, pour les enfants à partir de 7 ans. Deux titres pour l’instant s’intéressent aux Égyptiens (fond jaune) et aux Romains (fond rouge que j’ai moins aimé car trop criard et moins lisible à mon gout), en attendant les Grecs qui ne sauraient tarder ! Pour découvrir tout ce que ces peuples ont inventé, comment ils vivaient au quotidien, avec des illustrations de style BD qui devraient séduire les enfants.

Les petits contes du père Castor, Anne Kalicky (adaptation) et Olivier Latyck (illustrations), Flammarion Jeunesse, 2019.

Les contes célèbres du patrimoine adaptés pour les tout-petits ; deux titres pour l’instant : Le Loup et les sept Chevreaux et Le Petit Chaperon rouge,  mais d’autres suivront.

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Guerre 14-18

Capitaine Rosalie, Timothée de Fombelle, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018.

Alors que son père combat au front et que sa mère travaille comme ouvrière à l’usine, Rosalie, 5 ans et demi, passe ses journées au fond de la classe. Personne ne semble remarquer ce petit bout à la chevelure flamboyante qui s’est pourtant fixé une mission secrète extrêmement importante, d’où le titre. Chaque jour, sa mère lui lit les lettres de son père qui n’est rentré que trois fois depuis le début de la guerre. Nous sommes fin 1917 et Rosalie sent que quelque chose lui échappe, surtout depuis que sa mère a reçu une enveloppe bleue, d’où sa détermination à mener sa mission à bien. En février, Rosalie sait enfin lire : elle découvre alors brutalement la réalité de la guerre et les souffrances endurées par les soldats. Il lui faudra ruser et compter sur son « lieutenant » Edgar, le cancre de la classe, pour mettre enfin la main sur le courrier que sa mère n’a pas eu la force de lui lire : son père est « mort en héros au combat ». Ce petit album de 64 pages, au format presque carré, met en scène une petite fille courageuse et déterminée, bien décidée à affronter la vérité. Les adultes bienveillants tel le maitre ou protecteurs telle sa mère ignorent la force de caractère et l’opiniâtreté de Rosalie qui mène un combat à sa façon : déchiffrer les mots lui permet de grandir ; sa mère lui offre la médaille décernée à son père, récompense symbolique pour un double apprentissage, celui de la lecture et celui de la perte d’un être cher. Les illustrations très sobres, d’une grande délicatesse, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs, servent magnifiquement cette histoire simple et émouvante.

Cinéma, télévision, théâtre

Broadway Limited, Tome 1. Un diner avec Cary Grant ; Tome 2. Un shim sham avec Fred Astaire, Malika Ferdjouk, École des Loisirs, 2015 et 2018.

Je m’étais dit que j’attendrais la sortie du tome 2 afin de présenter les deux ouvrages dans la foulée. Mal m’en a pris puisqu’il a fallu attendre trois ans avant la sortie de ce deuxième tome, sachant qu’un troisième est annoncé… La parution en poche du premier est concomitante avec celle du deuxième auquel j’avais fini par ne plus croire ! Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture de cette suite est aussi passionnante et addictive que la précédente.
Ces deux opus sont tellement denses et foisonnants que je n’aurai pas la prétention d’en rendre compte de façon exhaustive, juste donner quelques éléments qui vous inciteront à les lire toutes affaires cessantes. Jocelyn Brouillard débarque à New York pour y étudier la musique. Du haut de ses 16 ans et demi, ce Parisien qui a connu la guerre (nous sommes en 1948 puis en 1949) vient, comme tant d’autres, tenter sa chance dans les milieux artistiques. Contre toute attente, il réussit à être logé chez les sœurs Merle, propriétaires de la pension « Giboulées », établissement respectable n’accueillant que des jeunes filles. C’est le début d’une saga comme seule Malika Ferdjouk est capable d’en écrire : cette faveur accordée au jeune homme par Artemisia, surnommée « Le Dragon », n’est pas qu’un artifice de scénario, me semble-t-il ; elle correspond au contraire à toute l’atmosphère décrite ainsi qu’à la psychologie complexe des personnages, jeunes et moins jeunes, telle qu’elle se révèle petit à petit. La pension héberge tout un aréopage de jeunes filles venues comme lui se frotter à l’univers du spectacle et de la scène. En attendant de connaitre la gloire, chacune se débrouille et vit, comme lui d’ailleurs, de petits boulots, entre deux auditions, car personne ne roule sur l’or, loin de là, alors que tout coute cher. Jocelyn, ulcéré que sa propre sœur Rosemonde ait choisi d’entrer dans les ordres, fait, lui, la connaissance de six pétulantes jeunes filles rêvant de devenir danseuse, chanteuse ou comédienne, ainsi que celle de Dido, une jeune voisine, vivant avec son père, qui ne le laisse pas indifférent. Ces jeunes femmes charmantes, pleines de vie, cachent pourtant chacune un secret que seul le lecteur finira par partager. Nous suivons avec plaisir, émotion ou effroi chacune d’entre elles dans son parcours de combattante, que ce soit sur le plan professionnel ou sentimental, le tout ancré dans un contexte extrêmement bien décrit, qu’il s’agisse du monde du spectacle, son côté paillettes ou ses chaussetrappes, de la réalité sociale, du racisme vis-à-vis des Noirs, des différences de classes, ou de l’arrière-plan politique, le maccarthysme et la chasse aux sorcières empoisonnant l’Amérique à cette époque. Et cela fait toute la différence ! Truffés de références, débordant d’humour, ces romans ne sombrent pas dans le didactisme pour autant : ils nous charment, nous envoutent, on y croise les artistes de l’époque, qu’ils soient déjà célèbres comme Fred Astaire ou Marlon Brando ou encore inconnus comme Allen Könisberg (le futur Woody Allen) et Miss Kelly (Grace de son prénom), quand ils ne sont pas ostracisés, telle Billie Holiday… Deux opus foisonnants, extrêmement bien documentés, restituant avec justesse une époque fascinante malgré ses aspects sombres et mettant en scène des personnages très attachants dont on s’impatiente de connaitre la destinée.

Exils et migrations

Massamba, le marchand de tours Eiffel, Béatrice Fontanel et Alexandra Huard, Gallimard Jeunesse, 2018.

Publié en partenariat avec Amnesty International, cet album, accessible dès l’âge de cinq-six ans, raconte très simplement le dangereux voyage de Massamba de l’Afrique noire jusqu’en France : traversée de la Méditerranée sur une embarcation de fortune, naufrage, rétention de plusieurs mois au sein d’un camp de réfugiés en Espagne, voyage clandestin en camion après avoir donné tout son argent aux passeurs. Logeant dans un foyer à Paris, le jeune homme survit en vendant des tours Eiffel miniatures, fabriquées en Chine, aux pieds de la vraie, prenant ses jambes à son cou dès que les policiers arrivent pour chasser tous les vendeurs à la sauvette. Le destin sourira à Massamba, car le courage et la détermination dont il fait preuve depuis le début de son périple l’amèneront à sauver une petite fille. Une écriture simple et engagée qui sensibilise les jeunes à la cause des réfugiés, bien servie par de magnifiques illustrations, sombres ou lumineuses selon le propos, mettant en valeur les qualités du personnage qui fait souvent appel aux esprits de ses ancêtres et ne désespère jamais. Une belle réussite.

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…), rééditions (nouvelles couvertures, illustrations, maquettes, etc.)

L’école des loisirs

Sauveur et fils, saison 1, Marie-Aude Murail, Médium Poche, 2018.

Sauveur Saint-Yves est un psychologue clinicien réputé d’Orléans. Inutile de préciser qu’avec un tel prénom, ce Martiniquais à la stature impressionnante s’est donné pour mission de venir en aide à tous les désespérés de sa ville, particulièrement aux ados en déshérence, qu’ils soient énurétiques, autodestructeurs, phobiques, dépressifs ou en recherche d’identité. Sauveur ne ménage ni son temps ni sa peine, bien que veuf élevant seul son fils Lazare, âgé de huit ans. Cependant, comme c’est toujours le cordonnier le plus mal chaussé, Sauveur s’avère incapable d’évoquer ses origines avec son fils, lui taisant ainsi de lourds secrets. Sans compter qu’il ne se rend même pas compte que l’enfant l’espionne, écoutant régulièrement une partie des confidences recueillies au sein du cabinet qui jouxte leur appartement ; pas plus qu’il ne se doute qu’il a confié son petit garçon aux bons soins d’une nounou raciste ! Les interventions malintentionnées de son beau-frère vont l’amener à prendre conscience de la nécessité de dire enfin la vérité à son fils.
Ce premier tome séduit d’emblée le lecteur qui n’aura de cesse de retrouver tous ces personnages attachants (la saison cinq est prévue pour septembre 2019). Les différents opus témoignent de la grande humanité toujours empreinte d’humour à laquelle l’auteure nous a habitués. Certes, les enfants ou adolescents dont le psy s’occupe vont mal et leurs parents sont souvent défaillants, mais Sauveur se démène auprès d’eux, outrepassant souvent son rôle, ce qui en fait un professionnel peu orthodoxe, voire « borderline », mais également un adulte généreux et émouvant, aux prises avec d’autres vies que la sienne, oubliant trop souvent qu’il est également père et amoureux. Le microcosme imaginé par la romancière reflète toutes les contradictions et la complexité de la société actuelle, dans laquelle des adultes dépassés et des enfants-éponges sont plongés : phobie scolaire, cyberharcèlement, addictions aux nouvelles technologies, terrorisme, perversions, dépressions, TOC, hyperactivité, familles recomposées, secrets de famille, etc. Le pire n’est jamais loin mais la résilience est de rigueur.

Gallimard Jeunesse

L’éditeur célèbre les 60 ans du Petit Nicolas par la parution simultanée de plusieurs titres.

Le Petit Nicolas : La bande dessinée originale. Scénario de Goscinny, dessins de Sempé. Folio Junior, 2019.

Les 28 planches, parues entre 1955 et 1956 dans le magazine belge Le Moustique, constituent la première collaboration des deux complices qui imaginent des scènes tendres et humoristiques, préludes aux histoires futures du Petit Nicolas.

Raoul Taburin, Sempé, Folio Junior, 2019.

Le très compétent marchand-réparateur de cycles de Saint-Céron a, jusqu’à présent, réussi à duper tout le monde, clients et meilleurs amis : il ne tient pas sur une bicyclette ! Mais quand le photographe Hervé Figougne lui demande de poser, le secret de Raoul risque d’être dévoilé… Beau roman graphique empreint de poésie et d’humour. Une adaptation cinématographique est sortie au cinéma le 17 avril 2019 et un enregistrement lu par François Morel est disponible dans la collection « Écoutez Lire ».

Mon père est un parrain, Gordon Korman, traduit de l’anglais par Catherine Gibert, Pôle fiction, 2018.

Dur d’être le fils d’un parrain de la mafia newyorkaise quand on est le seul à réprouver les activités du clan. Mais Vincent Luca n’est pas au bout de ses peines : voilà qu’il tombe amoureux de Kendra, fille d’un agent du FBI qui arrêterait bien son père… La suite s’intitule Embrouille à Hollywood : les deux tomes, très humoristiques et pleins de rebondissements, m’avaient bien plu à leur sortie en 2005 et 2006.

La brigade de l’ombre, tome 1 : La prochaine fois ce sera toi, Vincent Villeminot, Pôle Fiction, 2019.

Ce premier tome, qui augure sans doute d’une parution progressive de la série en poche, est présenté dans Actualités « Automne-hiver 2016 ».

PKJ

 La Sélection : tomes 1 et 2 (L’Élite), Kiera Cass, traduit de l’anglais (États-Unis) par M. Nasalik, Best Seller, 2019.

Après une troisième guerre mondiale, les États-Unis ont disparu au profit du royaume d’Illéa qui a mis en place un système de castes numérotées de 1 à 8. Afin de doter le royaume d’une reine, trente-cinq jeunes filles sont sélectionnées pour vivre au Palais sous le regard des caméras dans le but de « séduire » le prince Maxon. La narratrice, America Singer, une musicienne de la caste 5, rejoint la sélection à son corps défendant, poussée par Aspen, son amoureux, un 6, et sa famille à qui elle assure de ce fait une vie meilleure.

Cette dystopie, proche de nombreuses autres publiées ces dernières années, se centre davantage sur la romance que sur les problèmes politiques ; en outre, l’aspect téléréalité est minoré au profit des états d’âme de la narratrice, franche, généreuse et impulsive, dont le regard sur le prince change au fur et à mesure qu’elle apprend à le connaitre. Un roman qui se lit facilement, mais sans guère de profondeur.
La parution en poche du troisième tome, L’Élue, est prévue en septembre 2019. Deux autres romans, dont l’action est située vingt ans plus tard, ont également été publiés.

U4 : Koridwen, Yves Grevet ; Yannis, Florence Hinkel ; Jules, Carole Trébor ; Stéphane, Vincent Villeminot, Best Seller, 2019.

Quatre auteur·e·s jeunesse ont rédigé chacun·e de leur côté un tome pour cette série mettant en scène deux filles et deux garçons ayant survécu à un virus qui a décimé la presque totalité de l’humanité. Ils reçoivent un message les enjoignant de se rendre à Paris afin de remonter le temps pour empêcher la catastrophe… Bien que formant une seule et même histoire, chaque tome (dont la première publication date de 2015 chez Nathan-Syros) peut se lire de façon indépendante et dans n’importe quel ordre. En 2016 est paru un cinquième tome, Contagion, censé précéder l’action des autres et narrant, sous forme de nouvelles ou parfois de BD, la destinée de personnages présents ou non dans les tomes précédents, ainsi que quatre fanfictions.

 Syros

Les mots pour combattre le sexisme, Jessie Magana et Alexandre Messager, 2019.

Nouvelle édition actualisée de cet abécédaire très intéressant présenté dans le numéro 60 de Recherches (2014).

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Hiver 2018-2019

Coups de cœur documentaires

Paris au temps de Dilili, Le livre documentaire du film de Michel Ocelot, textes de Sandrine Mirza, Casterman, 2018.

Cet album passionnant fait revivre la Belle Époque. Il complète de façon habile et efficace la fiction imaginée par le cinéaste : chaque double page développe un aspect politique, social, culturel ou scientifique lié à cette période et évoqué dans le film, permettant ainsi de mieux le comprendre et d’en approfondir le contexte. De nombreuses images du film sont reproduites ainsi que bien d’autres (photos, cartes, affiches, facsimilés, tableaux, etc.).
Casterman publie simultanément Dilili à Paris, reprenant l’intrigue du film, album rédigé par Michel Ocelot lui-même, abondamment illustré par les magnifiques images du long métrage d’animation. Dilili, jeune Kanake séjournant à Paris, se lance sur la trace des Mâles-Maitres liés à la disparition de nombreuses petites filles dans la capitale. Accompagnée par Orel, un jeune livreur en triporteur, elle sillonne le Paris de la Belle Époque et y rencontre les plus grandes célébrités, bien décidées à apporter leur aide. Ode au féminisme, à la tolérance et au refus du racisme et du sexisme, une belle histoire pétrie de valeurs. Trois autres publications existent également : un album de plus petit format, un album accompagné d’un CD et un « roman » du film comprenant des scènes coupées au montage.

I have a dream : 52 icônes noires qui ont marqué l’histoire, Jamia Wilson, illustrations de Andrea Pippins, Casterman, 2018.

Voici un album bienvenu, rappelant à chacun combien il est important de pouvoir se construire en ayant des modèles positifs correspondant à ce que l’on est. L’auteure et l’illustratrice, toutes deux Noires, ont voulu mettre en valeur des femmes et des hommes talentueux ayant en commun d’avoir poursuivi leurs rêves jusqu’au bout, même si tous n’ont pas accédé à la célébrité. Il s’agit bien sûr d’un choix subjectif car, malgré la ségrégation et la discrimination dont elles sont encore victimes, existent fort heureusement bien plus que 52 personnes noires méritant de figurer dans cet ouvrage ! Sans que j’aie réussi à comprendre l’ordre de présentation choisi, j’ai apprécié le respect de la parité femmes/hommes, l’alternance de personnages célèbres (Martin Luther King, Barack et Michelle Obama, Beyoncé, Naomi Campbell, Jean-Michel Basquiat ou Usan Bolt) et d’autres beaucoup moins, en tout cas en ce qui me concerne, tels Mary Seacole (infirmière), Katherine Johnson (physicienne et mathématicienne), W.E.B Du Bois (militant pour la promotion des gens de couleur) ou Langston Hughes (écrivain). Les auteures ont également veillé à diversifier les « talents », artistiques, sportifs, scientifiques, politiques ou militants et les époques ; ainsi Alexandre Dumas (certains n’en reviendront pas…) né en 1802 est-il le personnage le plus « vieux », la plus jeune étant la championne de gymnastique Simone Biles, née en 1997. Chaque personnalité est présentée sur une page, voire une double page indiquant ses dates et lieu de naissance et de décès le cas échéant, puis qui elle est ; suit une rapide biographie, souvent simplifiée ainsi qu’une citation en gras révélatrice de chaque personnage. Les dessins de couleurs vives, voire criardes, les montrent en action (courant, chantant ou haranguant les foules) et on trouve leur photo en médaillon à la fin de l’ouvrage en guise de pagination. On notera toutefois que les deux tiers de ces personnages sont afro-américains : sachant qu’il y a également quelques Britanniques, cela ne laisse guère de place aux nombreux autres pays, ne serait-ce que les pays africains ! Par ailleurs, je n’ai trouvé nulle part de mention de la personne ayant traduit cet album en français… Malgré ces quelques bémols, voilà un documentaire qui devrait figurer en bonne place dans les CDI, à charge pour les élèves de le compléter de façon efficace et exhaustive (Aimé Césaire, Chocolat, Angela Davis, Aretha Franklin, Billie Holliday, Léopold Sédar Senghor, etc.).

Françoise Dolto, L’Enfance au cœur, Christine Féret-Fleury, dessins de Sandrine Martin, Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2018.

Voici l’histoire d’une petite fille, qui, bien que née dans une famille parisienne aisée, n’eut pas toujours la vie facile : confrontée à la mort de sa sœur ainée que sa mère lui préférait, ou à celle d’un oncle en 1916, souvent punie, rejetée ou moquée, Françoise surmonte toutes les épreuves et garde intactes sa curiosité et sa force de vie. Très tôt, elle annonce qu’elle sera « médecin d’éducation » et s’obstine à passer le bac, à refuser d’épouser celui que sa mère lui destine, afin d’entamer des études de médecine ; puis devient psychanalyste, s’intéresse à tous les enfants malades n’ayant pas les mots pour dire leur souffrance et les aide à guérir. Un petit livre plein d’empathie pour cette « résiliente », se lisant d’une traite comme un roman, très accessible, pour les ados soucieux de mieux connaitre le parcours d’une femme hors du commun qui a tant fait pour leur cause.

#MaVieSous algorithmes, débats et portraits, Florence Pinaud, illustrations de Vincent Bergier, Nathan, 2018.

Si les algorithmes (« suite d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat ») existent depuis la nuit des temps (cf. l’algorithme d’Euclide, sachant que les premiers retrouvés, babyloniens, datent de 2000 ans avant Jésus-Christ), il est évident qu’avec l’arrivée de l’informatique, ils ont pris une autre dimension : « Tous les programmes informatiques sont une simple traduction d’algorithmes en langage compréhensible par les ordinateurs », qui réalisent ainsi ce que les arithméticiens d’autrefois faisaient. Ils ont donc envahi notre vie, bien au-delà de l’univers numérique. Cet ouvrage documentaire devrait satisfaire les adolescents (et les adultes) qui s’interrogent sur ce que sont les algorithmes, les domaines dans lesquels ils interviennent, leur intérêt et leurs dangers potentiels. Dix chapitres constitués de débats, de portraits et d’interviews d’experts tentent de faire le tour de la question, sans occulter les limites et les risques bien souvent évoqués, qu’ils soient économiques ou éthiques. Du côté de la fiction, certains problèmes soulevés sont abordés, entre autres, par deux romans, La Mémoire des couleurs, chroniqué ci-dessous et Traces de F. Hinckel (Syros, 2016, présenté dans « Actualités Printemps-Été 2017) sur les dangers présentés par les logiciels de prédiction des délits. Bref, un ouvrage passionnant, même si l’on n’est pas scientifique, au design moderne et coloré.

Coups de cœur fictions

Y aller, Hervé Giraud, Éditions Thierry Magnier, 2018.

Fan, entre autres, du jeu vidéo Zelda, dont l’univers n’a aucun secret pour lui, Solal, geek convaincu et assumé, accepte cependant difficilement que Laurie Duvernois le repousse en raison de son manque caractérisé de maturité, même si elle le trouve mignon. Très ébranlé, le lycéen décide donc de prouver qu’il peut accomplir des exploits, vivre comme dans un jeu vidéo mais pour de vrai ! Chargé comme une mule, il quitte Nogent-sur-Marne pour Bruère-Allichamp, idéalement situé au centre de la France, à 261 km de chez lui. Naïf et décalé, Solal entame un voyage initiatique de dix jours, au cours duquel il fera de multiples rencontres, plus ou moins cocasses, y compris avec les livres. Et au bout duquel il pourrait bien trouver l’amour en la personne de Lucie. Le narrateur s’observe avec ironie et ne s’épargne pas toujours. Il analyse le monde à l’aune de ce qu’il connait par cœur, l’univers des jeux vidéo, mais ça ne marche pas à tous les coups ! Faisant souvent contre mauvaise fortune bon cœur, c’est un personnage optimiste, positif, souvent poète qui grandit sous nos yeux. Une histoire originale et pleine d’humour.

L’Horloge de l’Apocalypse, Lorris Murail, PKJ, 2018.

Un matin de bonne heure, Mark réveille sa sœur Norma pour lui confier sa fille de 8 ans, Liz. Il lui ordonne de quitter Phoenix pour aller quelque temps au fin fond de l’Arizona vivre dans une sorte de caravane. Mais les quelques semaines de garde se transforment en mois car Mark est incarcéré. Norma se fait engager dans le bar-restaurant-épicerie-hôtel toujours ouvert de Jodie qui la fait travailler de 2 à 7 h du matin. Elle découvre avec ahurissement l’Amérique profonde, composée de gens qui boivent plus qu’ils ne travaillent, racistes, bagarreurs, ayant la gâchette facile, le culte des grosses voitures les plus polluantes possible. La jeune fille de 19 ans apprendra à ses dépens qu’il ne fait pas bon vivre au milieu de ces gens agressifs, quand on conduit une Prius hybride, qu’on doit s’occuper d’une gamine dont le père a fait sa complice, qu’on a sympathisé avec un ado noir, livré à lui-même et qu’on s’intéresse au mystérieux Oneway Ticket (OT), jeune animateur d’une radio clandestine qui passe de superbes chansons, dénonce Trump et prédit régulièrement la fin du monde pour cause de dérèglement climatique. « À minuit, il sera trop tard » : le sous-titre de ce roman renvoie à la conception, en 1947, de l’Horloge de l’Apocalypse par les savants atomistes de Chicago. En pleine guerre froide, il s’agit d’alerter l’humanité sur les risques de destruction de la planète. Ils décident de placer la grande aiguille de cette horloge symbolique sept minutes avant minuit. Selon les événements, ils la reculent ou l’avancent. En 1991, elle est à moins 17 minutes, mais en 2018, à moins deux minutes ! C’est le plus mauvais score depuis 1953. L’auteur tire lui aussi la sonnette d’alarme : le monde court à sa perte et les problèmes climatiques prennent le pas sur la menace nucléaire, l’élection de Donald Trump ne faisant qu’empirer les choses. Un roman original qui devrait intéresser les plus âgés et les faire réfléchir car ils découvriront une Amérique à l’opposé de ce qu’ils connaissent ou imaginent.

La Mémoire des couleurs, Stéphane Michaka, PKJ, 2018.

Mauve, 15 ans, se réveille soudain au beau milieu d’une brocante, amnésique et télépathe. Ignorant qui il est et d’où il vient, il se remémore cependant petit à petit son passé, au fil des rencontres et de ses rêves ou des évènements qui surviennent. Il découvre ainsi qu’il vient de Circé, une planète sur laquelle dire « Je » est tout autant interdit que lire ou raconter des histoires ; les rebelles sont exilés, ce qui semble bien être son cas. Comment, pourquoi est-il arrivé sur Terre, c’est ce qu’il découvre progressivement en retrouvant d’autres Couleurs, bannies comme lui, dont celle qu’il aime depuis longtemps, Cyan. L’auteur a su inventer un monde spécifique, totalitaire et aseptisé, géré par une intelligence artificielle baptisée Oracle et au sein duquel une classe dirigeante, les Styrges, s’exonère des règles qu’elle impose aux autres. Comme dans tant d’autres dystopies pour adolescents publiées ces dernières années, Mauve aura un rôle à jouer dans la préservation d’une Terre qui, bien qu’imparfaite, laisse toute sa place aux émotions quelles qu’elles soient.

Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald, J.K. Rowling, traductions de J‑F. Ménard, L. Bruno, J. Caron, Gallimard, 2018.

Voici donc le texte du deuxième film de David Yates consacré au monde des sorciers tel qu’il existait avant Harry Potter. L’action se passe en 1927 à Paris, mais également à New York, à Londres ainsi qu’à Poudlard. On y retrouve quelques créatures fantastiques ainsi que Norbert Dragonneau : Albus Dumbledore, professeur de défense contre les forces du Mal à Poudlard, demande à ce dernier de capturer Gellert Grindelwald qui s’est évadé. Présent et passé alternent afin de découvrir ce qui unit et motive les personnages, mais nous ne saurons pas tout cette fois-ci vu que trois autres films sont prévus… À l’instar du tome précédent (qui, bonne nouvelle, vient de paraitre en poche), c’est un très bel objet-livre, qu’il s’agisse de la couverture ou du graphisme intérieur, dont il faudra cependant attendre la parution en poche si on veut exploiter le scénario en classe. Sans avoir la densité et le charme d’un roman, ce texte permettra d’initier les jeunes à l’écriture scénaristique et au langage cinématographique et ce d’autant plus efficacement qu’ils auront vu le film.

Rock War Tome 4 : L’Ultime Rappel, Robert Muchamore, traduit de l’anglais par A. Pinchot, Casterman, 2018.

Pour ceux qui ont aimé cette série centrée sur des groupes musicaux, voici donc le dernier tome au sein duquel nous retrouvons des personnages, toujours aussi passionnés de musique, qui ont mûri et grandi. Summer s’occupe de sa grand-mère qui s’affaiblit, tout en essayant de soutenir Dylan, emprisonné et maltraité. Théo a entamé une brillante carrière audiovisuelle aux États-Unis tandis que Jay continue de jouer et de se produire avec ses potes tout en se battant, sur le plan juridique, contre Wilton Music et Harry Napier qui ont spolié son beau-père, Len. Saluons la parution progressive des différents tomes en poche (tomes 1 et 2 à l’heure où j’écris) qui permettra au plus grand nombre de découvrir des personnages attachants et passionnés aux prises avec les dessous peu reluisants du monde du spectacle.

À la place du cœur, tome 3, Arnaud Cathrine, Robert Laffont, 2018.

Suite et fin des aventures de Caumes et de ses amis qui avaient débuté tragiquement l’année de leurs 17 ans, au moment des attentats contre Charlie Hebdo. Caumes est à présent âgé de vingt ans : son roman, d’inspiration autobiographique, connait un succès aussi foudroyant qu’inattendu à ses yeux. L’effet thérapeutique de l’écriture est indéniable pour le jeune homme, mais Esther ne lui pardonne pas d’avoir ainsi étalé leur intimité au grand jour : elle le chasse de sa vie et il retombe dans les affres du désespoir. Sur fond d’élections présidentielles et de progression inquiétante des votes d’extrême droite, le lecteur retrouve donc des personnages entrant dans l’âge adulte, marqués à jamais par le racisme (Caumes pleure toujours son ami Hakim, dont il comprend enfin les sentiments que ce dernier éprouvait pour lui) et le terrorisme. Ils succombent parfois au désespoir, tel Niels, mais décident finalement de se tourner vers l’avenir. L’auteur n’hésite pas mettre en scène un personnage bien souvent agaçant, ce qui, justement, le rend humain à nos yeux.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Léonard de Vinci, Frida Kahlo, Marie Curie, Nelson Mandela, Isabel Thomas, Les Grandes vies, Gallimard Jeunesse, 2018.

Cette nouvelle collection propose la biographie illustrée de personnes ayant marqué leur époque et restées célèbres pour leurs valeurs, leur engagement dont témoignent leur œuvre artistique, scientifique ou politique. Ces beaux petits albums cartonnés et calibrés (64 pages, y compris une chronologie et un glossaire, très utiles, à la fin de l’ouvrage) alternent textes simples mais précis et illustrations abondantes, les complétant efficacement : c’est le cas notamment pour les deux premiers opus dont les illustratrices (Katja Spitzer et Marianna Madriz) rendent compte des œuvres des deux personnages en les reproduisant ou en imitant leur style.

Je découvre la philosophie ou comment apprendre à se poser des questions et à réfléchir !, Aïda N’Diaye, illustrations de Thomas Baas, chansons de Lisa Cat-Berro, Le bien-être des petits, Nathan, 2018.

Professeure de philosophie, l’auteure se propose d’aborder de façon simple et pédagogique quelques questions parmi toutes celles posées par les enfants, désarçonnant souvent les adultes. Lucie et son frère Noé dialoguent ainsi avec leur doudou Biboule au sujet de la vérité, de ce qui est juste ou pas, du travail, de l’art ou des inventions. Chaque double page, illustrée de façon simple et rigolote, aborde un sujet qui tracasse l’un ou l’autre, parfois les deux : les questions et les réponses sont mises en regard au sein de bulles colorées et stéréotypées (rose pour la fille et bleu/vert pour le garçon…). Sept chansons accompagnent l’ouvrage pour compléter la réflexion. Cet album documentaire permettra aux adultes d’initier des discussions avec les enfants à partir de cinq ans environ. Au rythme de trois parutions par an, cette collection récente (2017) a déjà traité de sujets tels la relaxation, la méditation, le yoga (2017), puis l’attention, les émotions et la philosophie (2018), avant d’aborder le sommeil (2019).

Le Club des dys : Le Cadeau pour Lou, Les Lunettes de Benoît, Angèle et le trampoline, Le Tonton de Léon, Nadine Brun-Cosme/Ewen Blain, Castor Poche, Flammarion Jeunesse, 2018.

Benoit, Léon et Lou, tous trois amis, fréquentent la même classe et forment le club des dys. Dans le quatrième tome, Benoit aimerait bien annoncer la naissance de son petit frère Gaston, mais le tonton de Léon qui débarque du Japon lui vole la vedette. Et pour une fois, il appréciera l’écoute d’Angèle qui ne fait pourtant pas partie de la bande. Le phonème étudié « on » (à la suite de « ou », « oi » et « en/an ») est mis en valeur par une autre couleur et les dialogues sont écrits en italique. Annoncés comme « Ma vraie première lecture aidée », ces ouvrages, adaptés aux lecteurs de 7 à 10 ans, veulent développer leur autonomie de lecture et leur donner le plaisir de lire. Présentation de la collection et de ses objectifs en début d’ouvrage, jeu et dico à la fin.

Je rappelle que Nathan propose également une collection à destination des enfants en difficulté de lecture, qu’ils soient dyslexiques ou non (Dyscool, présentée dans Les coups de cœur Automne-hiver 2017) qui publie des « classiques » de la littérature de jeunesse, tels Le Renard de Morlange d’Alain Surget (2018), pouvant figurer dans un réseau « Métamorphose ».

 Les conjugouillons : J’aime donc je suis, Qui vivra verra, J’écrivis un chef d’œuvre, Faudrait se bouger, Je me suis fait avoir, Au moins t’auras essayé, Claudine Desmarteau, Flammarion Jeunesse, 2018 pour les 4 premiers titres, 2019 ensuite.

Nouvelle série de petits albums (32 pages) au format carré, destinés à valoriser les conjugaisons de façon impertinente (quelques « gros mots » au passage…) et humoristique. Chaque temps est un personnage farfelu qui, justement, n’emploie que son temps : dans le tome 2, Présent avertit Futur qu’il va quitter la terre sur laquelle il trouve qu’il y a trop de c… Mais son ami le met en garde et Imparfait se moque de lui… Dessinés de façon volontairement enfantine, dans un style BD (paroles rapportées dans des bulles), les personnages font penser à des extraterrestres.

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…), rééditions (nouvelles couvertures, illustrations, maquettes, etc.)

– Aux éditions Gallimard Jeunesse

Où est passée Lola Frizmuth ?, Aurélie Gerlach, Pôle Fiction, 2018.

Insupportable mais intelligente, Lola, 18 ans, s’envole pour le Japon afin d’y rejoindre Tristan, son amoureux. Aventures aussi trépidantes qu’improbables au pays du soleil levant, sans aucun temps mort. Une lecture qui m’a bien fait rire en 2012, avec une suite tout aussi déjantée, Qui veut la peau de Lola Frizmuth ? (Scripto, 2013).

– Aux éditions Livre de poche Jeunesse Hachette

Je vous sauverai tous, Émilie Frèche, Hachette Jeunesse, 2018.

Présenté dans le numéro 67 de Recherches (2017), Réseau « Terrorisme ».

Aux éditions PKJ

 Vive la République !, Marie-Aude Murail, 2019.

En ces temps de repli très frileux face aux étrangers, le combat de Cécile pour éviter l’expulsion d’une famille ivoirienne garde toute son actualité. Cette jeune enseignante timide de 22 ans débute dans le métier face à dix-huit élèves de CP, très différents les uns des autres : elle est en train de réaliser son rêve d’enfant mais n’avait sans doute pas imaginé tous les obstacles qui se dresseraient sur son chemin, ni à quel point le monde n’est pas toujours beau. La réédition (revue et corrigée par l’auteure) de cette histoire, qui m’avait beaucoup plu et touchée lors de sa parution, est une excellente nouvelle !

Et mes yeux se sont fermés, Patrick Brard, Best seller, 2018.

Présenté dans le numéro 67 de Recherches (2017), Réseau « Terrorisme ».

Nox, tome 1 : Ici-bas, Yves Grevet, Best seller, 2018.

Présenté ainsi que le tome 2 dans le numéro 60 de Recherches (2014). Pourrait figurer dans un réseau « Sociétés totalitaires ».

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Printemps-été 2018

Coups de cœur documentaires

Les races, ça existe ou pas ?, Magali Bessone, dessins d’Alfred, Philophile ! Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2018.

Partant de l’affaire Rachel Dolezal (2015), jeune Américaine qui se disait et se vivait Noire alors qu’elle était née de deux parents blancs, l’auteure interroge en moins de 50 pages la notion de race pour conclure qu’elle existe en tant que construction sociale et non naturelle : « Ce n’est pas la race qui fonde le racisme, c’est le racisme qui crée les races. » À destination des lycéens, un petit ouvrage clair et documenté. Cette nouvelle collection attrayante, dont le texte s’appuie sur de nombreuses références philosophiques, comporte d’autres titres tout aussi intéressants (même maquette, même illustrateur) : Qu’allons- nous devenir ? La technique et l’homme de demain, Claire Marin ; Tout pour être heureux ?, Emmanuelle de Champs ; Sommes-nous tous narcissiques ?, Pierre Péju.

La guerre et le terrorisme, Le racisme et l’intolérance, La pauvreté et la faim, Louise Spilsbury, illustrations de H. Kai, « Explique-moi », Nathan, 2017.

Il s’agit d’une nouvelle collection au format carré de 32 pages, faisant la part belle aux illustrations de style un peu naïf mais très explicites. Objectif : expliquer aux enfants, dans un langage simple et juste, les grands problèmes du monde actuel, de façon réaliste mais pas désespérante. Chaque opus raconte et décrit le phénomène, en analyse les causes et les conséquences, notamment en ce qui concerne les enfants. Le lecteur, régulièrement interpellé est amené à se décentrer et à éprouver de l’empathie vis-à-vis de tous ceux qui subissent ces multiples avanies. Références livresques et électroniques suivies d’un glossaire en fin d’ouvrage. Il sera intéressant de noter que, vu les sujets abordés, les ouvrages se recoupent souvent, mettant bien en évidence en quoi ces différents problèmes sont inextricablement liés. Le premier titre pourrait figurer dans le réseau « Terrorisme », abordé dans les numéros 66 et 67 de la revue. Un quatrième titre, Les réfugiés et les migrants, Ceri Roberts/H. Kai, sera présenté dans le prochain numéro (69).

Coups de cœur fictions

Le garçon rose malabar, Claudine Aubrun, Mini Syros romans,  2018.

Gabriel est tellement furieux que se parents aient déménagé qu’il fait la grève de la parole tant à la maison qu’à l’école. Et les choses ne s’arrangent pas quand il doit rédiger un texte sur le métier qu’il aimerait exercer plus tard ! Alice, pour sa part, n’hésite pas à proclamer qu’elle sera conductrice de TGV. Pourtant lorsque Rudy, qui veut devenir rappeur, est moqué parce qu’il porte un pull rose malabar, Gabriel prend sa défense, ce qui amène les trois enfants à se rapprocher. Gabriel finira par oser dire qu’il veut être sage-femme et proposer qu’un ami de la famille exerçant ce métier vienne en parler à la classe. L’importance des propos tenus dans ce livre est inversement proportionnelle à sa taille. En 44 pages, l’auteure réussit à parler simplement et efficacement des stéréotypes et des préjugés liés aux genres pour mieux les bousculer.

Le jazz de la vie, Sara Lövestam, traduit du suédois par Esther Sermage, Gallimard Jeunesse, 2018.

Voici un roman qui fait entendre une petite musique bien particulière, loin des romances pour ados qui se multiplient depuis plusieurs années. Âgée de 15 ans, Steffi, d’origine cubaine, se concentre sur sa basse et son amour du jazz, plutôt que de se lamenter sur son sort de fille harcelée au collège. Attirée par l’audition de sa chanson préférée, elle fait la connaissance d’un ancien contrebassiste, Alvar Svensson, pensionnaire de la maison de retraite de la petite ville de Björke. C’est le début d’une grande amitié complice entre une adolescente solitaire passionnée et un vieil homme de 90 ans, qu’elle va amener à replonger dans ses souvenirs, lorsqu’il arriva jeune homme à Stockholm en 1942, avec l’ambition de devenir un jazzman célèbre. Chacun prend son temps pour dévoiler sa vie par bribes, réservant parfois à son auditeur (et au lecteur) d’importantes surprises… Présent et passé alternent et se répondent ; chacun apprécie de rencontrer l’autre et de partager son univers. Steffi et le lecteur adolescent découvrent les années 40, les préjugés vis-à-vis des « Zazous », les différences sociales, le racisme, la collaboration et la Résistance. Alvar, quant à lui, prend la mesure de l’humiliation que peuvent subir certains jeunes à l’école et sur les réseaux sociaux ; mais jamais il ne doute de la force de caractère de Steffi ni de ses capacités musicales.
J’avais eu l’occasion de lire plusieurs romans pour adultes assez originaux de cette romancière suédoise, notamment ceux mettant en scène Kouplan, un détective iranien sans papiers[1]. Aussi étais-je curieuse de découvrir cet opus pour la jeunesse : je n’ai pas été déçue !

[1] Chacun sa vérité (2016) et Ça ne coute rien de demander (2018), même traductrice, publiés chez Robert Laffont. On trouve à présent le premier en poche, chez Pocket.

Les porteurs, # 3 – Lou, C. Kueva,Éditions Thierry Magnier, 2018.

Suite et fin de cette trilogie originale dont j’ai déjà présenté les deux tomes précédents. Comme le titre l’indique, le narrateur principal est Lou, ressuscité d’entre les morts, en alternance avec des chapitres rédigés à la troisième personne. Alors qu’il s’apprête à fuir sous une nouvelle identité et à rompre avec le passé, le jeune homme prend conscience de son attitude égoïste et manipulatrice vis-à-vis de Mathilde qui porte son enfant et dont il se sent amoureux. La plupart des questions restées en suspens à propos des porteurs, de leur importance et des mensonges d’état trouvent leurs réponses dans ce troisième opus qui m’a cependant déçue par rapport aux autres : écriture moins soignée, voire désinvolte, explications trop implicites, fin bâclée, à moins qu’une suite ne soit envisagée. Comme souvent dans les intrigues en plusieurs tomes, il sera préférable de les lire à la suite pour une meilleure compréhension.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Billy et les minuscules, Roald Dahl, illustré par Quentin Blake, traduit de l’anglais par Marie Saint-Dizier, Roman Cadet, Gallimard Jeunesse, 2018.

Il s’agit d’une nouvelle édition du dernier livre de l’auteur, illustré pour la première fois par Quentin Blake. Parallèlement, Les Minuscules (titre d’origine), illustré par Patrick Benson reparait également dans la traduction de Marie Saint Dizier (la précédente étant de Marie Farré) en Folio Cadet nouvelle version.

En effet, l’éditeur relance sa collection Folio Cadet avec un nouveau logo, un nouveau format et une nouvelle couverture, reprenant des titres classiques de Kipling, Daudet, Andersen, Le Clézio, Pef ou Roald Dahl mais également des inédits tels Anna Z 42, tome 3, d’Aurélie Gerlach, qui constitue la suite des aventures d’une héroïne mi-terrienne mi extra-terrestre.

Nouvelles séries chez Nathan

Ouistiti fait rire les petits (2018) : collection adaptée aux tout-petits, qu’il s’agisse d’histoires humoristiques pour découvrir des notions : La petite histoire des émotions, La petite histoire des couleurs ou pour apprendre les premiers mots : L’imagier rigolo de la ferme, L’imagier rigolo des vacances. Rédigés et illustrés par Florence Langlois, ces petits albums, de format carré  en carton épais et aux couleurs vives, pourront être lus aux tout petits qu’ils éveilleront tout en les distrayant.

Amélie Maléfice : Le livre des formules magiques, Arnaud Alméras, illustrations de G. Duhazé,Premières Lectures, 2018.

Amélie et Siméon sont deux petits sorciers fréquentant l’école de Sorcellerie. Comme ils s’ennuient ce jour-là,  ils s’emparent du Grand livre des Formules magiques et c’est Jessica, la grande sœur de Siméon qui en fera les frais ! Ces petits romans amusants sont conçus pour être lus à deux : l’adulte lit le texte de l’histoire et l’enfant celui plus simple qui le complète, contenu dans les bulles.

Mission Mobilus : Les disparus de Kolos, Anne-Gaelle Balpe, illustrations de R. Garrigue, Premiers romans, 2018.

Science-fiction et illustrations rigolotes au programme avec les aventures de Lisa, la narratrice, de Bob, du Major Torn et de Rufus, le chien, qui tentent de retrouver la route d’Actaris, la planète du commandant. Lancé en 3025, le Mobilius, dont l’ordinateur de bord, Alpha, est endommagé, erre depuis onze ans dans l’espace intergalactique. En attendant, les héros croisent la route de nombreux autres habitants de l’univers.

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Vampires

Le buveur d’encre : La buveuse d’encre de Chine, Éric Sanvoisin, illustrations d’O. Latyk, Premiers romans, Nathan, 2018.

Odilon et Carmilla se rendent en Chine avec Draculivre afin de célébrer les deux cents ans de Lao Zi, un ami de la famille, calligraphe réputé. Malgré les avertissements de Dame Wei, Carmilla ne peut s’empêcher de boire ces magnifiques calligraphies tant elle les trouve appétissantes. Victime d’effets secondaires, la petite vampire devient chinoise et se voit condamnée à rester sur place. Catastrophé, Odilon n’envisage pourtant pas de l’abandonner et trouvera une ruse pour rapatrier en douce sa bienaimée. Nouvel opus qui ravira les fans de nos petits vampires.

Narrateur non humain/inattendu

La plage dans la nuit, Elena Ferrante, illustré par Mara Cerri, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard Jeunesse, 2017.

Elle va passer une nuit interminable, oubliée sur la plage. Menacée, comme tout ce qui gît sur le sable,  par le Cruel Plagiste du Couchant armé de son Grand Râteau, Célina se désespère et voudrait retrouver sa maman, Mati, qui semble lui avoir préféré Minou le chat. Mais après avoir couru de grands dangers et s’être fait voler tous ses mots ou presque, Célina est sauvée par celui-là même qu’elle jalousait ! La poupée retrouve alors la petite fille de cinq ans qui pleurait sa disparition. Premier album pour la jeunesse de la romancière (dont je n’ai pas eu l’occasion de lire la célèbre saga), ce texte est une fable pouvant se lire à plusieurs niveaux, sur les peurs de l’enfance, notamment celles qui concernent l’abandon. Malgré ses craintes, Célina ne manque pas de ressources, ne serait-ce que parce que Mati lui a appris beaucoup de choses, en particulier les mots. Je dois reconnaitre cependant que je n’ai réussi à adhérer complétement ni au texte ni aux images.

Cinéma, télévision, théâtre

La bobine d’Alfred, Malika Ferdjouk, dessins de Nicolas Pitz, Rue de Sèvres, 2018.

De Montmartre à Hollywood, ou comment  le cuisinier Guy Bonnet se retrouve à préparer les sandwichs du célèbre cinéaste Alfred Hitchcock… C’est son fils Harry qui, cinquante ans plus tard, raconte dans un long retour en arrière, cette histoire digne à la fois d’une comédie américaine et d’un film d’espionnage… Âgé de 16 ans en 1964, Harry, aussi fou de cinéma que son père, le suit donc non seulement à Los Angeles mais également en catimini sur les plateaux de cinéma où il se fait même embaucher au pied levé. Amoureux de la vedette d’un film tourné en secret par le grand maître du suspense, Harry « emprunte », afin de la visionner, une bobine sur laquelle figurent trente-six minutes de ce que le cinéaste considère comme son film testament. Mais il est loin de se douter des conséquences de son acte… Bien qu’imaginée, l’intrigue, nourrie en partie de personnages et d’anecdotes réelles, ravira le lecteur averti, qui saisira les multiples clins d’œil et allusions, comme celui qui, moins cinéphile, se laissera séduire par les aventures d’un adolescent et de son amie Madeleine partis à la recherche d’une bobine perdue ! Dessins colorés, clairs et agréables bien en adéquation avec le texte.

Cette bande dessinée est l’adaptation du roman éponyme de l’auteure paru en Médium Poche à l’École des Loisirs en 2015.

Enfant-espion

Bodyguard : L’assassin, Chris Bradford, traduit de l’anglais par Chloé Petit, Casterman, 2018

Cinquième aventure de Connor Reeves. Celle-ci le mène en Russie, qui plus est, accompagné de son rival de toujours, Jason. Ils sont chargés de protéger Feliks, le fils de Viktor Malkov, un politicien milliardaire, candidat à l’élection présidentielle et chantre de l’anticorruption. Les ingrédients habituels de la série sont toujours au rendez-vous, tout en s’intensifiant : les jeunes gens se retrouvent confrontés à des intérêts puissants et divergents ; ceux qu’ils combattent ne reculent devant rien pour atteindre leurs objectifs, qu’il s’agisse des anciens du KGB, des plus hautes autorités de l’état ou même de ceux qui prétendent incarner la vertu. Les manipulations en tous genres abondent ; la mystérieuse organisation Equilibrium et son exécuteur de basses œuvres, M. Grey, se montrent de plus en plus menaçants. L’opus se clôt sur l’annonce d’une nouvelle mission au Mexique pour Connor, alors qu’il est à peine remis de celle-ci, mais surtout sur la condamnation de l’agence Bodyguard par le directeur d’Equilibrium. Quel suspense !

Bonne nouvelle : la série commence à paraitre en poche (tome 1).

Albums

L’ourse bleue, Nancy Guilbert et Emmanuelle Halgand, Des ronds dans l’O, 2018.

L’ourse est devenue sauvage et agressive depuis que les hommes l’ont pourchassée, fascinés par sa fourrure bleu nuit ; toujours sur la défensive, elle n’en est pourtant pas moins mère… Quand elle découvre un enfant gémissant et grelottant, elle le réchauffe, puis part vaillamment à la rencontre des hommes qu’elle craint tant, afin que le petit retrouve les siens. Le village célèbre désormais cet animal courageux, ayant bravé sa peur pour faire preuve d’humanité. Très bel album sur le dépassement des différences, accessible dès le plus jeune âge ; magnifiques illustrations où se mêlent le bleu de l’ourse et celui de la nuit, l’ocre des silhouettes humaines sous forme de collages, le tout sur fond de neige. Une belle réussite !

La divergence des icebergs ou comment les ours apprirent à nager, Jean-Philippe Basello et Aline Deguen, Thierry Magnier, 2017.

Sous forme de conte des origines et de discrète fable écologique, voici l’histoire de Dubhe et Merak, deux ours blancs amoureux, qui vivent heureux au sein de leur habitat naturel, la banquise. Soudain, un jour, ils constatent que celle-ci a fondu et qu’ils errent au milieu de l’océan sur un iceberg  qui se rompt brutalement : les voilà séparés et chacun dérive de son côté. Dubhe trouve refuge sur une baleine, plutôt sympathique et Merak sur un crabe géant guère accueillant : ceux-ci, les renvoyant à leur sort, leur conseillent de les imiter et de nager. Tous deux finiront par se débrouiller et s’adapter à ce nouvel environnement. S’ils ne reverront jamais leur banquise, nos deux ours portés par l’élément liquide réussiront cependant par se retrouver. Sérigraphies et gravures sur bois reproduites en multichromie magnifient cette histoire poétique toute simple et porteuse d’espoir, accessible dès le plus jeune âge. Deux jeunes artistes à suivre.

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…), rééditions (nouvelles couvertures, illustrations, maquettes, etc.)

– Aux éditions Gallimard Jeunesse

Chemins toxiques, Louis Sachar, traduit de l’anglais (États-Unis) par J-F. Ménard, Folio Junior, 2018. Aventure écologique palpitante pour trois adolescents, par l’auteur du très beau roman Le Passage (École des loisirs, puis FJ, 2016).

Harry Potter et l’enfant maudit, JK Rowling, John Tiffany et Jack Thorne, traduit de l’anglais par J-F. Ménard, Folio Junior, 2018. Ouvrage présenté dans « Coups de cœur Automne-Hiver 2016 ».

Toute une série d’ouvrages déjà parus en « Folio Junior » sont réédités avec de nouvelles couvertures (2018), tels : Le miniaturiste de Virginie Lou,  A comme association : série fantastique d’Éric Lhomme et Pierre Bottero, ou la trilogie Le Vent de feu de W. Nicholson, traduite de l’anglais par D. Ménard, présentée dans le numéro 38 de Recherches (2003) : « Utopie et totalitarisme ».

Will et Will, John Green et David Levithan, traduit de l’anglais (États-Unis) par N. Peronny, Pôle Fiction, 2018. Amours et amitiés adolescentes, homosexualité, de l’humour, par l’auteur du fameux Nos étoiles contraires.

La passe Miroir, tome 2 Les disparus de Clairelune, Christelle Dabos, Pôle Fiction, 2018. Le tome 1 a été présenté dans «  Coups de cœur Printemps-été 2016 ».

Nous les menteurs, Émilie Lockhart, traduit de l’anglais par N. Peronny, Pôle Fiction, 2018. Vif succès pour ce roman loué pour le retournement de situation final, à lire donc pour le plaisir d’être manipulé ou pour traquer tous les indices du dénouement.

Je vous écrirai, Paule du Bouchet, Pôle Fiction, 2018. En 1955, les lettres d’Amalia à sa famille qui l’a laissé partir à Paris. L’héroïne doit composer avec deux univers opposés sur le plan social et culturel.

– Aux éditions Flammarion Jeunesse

Seuls en enfer, La gazelle, Blues en noir, Hubert Ben Kemoun, nouvelle édition collector, 2018. Les deux derniers titres ont été présentés dans le numéro 63 de Recherches (2015) : « Rêve ou cauchemar (Volet 2) ».

Duchesses rebelles tome 1 : L’intrépide cousine du Roi d’Anne-Marie Desplat-Duc, Castor Poche, 2018. Présenté dans « Coups de cœur Printemps-été 2016 ».

– Aux éditions Casterman

Commando Adams, Robert Muchamore, traduit de l’anglais par A. Pinchot, Poche, 2018. Dernier tome de la série, évoqué dans le numéro 67 de Recherches (2017) : « Terrorisme, volet 2 ».

Rock War Tome 1 : La Rage au cœur, Robert Muchamore, traduit de l’Anglais par A. Pinchot, Casterman, 2018. Évoqué dans « Coups de cœur Printemps-été 2016 », tomes suivants présentés en 2017 .

Aux éditions PKJ : collection poche « Best seller »

 Méto : La maison, L’ile, Le monde, Y. Grevet, 2018. Cette trilogie, basée sur une uchronie, narrant les aventures de Méto et de ses amis, a connu un vif succès lors de sa parution chez Syros (2008, 2009, 2010). Enfermés dans une « maison », coupés de leurs familles et du monde, ces adolescents vont tout faire pour connaitre la vérité sur leurs origines.

12 ans, 7 mois, 11 jours, Loïs Murail, 2018. Présenté dans « Coups de cœur Automne-Hiver 2015 ».

La Liste, Siobhan Vivian, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par A. Delcourt, 2018. Présenté dans le numéro 58 de la revue Recherches : « La beauté, une dictature ? ».

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Automne-hiver 2017

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

Harcelés Harceleurs, Docteur Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, illustrations de F. Mansot, Mine de rien, Giboulées, Gallimard Jeunesse, 2017.

Un des derniers titres de la collection : pour ne pas attendre que cela devienne grave, parce que cela commence par de petites moqueries et que ça dégénère, parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir : un sujet que les adultes pourront aborder avec les enfants dès le plus jeune âge.

Rois, 40 souverains du monde, Jean-Michel Billioud, illustrations de Duo, BAM !, Gallimard Jeunesse, 2017.

Cinquième opus de la collection, ce petit ouvrage ludique dresse le portrait de quarante monarques (dont six femmes…) qui ont marqué l’histoire, de l’Antiquité à la fin du vingtième siècle. Qu’ils soient conquérants, bâtisseurs d’empires, guerriers de génie ou sanguinaires, qu’ils aient régné très longtemps, tels Louis XIV, Victoria ou François Joseph 1er ou beaucoup moins, tels Babur le roi Moghol, tous ont laissé leur empreinte. Chaque double page, conçue selon la même maquette, présente une illustration caractérisant physiquement et moralement le souverain à droite, la page de gauche résumant de façon synthétique les actions principales du monarque, ainsi que quelques faits ou traits marquants, sans oublier les dates essentielles de sa vie. Simple et ludique.

Rescapés de la Shoah, Zane Wittingham et Ryan Jones, traduit de l’anglais par F. Fiore, Flammarion, 2017.

Comment évoquer l’Holocauste sans choquer les enfants ? C’est ce que tente, avec des mots très simples et des images fortes, cette bande dessinée qui narre à la première personne six destins authentiques d’enfants juifs ayant échappé à la barbarie nazie. Âgés de 8 à 11 ans, ils ont connu la peur, l’exil, les privations, le deuil. Heinz est rejeté en Allemagne, parce qu’il est juif, et en Angleterre, parce qu’il est Allemand ; lui et son frère Frank sont internés dans un camp au Canada sans avoir jamais l’occasion de combattre les nazis. Trude quitte la Tchécoslovaquie pour la Grande-Bretagne et ne reverra jamais ses parents. Ruth arrive à Liverpool le jour où la guerre est déclarée et quelques jours plus tard, elle retrouve sa famille à Londres. Martin et sa sœur ont vécu l’expulsion des juifs polonais, mais bénéficient de l’accueil des Anglais : ils survivent aux bombardements de Coventry et retrouvent leur mère. Suzanne, Française habitant dans le 20e arrondissement de Paris, est sauvée par une voisine. Le dernier témoignage, le plus dur et le plus poignant, est celui d’Arek, jeune Polonais âgé de 14 ans, déporté avec toute sa famille à Auschwitz-Birkenau ; pendant cinq ans, il ne connait que les ghettos et les camps ; des 81 membres de sa famille, il ne retrouvera que sa sœur, deux ans après la fin de la guerre.
L’essentiel est dit, avec la volonté de ne pas traumatiser, afin que les enfants d’aujourd’hui sachent ce qui s’est passé.
Ryan Jones a donc adapté avec brio la série de films d’animation, Children of the Holocaust, réalisée par Zane Whittingham pour la BBC. On trouvera en fin d’ouvrage un glossaire ainsi qu’un index des termes utilisés, une chronologie des évènements majeurs entre 1933 et 1945, des références de sites internet et surtout la photo des protagonistes adultes, accompagnée d’une notice indiquant ce que chacun est devenu.

 « Coups de cœur » ACTUALITÉ

Suivez le guide ! Balade dans le quartier, Camille Garoche et Didier Genevois, Casterman, 2017.

Troisième titre d’une nouvelle collection née en 2016, ce grand album cartonné accessible aux plus petits leur fait découvrir cette fois-ci les différents commerces d’une petite ville à la suite d’un chat siamois qui se croit supérieur à tous. À sa suite, le lecteur passe devant la librairie, la poissonnerie, la boulangerie ou le magasin de primeurs. Chaque double page fourmille de détails amusants ainsi que de fenêtres (47 au total) à ouvrir, cachant au regard de Rominagrobis le piège qui lui est tendu : il n’échappera pas plus que les autres animaux à la vaccination ! Une double narration très habile qui réjouira les jeunes lecteurs complices du sort qui attend l’animal présomptueux.

Le jour où on a arrêté de faire la guerre et Le jour où papa s’est remarié, Thierry Lenain, illustrés par Thanh Portal, Premiers Romans, Nathan, 2017.

Raïssa n’a pas supporté de voir ses camarades jouer à la guerre. Réfugiée dans le placard, elle pleure et ne peut même plus parler. Madame Okili l’encourage à dessiner ce qu’elle a vécu dans son pays en guerre et tous ses camarades se mobilisent pour que cet état de choses change.
Quant à Guillaume, il est triste car son père se remarie avec un homme et il se dit que si lui aussi est homo plus tard, il ne pourra pas être papa. Or, il a promis à son amoureuse Alima de l’épouser et d’avoir des bébés avec elle. Madame Okili réfute les idées reçues de certains élèves et la classe n’est pas en peine de trouver des solutions pour que Guillaume et Alima deviennent parents, au cas où…
Des questions essentielles qui sont toujours abordées avec justesse, finesse et sensibilité.

La belle sauvage, Philip Pullman, traduit de l’anglais par J. Esch, Gallimard Jeunesse, 2017.

Tous ceux, dont je fais partie, qui furent envoutés par l’intrigue et les personnages des Royaumes du Nord  (trilogie présentée dans le numéro 47 de Recherches, 2e semestre 2007) se délecteront de cette nouvelle Trilogie de la poussière dont voici le premier tome. Malcolm Posthead, un jeune garçon âgé de 11 ans, épaule ses parents, propriétaires de « La truite », auberge située au bord de la Tamise, en amont du centre d’Oxford. Attentif et curieux, c’est un adolescent intelligent qui écoute et apprend vite. Serviable à l’extrême, il aide souvent les sœurs du prieuré voisin et tombe littéralement sous le charme du bébé qu’elles ont recueilli, une certaine Lyra, qui le fascine autant que son daemon, Pantalaimon, avec lequel elle babille… Dès lors, tels les chevaliers du Moyen Âge, Malcolm sait qu’il se mettra au service de la petite fille cachée, quelles qu’en soient les conséquences. C’est le début d’une aventure qui fera de lui un « espion » au service du professeur Hannah Relf, laquelle œuvre pour une organisation mystérieuse baptisée « Oakley Street ». Située dix ans avant celle de la trilogie précédente, l’action de ce tome permet de retrouver des personnages connus, tels les parents de Lyra, Lord Asriel et Me Coulter, mais en introduit de nouveaux tels l’infâme Gérard Bonneville et son daemon hyène ou Alice, une jeune employée de l’auberge. Si l’intrigue démarre lentement, elle s’accélère au fur et à mesure que Lyra devient un objet de convoitise. L’auteur crée de nouveau un univers à la fois proche et merveilleux, au sein duquel des forces antagonistes s’affrontent autour d’une mystérieuse Poussière. Seul le savoir éclairé semble en mesure de vaincre l’obscurantisme et le totalitarisme religieux dont les partisans se montrent puissants et redoutables.
Philip Pullman ne fait pas dans la facilité, tant le propos est profond et incite à la réflexion quasi philosophique.

Rock War 3, « Hors de contrôle », Robert Muchamore, traduit de l’anglais par A. Pinchot, Casterman, 2017.

Dans cet opus annoncé comme l’avant-dernier de la série, nous retrouvons les groupes de musique sélectionnés dans les tomes précédents (le tome 1 a été présenté sur le site les « Actualités Printemps-Été 2016 » et le tome 2 dans les « Actualités Printemps-Été 2017 » . L’émission « Rock War » fait un tabac en Grande-Bretagne : ses candidats sont devenus des stars poursuivies par les fans et les photographes. La compétition se fait de plus en plus cruelle et tous les coups sont permis. Summer se remet lentement du grave accident dont elle a été victime à la fin du tome précédent et Jay se languit face à son absence. Théo, son grand frère, se montre toujours aussi violent et provocant, mettant ainsi en péril l’avenir du groupe ; Dylan se laisse entrainer sur la pente de la drogue. Et ce n’est pas ce qu’il découvre des magouilles de son père et de son oncle qui vont l’en éloigner.
Nul doute que le dernier tome nous réserve encore bien d’autres péripéties ! La satire des milieux de la téléréalité et du showbiz (cf. réseau présenté dans le numéro 52 de Recherches) est toujours aussi féroce.

Les porteurs, #2 – Gaëlle, C. Kueva, Éditions Thierry Magnier, 2017.

Lou Karpatova, le fils de Mariza, naturaliste, est mort : Gaëlle se sent responsable. Elle s’investit corps et âme dans les deux missions qu’elle s’est fixées : soutenir Flo qui refuse le choix manichéen que lui impose la société et surtout aider son amoureux Matt, identifié comme porteur, finalement devenu femme grâce à Lou. Prête à tout pour qu’il redevienne un homme, elle se rapproche donc des naturalistes afin qu’ils lui procurent un traitement alternatif pour Matt. Mais les autorités veillent, les « militants » sont traqués et Gaëlle se met en danger ainsi que ses proches. De nouveaux personnages apparaissent ou sont approfondis, les manipulations des dirigeants se dévoilent de plus en plus clairement et ceux qui leur résistent mettent leur vie en péril ; le passé ressurgit à travers le personnage de Romano Moravia, dont le père, Tonio, et le fils, Filippi, chérissent la mémoire ; Gaëlle découvre qu’il fut très proche de sa propre mère, Sylvia. Le docteur Olann Michelon commence à douter du bienfondé de ses décisions et trouve refuge auprès de son fils aveugle, Théodort.
Ce deuxième tome, essentiellement narré à la première personne par Gaëlle, complète très efficacement le précédent : reprenant certains événements du premier, mais du point de vue de l’héroïne, il éclaire certains points restés dans l’ombre tout en faisant progresser l’action. Le troisième tome dont on attend la parution avec impatience, sera centré sur Lou : celui-ci est-il vraiment mort ?
NB : Le tome 1 a été présenté sur le site : « Actualités Printemps-Été 2017 ».

La brigade de l’ombre : Ne compte que sur les tiens, Vincent Villeminot, Casterman, 2017.

La brigade ayant été démantelée, seul Bosco est resté à Paris pour continuer la tâche. Depuis janvier, l’ex-commissaire Léon Marcowicz s’est isolé en Corse avec ses filles. Fleur prépare son bac au lycée de Porto Vecchio et Adélaïde prend des cours par correspondance après avoir failli sombrer dans la folie. Elle apprécie les visites du Pygmée rwandais avec lequel elle aime toujours discuter. Mais fin juin, alors qu’Antonin son amoureux est venu la rejoindre, Fleur est menacée de viol par une bande de voyous menée par Matéo Figalli ; Antonin l’aide à s’enfuir mais il est tabassé et abandonné sur la plage. Peu de temps après, Matéo Figalli, son oncle et un de ses vieux amis sont retrouvés horriblement déchiquetés devant chez Marcowicz : ce dernier ayant disparu, il est soupçonné. Par ailleurs, une fusillade fait quatre morts dont Jimi Hendrix, qui parcourait le monde avec Diane Jobert depuis qu’ils avaient été « remerciés » de la police. Il ne faudra pas trop longtemps au commandant Jean-Bosco Nyrabuhinja, aidé d’Anna, alias Jeanne Darnet, pour démêler l’écheveau de ces tragiques évènements et reconstituer le puzzle mortel.
Ce dernier opus de la trilogie maintient un suspense haletant, et ce d’autant plus que la chronologie, entièrement déconstruite, joue sur des retours en arrière expliquant ce qui était resté dans l’ombre. Ce tome, centré sur Léon Marcowitz et ses filles, ainsi que sur les membres de la brigade, m’a semblé particulièrement réussi. Il s’agit bien d’un roman noir, car la violence, la souffrance et le deuil sont plus que jamais présents ; chaque personnage reste une personnalité complexe, forgée par son histoire, en proie au doute. Les ex-subordonnés de Marcowicz lui restent fidèles et tous se protègent les uns les autres : la brigade a de nouveau perdu un de ses membres en la personne de Jimi, Antonin restera marqué à vie dans son corps, mais cette famille élargie montre à quel point elle est étroitement soudée dans l’adversité, prête à braver les lois et à vivre, dans la clandestinité, une nouvelle vie.
NB : Le tome 1 a été présenté sur le site : « Actualités Automne-Hiver 2016 » et le tome 2 dans les « Actualités Printemps-Été 2017 ».

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Je commence à lire en BD, CP : Un nouveau copain, Mathieu Grousson/Sibylle Ristroph ou Je commence à lire en BD, CE1 : Marco est dans la lune, Mathieu Grousson/Séverine Cordier, Casterman, 2017.

De nombreuses vignettes colorées, comportant une ou deux bulles, racontent les journées des enfants qui fréquentent l’école des animaux. La description et le mode d’emploi d’une bande dessinée, ainsi que l’école et les personnages, sont présentés au début de l’ouvrage, à la fin duquel on retrouve jeux et quizz. Une nouvelle collection pour faciliter la lecture, en CP ou en CE1.

De son côté, Nathan lance, en partenariat avec Mobidys, expert en accessibilité cognitive, le label Dyscool, afin de faciliter la lecture des enfants dyslexiques. Les titres les plus connus de la collection Premiers Romans sont ainsi repris en intégralité, accompagnés d’outils adaptés qui vont permettre un déchiffrage, une compréhension et une autonomie plus faciles. Ainsi la police est plus lisible, le texte et l’illustration sont bien séparés, l’auteur a réécrit certains passages pour qu’ils soient mieux compris, des mots sont expliqués en bas de page, des syllabes sont colorées en bleu ou en rouge. L’attention, le décodage, l’abstraction et la motivation sont ainsi soutenus. Parmi les premiers titres : Le Buveur d’encre, Éric Sanvoisin/M. Matje ; Clodomir Mousqueton, Christine Naumann-Villemain/C. Devaux ; Une carabine dans les sardines (Anouk et Benji), Mymi Doinet/G. Chapron ; J’ai 30 ans dans mon verre (Nico), Hubert Ben Kemoun/R. Fallet. Une initiative très intéressante, à suivre.

Les enquêtes de Lottie Lipton : Les secrets de la pierre d’Égypte, Dan Metcalf, illustrations de R. Pernagarry, traduit de l’anglais par C-M. Clévy, Père Castor, Flammarion Jeunesse, 2017.

Voici une nouvelle série qui intéressera les jeunes amateurs d’enquêtes policières historiques. Ce premier tome met en scène des personnages qui deviendront récurrents. 1928 : Lottie Lipton, 9 ans, vit avec son grand-oncle, le professeur Bertram West, depuis que ses parents archéologues ont disparu, cinq ans auparavant, lors de fouilles en Égypte. L’oncle Bert s’occupant du département des antiquités égyptiennes, ils vivent dans un appartement du British Museum, ainsi que le gardien George. Lottie est une grande admiratrice de Victor Blade, l’inspecteur en chef de Scotland Yard, dont les enquêtes sont rapportées dans son magazine de chevet « Enquêtes et Mystères ». Elle hésite d’ailleurs entre devenir détective ou archéologue. Quoi qu’il en soit, son petit carnet et son crayon (livrés avec l’ouvrage) ne la quittent jamais, afin d’y noter des indices ainsi que le décodage des énigmes ou des messages secrets, le lecteur étant invité à l’imiter !
Cette fois-ci, elle et ses deux acolytes vont se lancer sur les traces d’un objet réputé légendaire, le trident de Neptune et le retrouver avant Bloomsbury Bill, un célèbre voleur londonien, qui se repentira d’avoir rencontré Lottie. Lecture facile, beaucoup d’humour.

Récits de la Bible, traduits de l’hébreu et adaptés par Pierre-Marie Beaude, Folio Junior Textes Classiques, 2017.

Quinze récits emblématiques qui permettront à chacun de découvrir l’Ancien Testament. Avec notes et carnet de lecture rédigés par l’auteur. Une occasion de découvrir la nouvelle maquette des Folio Junior.

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Cinéma, télévision, théâtre

Noémie superstar, Anne-Laure Bondoux, Mini Syros Roman, 2017.

Tout le village est en effervescence car un film va y être tourné avec la célèbre actrice Chloé Dubato et on cherche des figurants entre sept et neuf ans. Bien qu’elle se trouve bien trop laide avec ses lunettes, Noémie envoie sa photo et est retenue ainsi que Florian, son ami, et Garance, une peste, incollable en matière de cinéma… ou presque, car cette dernière découvre ainsi que les journées sont longues et qu’on peut être une star, comme la vedette du film, alors qu’on porte des lunettes. Un récit très court, bien écrit, pour comprendre que la beauté comporte de multiples facettes et reprendre confiance en soi.

Fille ou Garçon ?

Dans la peau de Sam, Camille Brissot, Soon, Mini Syros +, 2017

Lors d’une fête foraine high-tech, Charlie se retrouve dans le corps de Sam et vice versa ; elle est belle, populaire, mais assez superficielle, alors que lui est un garçon solitaire, au physique ingrat, servant de bouc émissaire à tous ses camarades du collège… Le premier étonnement et les premières fureurs passés, il va leur falloir se débrouiller chacun, non seulement avec ce nouveau corps, étrange à leurs yeux, suscitant le malaise, mais également avec un univers et une famille inconnus. C’est l’occasion pour tous deux de poser un nouveau regard sur l’autre, de le découvrir sous un autre jour et de changer de point de vue. Récit court et facile, non dénué d’humour, à destination des plus jeunes.

Albums

Le Frigo magique, Harlan Coben, illustrations de Leah Tinari, PKJ, 2016.

Qui se serait attendu à ce que cet auteur de thrillers imagine un album aussi farfelu ? Il faut dire que les illustrations aux couleurs vives, voire criardes et déjantées, y sont pour beaucoup. Walden apprécie très modérément de devoir mettre la table pour l’arrivée de ses grands-parents, oncles, tantes et cousins. Il a soif d’aventures et rêve d’autres horizons… Soudain son souhait se réalise : il est aspiré par un de ses dessins qui orne le frigo et se retrouve en mauvaise posture. Pour assurer sa survie, il passe ainsi dans une photo de ses grands-parents au zoo où il se fait attaquer par des singes, puis dans les différents documents et prospectus affichés sur le frigo, ce qui le mène de Charybde en Scylla ! Grâce, enfin, aux ciseaux d’un bon de réduction pour le coiffeur, il se tire d’affaire et retrouve toute sa famille pour laquelle il ressent finalement une affection toute neuve et très intense ! Cette morale toute simple et universelle vient en conclusion d’aventures magiques et fantastiques reposant sur une transgression narrative. Il faudra se montrer très attentif à la multitude de détails qui foisonnent sur chaque double page ; texte et images se complètent dans cet album original qui peut surprendre mais ne laissera pas indifférent.

Familles, Patricia Hegarty, illustrations de Ryan Wheatcroft, texte français d’Anne‑Judith Descombey, Père Castor, Flammarion, 2017.

Cet album très coloré, au format presque carré, célèbre la famille et son amour indéfectible à travers la vie quotidienne de dix familles représentatives de toutes celles qui composent la société contemporaine occidentale. Que l’enfant soit unique ou issu d’une famille nombreuse, handicapé, adopté, élevé par deux parents du même sexe, par ses grands-parents ou par sa mère seule, que ses parents soient d’origine africaine, asiatique ou européenne et quelle que soit la religion pratiquée, ces enfants focalisent attention et amour des adultes qui composent leur famille. Chaque double page comporte dix vignettes précédées ou suivies d’une phrase simple et poétique évoquant les joies et les peines de chaque jour. Accessible dès l’âge de quatre ans, cet album met en valeur de façon résolument optimiste le socle inébranlable constitué par la cellule familiale et insiste sur son rôle auprès des enfants. On ne peut malheureusement éviter de penser que ce message fort n’est pas la réalité de chaque enfant, aussi attaché soit-il à sa famille, et qu’il reste donc un idéal à atteindre dans de nombreux cas…

Rééditions ou Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…) 

Aux éditions Gallimard Jeunesse

Dominic, L’Ile d’Abel et Le Vrai Voleur, William Steig, traduits de l’anglais par J. Hérisson et H. Robillot, Folio Junior, 2017.

Les aventures d’un chien généreux, d’un souriceau galant coincé sur une ile déserte et d’une oie que tout accuse : trois classiques de l’auteur.

Sur la tête de la chèvre, Aranka Siegal, traduit de l’anglais (États-Unis) par T. Brisac, Folio Junior, 2017.

L’histoire émouvante de Piri, une jeune hongroise juive âgée de dix ans lorsque la guerre débute ; elle et sa famille tentent de survivre, mais finissent par être déportées à Auschwitz. Récit d’inspiration autobiographique.

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, Ruta Sepetys, traduit de l’anglais (américain) par Bee Formentelli, Pôle Fiction, 2015.

Le récit bouleversant d’une jeune Lituanienne, Lina, et de sa famille déportée en Sibérie par Staline en 1941. L’auteure rend ainsi hommage aux trois peuples baltes décimés et à la dignité que personne n’a pu leur enlever. Librement inspiré de la vie de son père, l’ouvrage restitue avec beaucoup de force et de réalisme, parfois insoutenable, le combat pour leur survie de tous ces personnages profondément humains.

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Pôle Fiction, 2016.

Une belle histoire d’amour sous forme de conte initiatique, qui ne cède pas à la facilité mais est porteuse d’espoir.

Tous nos jours parfaits, Jennifer Niven, traduit de l’anglais par V. Rubio-Barreau, Pôle Fiction, 2017.

Deux adolescents, Finch et Violet, essaient de retrouver ensemble le gout de vivre.

Le clan des Otori : Le Vol du héron et Le Fil du destin, Lian Hearn, traduit de l’anglais par Philippe Giraudon, Pôle Fiction, Gallimard, 2017.

Avec ces deux dernières parutions, l’intégralité de cette magnifique saga est à présent disponible au format poche pour les adolescents.

Aux éditions Thierry Magnier

 L’Expulsion, Murielle Szac, Petite Poche, 2017.

Nouvelle édition d’un texte paru en 2006, n’ayant rien perdu de son actualité.
S’appuyant sur une réalité qu’elle connait bien pour l’avoir vécue, l’auteure évoque l’expulsion de familles immigrées vivant entassées depuis des années dans des appartements vétustes. Sous les regards intrusifs des caméras, Bintou, la jeune narratrice, ressent de l’intérieur une humiliation supplémentaire, à savoir l’intervention musclée des policiers qui veulent faire évacuer l’immeuble « pour des raisons de sécurité ». Heureusement, des associations et certains riverains se mobilisent. Bintou surmonte sa honte et sait qu’elle peut compter sur son amie Lucie.
Un texte simple et fort, facile à lire et à comprendre, comme tous ceux de cette collection à prix modique publiant des petits romans qui se lisent comme une nouvelle.

Aux éditions PKJ

Blacklistée, Cole Gibsen, traduit de l’anglais (États-Unis) par A. Paupy, 2017.

Il faudra qu’elle soit à son tour harcelée au lycée et sur les réseaux sociaux pour que Regan, la narratrice, comprenne à quel point on peut souffrir du regard des autres, de leurs moqueries, voire de leur haine. Elle-même bien différente de ce qu’elle donne à voir, la jeune fille découvre à ses dépens que chacun autour d’elle cache bien son jeu, qu’il s’agisse de ses anciennes amies ou de nouveaux soutiens. Intrigue parfois prévisible mais bien conduite et salutaire.

Cité 19 : Ville noire et Zone blanche, Stéphane Michaka, 2018.

Enfin accessible en poche, une histoire passionnante, avec des retours dans le passé et des retournements de situations, présentée dans le cadre d’un réseau « Rêve ou cauchemar » (supplément en ligne Printemps-Été 2016).

 

 

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Printemps-été 2017

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

Période électorale oblige, voici tout d’abord trois ouvrages au cœur de l’actualité :

La Démocratie en BD, Nathalie Loiseau, illustré par Aki, Casterman, 2017.

En un mois, Max et Nadia vont mener une enquête approfondie sur ce que signifie voter, élire, être élu. Ils ont en effet envie de se présenter à l’élection des délégués de leur classe de sixième, mais constatent rapidement qu’ils sont néophytes en la matière. Et ce ne sont pas les adultes qu’ils interrogent qui les rassurent sur la probité des hommes politiques. Ils vont essayer de se forger une opinion sur ce qu’est la démocratie et ce qui la constitue. Chaque réponse apportant de nouvelles questions, eux et leurs amis font ainsi le tour des institutions françaises et découvrent la complexité de la gestion du quotidien à l’échelle d’une commune ou de l’État. Conscients des responsabilités et des risques de la démagogie, ils se font élire sur un programme… démocratique. Un contenu dense, scénarisé par la directrice de l’ENA, rendu attrayant par la BD. Glossaire des mots-clés en fin d’ouvrage. Abordable dès le CM.

Les Élections, Sylvie Baussier, illustré par Maud Riemann, « Questions ? Réponses ! », Nathan, 2017.

En treize doubles pages illustrées de façon précise et souvent humoristique, le lecteur aura de nombreuses réponses aux questions qu’il se pose, tant sur les finalités que sur les modalités d’un vote, les différents types d’élections, de mandats ou les moyens de faire entendre sa voix. La dernière double page comporte un lexique des termes fondamentaux employés dans l’ouvrage, lequel aborde également les fausses démocraties et prône l’importance de l’Union européenne. Un sujet d’actualité pour ce numéro 46 d’une collection s’adressant aux jeunes à partir de 7 ans.

A voté ! On élit qui et pour quoi ?, Nicolas Rousseau, Castordoc, Flammarion, 2017.

Un tour d’horizon très complet en 95 pages qui permettra de comprendre les enjeux des différentes élections au sein d’une démocratie, en France, mais aussi dans d’autres pays, par comparaison. Un ouvrage qui contribuera à l’éducation à la citoyenneté, qu’il évoque les élections de délégués de classe, celle du président de la République ou les régimes dictatoriaux. Accessible dès le collège.

1939-1945… La Seconde Guerre mondiale, Isabelle Bournier, Bruno Heitz, « L’Histoire de France en BD », Casterman, 2017.

Resituant rapidement l’arrivée de cette guerre à la suite de la première, le récit et les dialogues se concentrent sur la situation en France depuis la mobilisation générale jusqu’à la libération, l’armistice et la création de l’ONU. Les auteurs évoquent la vie quotidienne sous l’occupation allemande, la débrouille, la collaboration, les rafles, la résistance, en allant à l’essentiel. L’ouvrage se termine par des pages documentaires précisant certains points évoqués (quotidien, résistance, génocide). Abordable dès le CM1.

J’en profite pour signaler que Casterman modifie cette collection (refonte graphique, nouvelle maquette de couverture) et la segmente en six grands domaines : histoire (De Gaulle et le XXe siècle) ; art (Thématiques liées à des mouvements artistiques) ; sciences (Histoire de la vie) ; monde actuel (cf. le titre sur la démocratie présenté plus haut) ; mythologie (Jason et la toison d’or) ; classiques (Molière).

« Coups de cœur » ACTUALITÉ

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Traces, Florence Hinckel, Soon, Mini Syros +, 2016.

En 1956, Philip K. Dick a publié la nouvelle The Minority Report, adaptée au cinéma en 2002 par Steven Spielberg ; l’auteure, quant à elle, s’appuie sur l’existant, à savoir les traces numériques que nous laissons tous, pour imaginer que le gouvernement français utilise un logiciel permettant d’arrêter les citoyens avant qu’ils ne commettent un crime. À Marseille, Thomas Codislo, 13 ans, féru de jeux vidéo, projette de réaliser une fan fiction avec son ami Steven ; il a donc fréquenté de nombreux sites consacrés aux armes à feu, afin que ses personnages soient crédibles ; en outre, il vit seul avec sa mère, son père a fait de la prison et ses résultats scolaires ne sont guère brillants… Il n’en faut pas plus au logiciel « Traces » pour conclure que le collégien de quatrième va passer à l’acte. Alors que la police s’apprête à l’arrêter, Thomas s’enfuit et la traque commence. Abordé par le collectif « Innocent jusqu’à preuve du contraire », qui cherche à l’utiliser pour prouver l’absurdité et les dangers du logiciel, Thomas se retrouve au cœur d’un autre coup de filet, visant Salierini, un mafieux également poursuivi par l’équipe de la commissaire Olympe Sax, laquelle est aussi convaincue de l’innocence du premier que de la culpabilité du second ! Ce roman, court et haletant, se déroulant sur 24 heures, alterne le récit à la première personne de Thomas et un autre à la troisième centré sur le personnage d’Olympe, tous deux entrecoupés d’articles de journaux expliquant la genèse du logiciel, son fonctionnement ou les polémiques qu’il suscite. Il pose à destination des adolescents maintes questions essentielles sur toutes les traces qu’ils laissent sur la toile sans réfléchir, entre autres, aux libertés individuelles et aux dérives sécuritaires. Si nous n’en sommes pas encore là en France, on sait que la tentation existe dans certaines têtes et qu’il faut rester vigilant.

Le jour où on a mangé tous ensemble et Le jour où la France est devenue la France, Thierry Lenain, illustrés par Thanh Portal, « Premiers Romans », Nathan, 2017.

Quand on fait la classe à des enfants de toutes origines, cultures et confessions, on a intérêt à être astucieuse, surtout si on veut être bien notée par ses élèves ou être capable de répondre au « Pourquoi ? » Madame Okili s’en sort haut la main et toute la classe pourra piqueniquer, chacun picorant dans ce que les autres ont apporté. De même, elle amènera ses élèves à prendre conscience qu’on peut être noir, être né en France et être français depuis plusieurs générations, qu’on peut être gabonais et blanc et que la France ne s’est pas toujours appelée ainsi ! Quant à savoir pourquoi l’une est noire et l’autre blanc, c’est une autre histoire. Tolérance, lutte contre les préjugés et les idées reçues, plaidoyer pour le vivre ensemble sont au cœur de ces récits essentiels comme l’auteur sait si bien les écrire [1]. Premiers titres d’une nouvelle série, « Le jour où », à lire et à relire pour répondre aux questions que les enfants se posent et alimenter les débats.

[1] Un réseau constitué des œuvres de Thierry Lenain a été publié dans le numéro 32 de Recherches (premier semestre 2000).

Rock War 2, « L’enfer du décor », Robert Muchamore, traduit de l’Anglais par A. Pinchot, Casterman, 2017.

Les héros du premier tome[2] ayant été sélectionnés pour l’émission de téléréalité « Rock War », ils rejoignent d’autres formations venues de différentes régions du Royaume-Uni ; les douze groupes d’adolescents sont réunis dans un manoir aménagé à grands frais : durant six semaines, ils se prépareront à la première phase destinée à éliminer trois d’entre eux. Certains de ces jeunes, très naïfs, découvrent les coulisses de ce type d’émission destinée à faire de l’audience à n’importe quel prix. Suivis par les caméras quasiment 24 h sur 24, ils constatent à quel point tout est scénarisé et « bidonné ». Les rivalités et mesquineries entre candidats n’ont rien à envier à celles auxquelles se livrent les producteurs ; les réalisateurs et caméramans se frottent les mains dès qu’un incident ou un scandale éclatent, les journalistes s’en donnent à cœur joie en matière de révélations et chacun règle ses comptes. Théo, incontrôlable, Summer et sa jolie voix font le buzz ; Jay, fidèle à ses valeurs, essaie de garder son calme et n’en revient pas que Summer s’intéresse à lui. Les personnages gagnent en profondeur, chacun affirmant son caractère et sa personnalité et l’humour reste bien présent. La satire féroce du milieu de la téléréalité (cf. réseau présenté dans le numéro 52 de Recherches) fait mouche. Une lecture divertissante et facile. À noter : le changement de couverture, calqué à présent sur celles de la série Cherub. Le tome 3 est annoncé pour septembre 2017.

[2] Présenté sur le site « Actualités » Printemps-Été 2016.

Les Porteurs, #1 – Matt, C. Kueva, Éditions Thierry Magnier, 2017.

Depuis la catastrophe du 26 avril, au cours de laquelle ils ont été irradiés, les humains naissent hermaphrodites, portent un prénom neutre (Flo, Matt, Fab, San…) jusqu’à l’âge de 16 ans, date à laquelle ils choisissent leur sexe et un nouveau prénom au cours d’une cérémonie appelée « Seza ». Nous sommes dans un futur proche où les adolescents fréquentent le lyceum et vivent dans une néosociété qui a créé les « Centres de Planning Hormonal » au sein desquels les Sanits prennent en charge la reproduction. Gaëlle, la petite amie de Matt, a déjà subi sa transformation et se sent bien dans sa peau ; Matt sait que dans trois mois, il choisira d’être un homme, alors que Flo aimerait retarder ce choix. Mais l’univers de Matt bascule lorsqu’on lui annonce qu’il est porteur d’une maladie génétique l’empêchant de choisir : il va rester neutre durant de longues années, au cours desquelles il devra subir un traitement sous le contrôle du docteur Michelon. Toutes les certitudes du narrateur s’effondrent à l’annonce de cette déficience ; d’abord déprimé et replié sur lui-même, il accepte peu à peu l’aide de Gaëlle : celle-ci fait des découvertes intéressantes sur des traitements naturels alternatifs, recoupant les informations que Matt obtient de la part de Lou, un mystérieux jeune homme qui le fascine. Qui a raison, de l’état ou des tenants des traitements phytohormonaux ? Qui manipule qui et pour quelles raisons ? Cette intrigue originale met en avant, même si c’est parfois de façon un peu maladroite, la question du genre, en posant des questions cruciales : sur quels critères choisit-on de devenir femme ou homme ? Flo a-t-il (eh oui, le pronom neutre n’existant pas en français, l’auteure a choisi « il » pour désigner les pré-seza) de la peine à choisir parce que ses deux parents ont développé un comportement égalitaire et ont élevé leurs enfants dans une stricte neutralité de genre ? Flo, devenu.e Floriane, éprouve-t-elle une attirance pour Gaëlle parce qu’elle a fait le mauvais choix, ou parce qu’elle est attirée par les femmes ? Et que dire des sentiments que Matt éprouve pour Lou dès leur première rencontre ? Comme dans toute contrutopie qui se respecte, le lecteur comprend progressivement que le mensonge et la manipulation sont au cœur des principes de gouvernement. Premier opus d’une trilogie dystopique dont le deuxième tome, s’intitulant #2 – Gaëlle, sera attendu avec impatience par les lecteurs, vu les rebondissements en cascade.

La Brigade de l’ombre : Ne te fie à personne, Vincent Villeminot, Casterman, 2017 [3]

Suite des aventures de Léon Markowicz, de ses filles et des membres de la brigade spéciale de surveillance et d’interception des malades IBLIS, dite « brigade des goules ». Fleur et Adélaïde peinent à se remettre de l’assassinat de leur mère ; quant à Léon, il n’est plus que l’ombre de lui-même, toujours plus sombre et taciturne. Ses collaborateurs doivent arrêter un tueur jouant les justiciers en s’en prenant aux goules qu’il épie et traque sans relâche ; mais la police criminelle leur met des bâtons dans les roues ; le capitaine Diane Jobert, les auxiliaires de police Gilberte, Anna et Willa deviennent alors des proies, sans compter les filles qui, malgré toutes les précautions de leur père, seront encore directement mêlées aux événements. Le lecteur apprend à mieux connaitre chacun des personnages et ses blessures irrémédiables ; puis, à l’instar des deux adolescentes, découvrira enfin les multiples secrets du commissaire Markowicz et de ceux qui l’épaulent fidèlement, notamment Bosco et Jimi. Un récit haletant et sans temps mort qui fait se succéder actions, meurtres, poursuites, rebondissements et révélations. Un troisième tome est annoncé pour le mois d’octobre 2017.

[3] Le tome 1 a été présenté sur le site : Actualités « Automne-Hiver 2016 ».

Les Animaux fantastiques, Le texte du film, J.K. Rowling, couverture et design intérieur par Minalima, indications scéniques traduites de l’anglais par J-F. Ménard, Gallimard, 2017.

Pour ceux qui n’ont pas vu le film ou veulent le revivre, les aventures de Norbert Dragonneau, explorateur et magizoologiste, à New York, en 1926. Intéressant, entre autres, si on veut faire découvrir ce qu’est un scénario. Prix élevé (21 euros), mais on peut espérer une publication en poche.

Le Monde farabuleux de Roald Dahl, Stella Caldwell, illustré par Quentin Blake, traduit de l’anglais par Marie Leymarie, Hors-Série Roald Dahl, Gallimard Jeunesse, 2017.

Les enseignants et bibliothécaires y avaient pensé depuis longtemps : proposer à leurs ouailles d’écrire, de dessiner, de fabriquer des textes ou des objets, bref d’imaginer et de créer à partir de leur lecture des romans de Roald Dahl, en résonnance avec elles… L’auteure s’est emparée de l’univers du « champion du monde des histoires » avec d’autant plus de talent qu’elle a été soutenue dans sa démarche par celui de Quentin Blake. Quatorze romans, répartis en trois pôles (« Magie et charivari », « Des adultes abominables » et « Des bêtes et des êtres fantastiques ») font ainsi l’objet de multiples facsimilés (rapports officiels divers, articles de journaux, affiches, cartes de visite, notes de Roald Dahl rédigées sur un bloc-notes jaune, etc.) et dessins, tous plus désopilants et inventifs les uns que les autres, renvoyant aux péripéties narrées et leur faisant écho ; le tout agrémenté en début d’ouvrage de photos, d’anecdotes et d’éléments biographiques. Les différents guides insérés en milieu de page (celui du « parfait gredin », « du baroudeur », « du parfait touriste » ou « Le Manuel de sorciérophilie ») m’ont semblé particulièrement réussis. Et, cerise sur le gâteau pour terminer, un petit mot sous enveloppe du grand romancier délivre aux lecteurs un secret précieux !

Duchesses rebelles, tome 2 : La Dangereuse Amie de la Reine, Anne-Marie Desplat-Duc, Flammarion, 2017.

Suite des aventures des duchesses exilées. Le récit est centré cette fois-ci sur Marie-Aimée de Rohan, duchesse de Chevreuse, amie de la reine d’Espagne, Anne. C’est en effet à son tour de rédiger ses mémoires comme Mademoiselle le lui a proposé ainsi qu’aux autres « Duchesses rebelles[4] ».

[4] Le tome 1 a été présenté sur le site : Actualités « Printemps-Été 2016 ».

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Enfant-espion

La Cible (Bodyguard, tome 4), Chris Bradford, traduit de l’anglais par Antoine Pinchot, Casterman, 2017.

La fin du tome 3 le laissait entendre : Charley allait raconter à Connor comment et pourquoi elle avait perdu l’usage de ses jambes. L’action de celui-ci se situe donc deux ans avant le premier opus. Charlotte Hunter n’a pas été épargnée par la vie : sa meilleure amie, Kerry, a été enlevée sous ses yeux alors qu’elles avaient 10 ans et elle en garde une immense culpabilité ; puis ses parents meurent tous deux en avion lors d’une attaque terroriste. Âgée à présent de 14 ans, elle vit dans une famille d’accueil qui a du mal à la gérer et cherche à oublier ses peines en faisant du surf. N’écoutant que son courage et sa témérité, elle sauve un jeune surfeur aux prises avec un requin, ce qui lui vaut d’être recrutée par le Colonel Black, le dirigeant de Bodyguard. Seule fille au sein d’une équipe de gars plutôt machistes, Charley devra prendre confiance en elle afin de s’imposer ; plusieurs missions réussies lui valent d’assurer la protection d’une jeune star du rock britannique, Ash Wild, lors de sa tournée américaine. En effet ce dernier, malgré une immense popularité, semble menacé. Charley découvre le milieu de la musique, des concerts et les inconvénients de la célébrité : comment protéger Ash des paparazzis aux aguets et des fans en délire, voire de ses proches eux-mêmes ? Elle se perfectionne sous l’égide de Big T, un colosse, garde du corps attitré de la jeune vedette, qui la prend son aile malgré l’ombre qu’elle lui fait. Les incidents de plus en plus dramatiques se succèdent et Charley elle-même devient une cible. L’auteur s’entend à multiplier les suspects, les vrais et faux coupables, les rebondissements abondent. La tension est d’autant plus forte pour le lecteur qu’il sait que Charley sera grièvement blessée, mais il lui faudra attendre la dernière minute pour apprendre dans quelles circonstances. Tant d’épreuves pour une seule adolescente sont-elles possibles ? On pourrait se dire que le romancier exagère, mais la vie nous apprend que ce n’est pas le cas. Il a choisi de créer un personnage résilient. Charley est prête une nouvelle fois à rebondir, comme le lecteur avait pu le constater dans les trois tomes précédents. Musique, action, romance sont au rendez-vous, aucun temps mort !

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…) ; rééditions comportant des modifications

Aux éditions Gallimard Jeunesse

Folio Junior fête ses 40 ans : à compter du 1er juin 2017, nouvelle charte graphique et nouveau logo ; c’est la cinquième fois que la collection fait peau neuve…

Le roman d’Ernest et Célestine, Daniel Pennac, Folio junior, 2017.

Le roman du film. Édition originale publiée en grand format par Casterman en 2012, qui publiera en septembre 2017 une version illustrée grand format du roman rédigé par Pennac.

Quelques minutes après minuit, Patrick Ness (d’après une idée originale de Siobhan Dowd), traduit de l’anglais par Bruno Krebs, Folio Junior, 2016.

Un film adapté de ce roman est sorti en janvier 2017. Une édition du film en grand format est parue simultanément.

Les Hauts de Hurle-Vent, Emily Brontë, Traduit de l’anglais par F. Delebecque, Folio Junior Textes Classiques abrégés, 2017.

Après la vague, Oriane Charpentier, Pôle Fiction, 2017.

La face cachée de Margo, John Green, Traduit de l’anglais par C. Gibert, Pôle Fiction, 2017.

Animale, tome 2 : La prophétie de la reine des neiges, Victor Dixen, Pôle Fiction, 2017. Rappel : Tome 1 : La malédiction de Boucle d’or, Pôle Fiction, 2015.

Aux éditions Flammarion Jeunesse

Le célèbre Imagier du Père Castor (1995) parait en édition bilingue arabe-français, A. Telier, traduction revue et complétée par Yacine Benachenhou, illustrateurs multiples, 2017.

Sous chaque image le mot est noté en caractères arabes, en arabe phonétique et en français.

Par ailleurs, les romans à succès de Pierre Bottero sont réédités dans un nouveau format semi-poche (140 x 190), avec un graphisme bien spécifique formant ainsi une collection à part entière qui devrait rapidement devenir collector. Deux titres à ce jour : Le Garçon qui voulait courir vite (deuil et amour entre frère et sœur) et Tsina (amitié entre une jeune fille et un cheval), 2017.

Aux éditions Casterman

Hors la loi, Cherub 16, Robert Muchamore, traduit de l’anglais par A. Pinchot, 2017.

Aux éditions PKJ

Divergente, Véronica Roth, traduit de l’anglais par A. Delcourt, 2017.

Bonne nouvelle : PKJ publie les trois tomes de cette dystopie, rendue célèbre par le cinéma, en poche dans sa collection « Best ».

 

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Automne-hiver 2016

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

Tous citoyens, tous politiques ! Débats et portraits, Sandra Laboucarie, illustré par Vincent Bergier, Nathan, 2016.

Voici un ouvrage qui devrait figurer dans tous les CDI tant les questions soulevées sont au cœur de l’actualité. Les collégiens et lycéens y trouveront matière à s’informer sur les différents aspects de la politique en France et dans le monde : les grandes idées, les régimes autoritaires ou démocratiques et leurs chefs, partis (français), les lois : élaboration, respect, désobéissance, le vote, l’engagement citoyen, etc. En une dizaine de chapitres décomposés en « Débats » puis « Portraits » (ces derniers parfois sous forme d’interviews) illustrant concrètement les notions abordées, l’auteure, de façon engagée, réussit à aborder de nombreux points essentiels pour comprendre, réagir et agir.

Vrai ou faux, ouvrage collectif traduit de l’anglais, Gallimard jeunesse, 2016.

À tous les curieux qui se posent de nombreuses questions concernant le corps humain, la nature, les sciences et la technologie, l’espace, la terre et l’histoire ou la culture, ce livre répondra de façon détaillée et vivante. Un bon moyen d’être au clair sur toutes les idées reçues : oui, les séismes sont extrêmement nombreux, mais seuls quelques-uns sont dévastateurs ; non, les rats ne transmettent pas directement la peste, même s’ils véhiculent les puces porteuses de la maladie ; non, la lune ne comporte pas une face sombre : c’est juste qu’elle nous présente toujours la même face ; oui, la pénicilline a bien été découverte par accident ; non, les médailles d’or des Jeux olympiques sont pas en or massif, mais en vermeil, et ce depuis 1912. Un bel album illustré dont la mise en page fait penser à celles des magazines.

Les Tops de l’Antiquité : Égypte ancienne, Mythologie Grecque, Rome, Sandrine Mirza et Hélène Montardre, illustré par Sylvie Bessard, Glen Chapron et Vincent Desplanche, Dokéo, Nathan, 2016.

Chaque double page traite de façon simple et vivante, à partir d’une maquette récurrente, d’un ou deux sujets liés à la civilisation évoquée en ce qui concerne l’Égypte et Rome : aspects les plus importants (la momification ; les jeux du cirque), dates (la bataille d’Actium en -31 ; le partage de l’empire en 395), personnages (Ramsès II ; Néron), lieux (Giza ; Pompéi), dix records (l’écriture la plus compliquée : les hiéroglyphes ; le prisonnier le plus célèbre : Vercingétorix). En ce qui concerne la mythologie grecque, il s’agit de présenter les dieux et les héros, de Gaia à Oreste en passant par Tantale et Antigone… On se demande cependant pourquoi la Grèce n’a pas été présentée de la même façon que les deux autres civilisations, ce qui aurait rendu l’ouvrage plus cohérent et moins hétérogène. Néanmoins, une mine d’informations utiles et intéressantes, en 240 pages, au format carré.

 « Coups de cœur » ACTUALITÉ

Nouveautés en matière d’édition et de collections

La Brigade de l’ombre : La prochaine fois ce sera toi, Vincent Villeminot, Casterman, 2016.

Le commissaire Léon Markowicz dirige une brigade un peu spéciale, puisqu’elle est chargée de traquer les goules, créatures qui peuvent se montrer très violentes. Lorsque le corps d’une jeune lycéenne, Valentine Manant, est retrouvé atrocement mutilé, le policier comprend très vite que cette affaire le concerne personnellement : sa famille est menacée, alors qu’il a tout fait pour protéger sa femme Anne-Cécile, ainsi que ses filles Fleur et Adélaïde, au point de se séparer d’elles dix ans plus tôt, ce qui a ruiné son couple. Secondé par des adjoints aussi tourmentés et marginaux que lui, il se lance à la poursuite d’un assassin déterminé, prêt à toutes les horreurs pour se venger. Si le ton et les ellipses volontairement entretenues peuvent tout d’abord désarçonner le lecteur, il finit par s’attacher à des personnalités complexes, originales, porteuses parfois de lourds secrets. Ce roman vraiment noir, non dénué d’humour, certes, mais qui ne cède pas à la facilité d’une fin heureuse, constitue le premier tome d’une trilogie mi policière, mi fantastique, destinée aux plus âgés.

Harry Potter et l’enfant maudit, J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne, traduit de l’anglais par J-F. Ménard, Gallimard, 2016.

Je suppose que je n’apprendrai rien à personne en évoquant la parution du texte de la pièce mise en scène par John Tiffany, qui connait un succès triomphal à Londres ! Il s’agit donc, non pas du huitième tome de la saga, mais de dialogues rédigés par Jack Thorne sur une idée originale de J.K. Rowling. Le début reprend l’épilogue du tome sept : « Dix neuf ans plus tard ». Harry, 37 ans, marié à Ginny, dirige le Département de la Justice Magique au ministère de la Magie, dont la titulaire n’est autre qu’Hermione ; il est père de trois enfants : James, Albus Severus et Lily, dont la cousine, fille de Ron et d’Hermione, se prénomme Rose. Dans le train qui le mène pour la première fois à Poudlard, Albus fait la connaissance de Scorpius Malefoy. C’est le début d’une amitié inattendue qui sera au cœur de l’intrigue, s’étalant sur plusieurs années, faisant passer à l’arrière-plan de nombreux autres personnages. Tous deux affectés à Serpentard, les jeunes garçons partagent les mêmes complexes face à des pères que, pour des raisons différentes, ils trouvent écrasants. Pour s’opposer à son père et parce qu’il est tombé amoureux de Delphi, la nièce d’Amos Diggory (le père de Cédric, mort dans La Coupe de feu), Albus va entrainer Scorpius dans une aventure qui les renverra plusieurs fois dans le passé afin d’essayer de le modifier, ce qui s’avèrera lourd de conséquences. Les parents devront s’en mêler et oublier leurs différends passés pour sauver leurs enfants… D’un rythme soutenu, la pièce se laisse lire sans trop de déplaisir, même si assister au spectacle doit être autrement plus impressionnant (rappelons que la pièce dure 5 heures…). On retrouve, du moins en partie, l’univers de la saga, mais les inconditionnels risquent d’être frustrés face à certaines incohérences ou facilités. En ce qui me concerne, je déplore des dialogues souvent mièvres et des retours dans le passé artificiels. Il faudra en outre attendre la parution en poche pour que le prix du livre soit abordable. Je signale que toutes les couvertures des sept tomes parus en Folio Junior ont été redessinées par un jeune graphiste britannique, Olly Moss, choisi par l’auteure. Ajoutons enfin, phénomène qui ne vous aura pas échappé, que le cinéma (cinq films prévus) s’est emparé d’un ouvrage publié en 2001, Les Animaux fantastiques (épuisé pour l’instant), petit livre dans lequel J.K. Rowling donnait vie au manuel scolaire des petits sorciers de Poudlard, rédigé par Norbert Dragonneau. Les éditions Gallimard publient donc parallèlement toute une série d’albums documentaires luxueux liés à l’univers du film.

Les Humanimaux, Éric Simard, Mini Soon, Syros Jeunesse, 2016.

L’enfaon, L’enbeille, L’enlouve, L’engourou, L’enbaleine et L’encygne, mi-enfants, mi-animaux, ont une sensibilité accrue et des capacités hors normes. Génétique, rêve, pouvoirs, amitié sont quelques-uns des thèmes abordés.

20, allée de la Danse : Rivales, Parfaite… ou presque !, L’Ombre d’un frère, Petite rebelle, Élizabeth Barféty, illustré par Magalie Foutrier, Nathan, 2016.

Créée en partenariat avec L’Opéra national de Paris, cette série, comportant déjà quatre titres, restitue sous forme fictive le quotidien des élèves de l’école de danse, à savoir six amis, parmi les plus jeunes de l’école. Chaque tome se centre sur l’un d’eux, fille ou garçon, en abordant les problèmes essentiels auxquels ils sont confrontés : rivalité, peur de l’échec, compétition, etc. 155 pages rédigées en gros caractères, accessibles dès le primaire pour tous ceux que la vie des petits rats passionne. À noter, dans un même cadre de collaboration, la parution concomitante d’un ouvrage extrêmement documenté, Les Coulisses de l’Opéra, de Claudine Colozzi, pour tout savoir sur les lieux, l’histoire, les arts et les artistes liés à la danse. Même maquette que Les Tops de l’Antiquité (voir ci-dessus).

Apprentis Chercheurs : Sur la piste de l’arc en ciel, Un mystère sous l’océan, Des empreintes dans le passé, Une lumière venue de l’espace, Hélène Montardre, illustré par Laurent Audouin, Premiers Romans, Nathan, 2015 et 2016.

Lancée en 2015, cette série met en scène Lisbeth et Matt, sœur et frère curieux de tout ; aidés de leur oncle Philibert, ils percent les mystères de l’univers : les enfants abandonnent peu à peu les explications magiques ou fantastiques pour arriver progressivement à une conception rationnelle et scientifique du monde ; les titres sont explicites. Une collection qui documente à travers une fiction.

J’en profite pour signaler quelques ouvrages de cette collection abordable dès le CP, selon les titres :

H.E.N.R.I endort les grands, Yves Grevet, illustré par Jesse Pauwels, 2016.

Cette série publiée depuis 2014 comporte déjà six titres mettant en scène Manon, dont le nouvel ami, H.E.N.R.I, dispose de pouvoirs extraordinaires. Ce tome dévoile la signification du nom de celui-ci : Hyperpoilu, Extraterrestre, Nomade, Remarquablement Intelligent. Reste à garder le secret ! Beau plaidoyer en faveur de l’acceptation de l’autre, si différent de nous soit-il.

La Famille trop d’filles : Anna la rebelle, Susie Morgenstern, illustré par Clotka, 2016.

Dans la famille Arthur, vous pouvez demander l’une des six filles dont Anna est l’ainée, ou Gabriel le petit dernier, à moins que ce ne soit Billy le garçon au pair irlandais ! Quant aux parents, ils sont retenus ailleurs par leur travail … Cette fois-ci, c’en est trop pour Anna qui n’en peut plus de gérer toute la fratrie. À la sortie du collège, avec la complicité de son ami Martin, elle décide de rester clandestinement chez lui pour la nuit. Il n’en faudra pas plus à Grand-mère Léo pour comprendre que « les droits universels des enfants » s’appliquent également à sa petite fille. Une série humoristique et dynamique qui comporte déjà une dizaine de titres, consacrés chacun à l’un des enfants ainsi qu’à Billy, à chaque parent et à la mamie.

Le livre qui fuit, Roland Fuentès , illustré par Amandine Laprun, 2016.

Timéo, le héros du Bureau des mots perdus (R. Fuentès, Nathan, 2012) a reçu de la part de son père un ouvrage extraordinaire intitulé Le Secret des mots d’amour ; ce livre précieux se transmet de génération en génération. Pas découragé par les 458 pages, Timéo compte bien l’utiliser pour déclarer son amour à Juliette ; mais soudain, les lettres quittent progressivement le livre. Désespéré, Timéo fait appel à la clinique des livres ; celle-ci lui envoie son ami Athanase qui finira par découvrir le remède. Un récit humoristique, regorgeant de trouvailles amusantes, jouant avec les mots et rendant hommage aux livres érigés au rang de personnes qui souffrent et dont il faut à tout prix prendre soin. Les deux titres s’intégreront sans peine dans un réseau autour des mots.

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…) ; rééditions comportant des modifications

Aux éditions Gallimard

Tobie Lolness : La Vie suspendue et Les Yeux d’Élisha, Timothée de Fombelle, illustré par François Place, 2016.

Pour fêter le dixième anniversaire de la parution des aventures de Tobie, dont le courage est inversement proportionnel à la taille (un millimètre et demi), l’éditeur a réuni les deux tomes (également parus en Folio Junior) en un superbe opus illustré par François Place. Belle astuce : la jaquette de couverture, une fois dépliée, constitue une affiche recto-verso représentant le chêne face été et face hiver avec une multitude de détails. Ce sera l’occasion pour de nouveaux lecteurs de faire la connaissance du peuple minuscule qui vit depuis la nuit des temps dans le grand chêne et de la traque dont Tobie fait l’objet. Un roman d’aventures remarquable exaltant l’amitié et l’amour.

Le passage, Louis Sachar, traduit de l’anglais par J-F. Ménard, Folio junior, 2016.

On retrouvera avec plaisir et émotion les aventures de Stanley Yelnats, injustement condamné, envoyé creuser des trous au Camp du lac vert. Publié à l’origine par l’École des loisirs.

Mon père est parti à la guerre, John Boyne, traduit de l’anglais par C. Gibert, Folio Junior, 2016.

Voir présentation dans le n° 61 de Recherches, 2014, réseau « Grande Guerre ».

Le mystère de Lucy Lost, Michael Mopurgo, traduit de l’anglais par D. Ménard, Folio Junior, 2017.

Voir présentation dans la chronique électronique « Automne-Hiver 2015 », réseau « Grande Guerre ».

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle, Pôle Fiction, 2017.

Voir présentation dans le n° 63 de Recherches, 2015, réseau « Rêve ».

Junk, Melvin Burgess, traduit de l’anglais par L. Devaux, Pôle fiction, 2017.

Reprise d’un célèbre roman sur l’amitié, l’amour, la drogue. La lente descente aux enfers de Nico et de Gemma.

W.A.R.P., Eoin Colfer, traduit de l’anglais par J-F. Ménard, Pôle Fiction, 2015, 2016, 2017.

Les trois tomes, L’Assassin malgré lui, Le Complot du colonel Box et L’Homme éternel, sont à présent disponibles au format poche. Espionnage et voyages dans le temps au programme !

Le Père Goriot, Balzac, Folio Junior, version abrégée, 2016.

 

 

 

Enfin, Roald Dahl est mis à l’honneur par les éditions Gallimard car il aurait eu 100 ans le 13 septembre 2016. De ce fait, tous les romans de l’auteur bénéficient d’une nouvelle couverture et 10% des droits d’auteur seront reversés à des associations de bienfaisance. En outre, certains sont publiés en grand format (14,90 €) tels :

Le Bon Gros Géant, traduit de l’anglais par J-F. Ménard, 2016.

Quatre histoires (Charlie et la chocolaterie, Charlie et le grand ascenseur de verre, James et la grosse pêche, Matilda), traduites de l’anglais par M.‑R. Farré, É. Gaspar, M. Orange, H. Robillot), illustrées en couleurs par Q. Blake, 2016.

Moi, Boy et plus encore, traduit de l’anglais par J. Hérisson et J.‑F. Ménard, illustré par Q. Blake, 2016.

Le récit de l’enfance de R. Dahl est enrichi de lettres, photographies, anecdotes et textes inédits, insérés au fil du texte, avec, en prime à la fin, un quiz qui permettra de vérifier que le lecteur sait tout sur l’auteur.

Roald Dahl, Le géant de la littérature de jeunesse, 2016.

Il s’agit d’un ouvrage collectif coédité avec le magazine Lire. Composé de quatre sections (La saga Roald Dahl, L’œuvre, Dahl inédit, Autour de R. Dahl), l’ouvrage se présente comme une revue abondamment illustrée de nombreuses photos et documents, réunissant des interviews de l’auteur et de ses proches, des témoignages de son illustrateur attitré et d’écrivains français contemporains, des textes et illustrations inédits, bref, une somme sur un « géant » de la littérature jeunesse qui devrait contenter tous ses fans.

Aux éditions Flammarion

L’alchimiste, Paulo Coelho, traduit du portugais par Jean Orecchioni, illustré par Michel Galvin, 2016.

Nouvelle édition illustrée de ce classique, autrefois paru en Castor Poche (épuisé).

La Reine des Neiges, Andersen, illustré par C. Gestaut, 2016.

Aux éditions Casterman

Un lion à Paris, Béatrice Alemagna, Les albums Casterman, 2016.

Un gros lion jeune, curieux et solitaire, quitte sa savane natale pour Paris, ville sur laquelle il concentre tous ses espoirs. Notre ami déambule dans une ville qui ne cesse de le surprendre et que nous voyons tout à coup de son point de vue, ce qui donne lieu à de belles illustrations et collages, dans les tons ocres, humoristiques et poétiques, très signifiantes par rapport au texte qu’elles complètent efficacement. Étonné, voire déçu, de passer inaperçu, de monument en rencontres, il finira par trouver la place qui lui convient parfaitement, où il sera joyeusement salué par tous les Parisiens. À la manière d’un conte des origines, l’auteure imagine l’histoire de la statue du lion de la place Denfert-Rochereau à Paris, érigée par Bartoldi entre 1876 et 1880.

Réédition très grand format (38,5 x 29 cm, à lire dans le sens horizontal, la page du haut étant consacrée au texte, celle du bas à l’image) d’un album de référence en littérature jeunesse (recommandé au cycle 2) pour le dixième anniversaire de sa parution (Autrement, 2006).

Ernest et Célestine et Noël chez Ernest et Célestine, Gabrielle Vincent, 2016.

Trois histoires, La Fanfare (inédit), La Tasse cassée et Le Patchwork, réunies dans un coffret pour le premier titre ; nouvelle édition d’un classique dans un format souple à prix modique pour le second.

Le Coffre enchanté, Jean-François Chabas, illustré par David Sala, 2016.

Nouvelle édition et nouvelle couverture pour cette histoire de coffre qui ne veut pas s’ouvrir, ce qui contrarie beaucoup l’empereur.

100 jours en enfer et Trafic, Robert Muchamore, 2016.

Édition collector des deux premières aventures des jeunes agents de Cherub. Signalons également qu’elles font désormais l’objet de bandes dessinées réalisées par John Aggs (2016, 2017).

Aux Éditions Syros

Dix petits noirs, Collectif, Hors collection, 2016.

Nouvelle édition de dix récits policiers incontournables : Didier Daeninckx, Le Chat de Tigali ; Joseph Périgot, Qui a tué Minou Bonbon ? Marie et Joseph, Le Crime de Cornin Bouchon ; Thierry Jonquet, On a volé le Nkoro Nkoro ; Jean-Loup Craipeau, Crime caramels ; Olivier Mau, Armand et le commissaire Magret ; René Frégni, Marilou et l’assassin ; Gérard Carré, Sèvres-Babylone ; Marc Villard, Les Doigts rouges ; Jean-Hugues Oppel, Trois fêlés et un pendu.

Dix histoires de futur, Collectif, Hors collection, 2016.

Reprise de dix ouvrages parus dans la collection « Mini Syros Soon » : Claire Gratias, Opération « Maurice » ; Éric Simard, L’Enfaon ; Ange, Le Très Grand Vaisseau ; Jeanne-A Debats, L’Enfant-satellite ; Carina Rozenfeld, À la poursuite des Humutes ; Éric Simard, Robot mais pas trop ; Jeanne-A Debats, L’Envol du dragon ; Nathalie Le Gendre, Libre ; Claire Gratias, Une porte sur demain ; Ange, Toutes les vies de Benjamin.

Aux éditions PKJ

Geek Girl, Holly Smale, traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec, 2016.

Parution progressive, au format poche, de la série éditée en grand format par Nathan (cinq tomes à ce jour). Pour suivre les aventures d’Harriet Manners, qui sait tout sur tout mais semble socialement inadaptée. Saura-t-elle saisir sa chance de devenir une autre quand une agence de top-modèles la repère ? Ton humoristique pour cette saga adolescente parfois déjantée.

La Voleuse de livres, traduit de l’allemand par Marie-France Girod, Markus Zusak, 2017.

Passage en poche de ce livre très original, dont l’intrigue se situe en Allemagne nazie : la narratrice n’est autre que la Mort.

Ne t’arrête pas, Michelle Gagnon, traduit de l’anglais par Julien Chèvre, 2017.

Passage en poche du premier tome de ce thrilleur haletant, trilogie éditée en grand format chez Nathan. Solitaire et méfiante, Noa a néanmoins besoin d’aide lorsqu’elle se rend compte qu’elle a été opérée, à son insu, par des inconnus. C’est Peter, hacker comme elle, qui la lui apportera ; ils devront fuir leurs poursuivants et combattre le concepteur du maléfique projet « Perséphone », prêt à tout pour mener une expérience scientifique terrifiante. Société corrompue par l’argent, ressources et dangers d’internet, manipulations génétiques sont quelques-uns des thèmes au cœur de ce récit sans temps mort.

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Printemps-été 2016

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

50 inventions qui ont fait le monde (2)50 inventions qui ont fait le monde de Philippe Nessmann, Flammarion Jeunesse, 2016

Chaque année, indique l’auteur en fin d’ouvrage, deux cent mille brevets d’invention sont déposés… C’est dire s’il lui a fallu opérer un choix draconien, mais éclairé vu son expérience, pour présenter aux jeunes lecteurs ces inventions qui ont marqué le monde et les hommes depuis plus de deux mille ans. Présentées de façon chronologique (de la Préhistoire à nos jours), du galet taillé au smartphone en passant par le livre de recettes, le celluloïd ou le tube à vide (pour évoquer les moins « connues »), à raison d’une par page, chaque invention est resituée par pays puis sur une frise chronologique, décrite dans ses aspects essentiels et illustrée par des photos, des schémas, des tableaux ou des gravures. Un ouvrage précieux pour les collégiens voire les écoliers dès la fin du primaire.

 « Coups de cœur » ACTUALITÉ

Demain, je t’écrirai encore. Lettres de jeunesse des grands écrivains rassemblées et présentées par Marie-Ange Spire, Textes classiques, Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2015

Belle idée que d’avoir réuni trente et une lettres rédigées par vingt et un écrivains durant leur jeunesse, entre  sept (Marcel Aymé) et vingt-trois ans  (Guy de Maupassant) … Qu’elles soient adressées à des proches ou à des amis, voire des aimé(e)s, ces lettres touchent par leur naïveté, leur sincérité et ce qu’elles révèlent des futures célébrités. Qu’il s’agisse de Verlaine, 14 ans écrivant à Victor Hugo (auquel Baudelaire écrivit également), de Marcel Proust, 15 ans écrivant à sa grand-mère en terminant par des phrases syntaxiquement torturées puis phonétiques, de Rimbaud suppliant Paul Verlaine de le rejoindre ou de George Sand qui passe du tutoiement au vouvoiement vis-à-vis de sa mère en quelques années, le lecteur sera surpris ou amusé du contenu de ces missives dont l’orthographe originelle a été conservée.

Un carnet de lecture apporte des compléments en fin d’ouvrage sur les écrivains concernés et le genre que constitue la lettre.

Duchesses Rebelles - T1 - L'intrépide cousine du RoiDuchesses rebelles : L’intrépide cousine du Roi d’Anne-Marie Desplat-Duc, Flammarion Jeunesse, 2016

Les fans des Colombes du Roi-Soleil se réjouiront en découvrant cette nouvelle série qui prend pour héroïnes cinq jeunes duchesses exilées pour avoir participé, de près ou de loin, à la Fronde dirigée contre Mazarin, qui aurait pu empêcher Louis XIV de régner. Contrairement aux jeunes filles précédemment évoquées, celles-ci ont réellement existé et ont vécu à la cour avant d’en être chassées. Mais elles espèrent bien y retourner ! Anne-Marie Louise de Bourbon-Orléans, duchesse de Montpensier (fille de Gaston d’Orléans, frère du roi Louis XIII) alias « Mademoiselle » est l’héroïne de ce premier tome. Supportant difficilement sa réclusion à Saint-Fargeau et se languissant de la vie parisienne trépidante, elle décide d’écrire à d’autres jeunes « frondeuses », amies ou rivales, exilées comme elles, afin de  les convier à un jeu, prétexte à leurs retrouvailles. Elle réussit à les convaincre de rédiger leurs mémoires afin que leurs actions ne soient pas oubliées au profit de celles des hommes. Étant à l’initiative de cette proposition, c’est elle qui prendra la plume la première après leur avoir donné rendez-vous l’année suivante afin de se lire les meilleurs extraits de leurs textes.

L’histoire est au rendez-vous, le glamour également !

Les Yeux Du DragonLes yeux du dragon de Stephen King, traduit de l’anglais (E-U) par  E. Châtelain, illustré par N. Duffaut, Flammarion, 2016

 King a écrit un jour un roman à l’intention de sa fille Naomi alors âgée de 13 ans. Les amateurs de magie gothique apprécieront les déboires et les aventures de Peter, héritier du royaume de Délain qui devra faire preuve de beaucoup de patience, d’intelligence, de ruse et de courage pour retrouver sa position de prince héritier du royaume. Voulant assurer son pouvoir et sa domination, le magicien Flagg empoisonne le roi Roland, fait injustement condamner et emprisonner Peter pour, ensuite, manipuler à sa guise Thomas, le cadet. La fin évoque de façon allusive le combat de Thomas et de Dennis, son majordome, contre Flagg ; les lecteurs assidus du romancier se souviendront qu’on retrouve ces personnages dans les romans pour adultes, La tour sombre ou Le Fléau.

Il s’agit donc d’un conte, comportant toutes les caractéristiques du genre ; les deux frères déjà orphelins de mère, la reine  Sasha étant morte en couches, se retrouvent seuls après l’assassinat de leur père dont l’ainé est immédiatement accusé ; les personnages sont relativement stéréotypés, voire manichéens : Peter est un garçon pur et valeureux, qui pourra compter le moment venu sur ses amis Ben Staad, Naomi Reechul et Dennis, prêts à souffrir et à donner leur vie pour l’aider ; Flagg, qui revient de façon cyclique sur terre pour y semer le chaos, incarne le mal absolu ; certains changent de camp lorsqu’ils découvrent qu’on les a délibérément trompés et manipulés, tel le juge Peyna connu pour son intransigeance mise au service de la loi qui, sur la foi des preuves accumulées contre Peter, l’a condamné à moisir dans la tour de l’Aiguille depuis cinq ans.  Quant à Thomas, élevé dans l’ombre de son frère, devenu la marionnette de Flagg, rongé de culpabilité, il suscite la compassion du lecteur qui apprécie sa décision de partir à la poursuite du magicien. Le narrateur intervient à de nombreuses reprises, pour interpeller le lecteur, susciter sa curiosité, anticiper ou moraliser, conférant ainsi à ce récit initiatique des marques d’oralité.

Cité 19 volume 2Cité 19 : Ville noire (Tome 1) et Zone blanche (Tome 2) de Stéphane Michaka, PKJ., Pocket Jeunesse, 2015 et 2016

Faustine ne croit pas un instant au suicide de son père, Louis Treussart, le gardien chef du musée d’Orsay, avec lequel elle vit seule depuis la disparition subite douze ans auparavant de Sylvia Sutton, sa mère. Elle se lance dans une enquête personnelle : après avoir agressé un policier qui la harcèle, s’être disputée avec ses amis Vikram et Morgane, elle se réfugie dans le métro où elle aperçoit un homme mystérieux, déjà repéré, qu’elle soupçonne de faire partie d’une secte, les Illuministes, ayant  peut-être enlevé son père ; soudain tout bascule … et elle se réveille au dix-neuvième siècle sous le second empire. La lycéenne de seize ans un peu timide n’est pourtant guère dépaysée dans ce Paris vieux de cent cinquante ans, cette période ne présentant aucun secret pour elle, vu sa passion pour l’histoire. Elle fait la connaissance de plusieurs cousettes dont Manon pour laquelle elle se prend d’affection. Mais un tueur en série sévit dans les rues de Paris, tuant bestialement ses victimes. Faustine réussit à se faire embaucher comme reporter au Petit Journal  devenant Faustin par la même occasion, ce qui lui permettra de continuer à fouiner. Va-t-elle retrouver son père ? Réussir à faire capturer l’assassin ? Les mystérieux « Veilleurs » sont-ils amis ou ennemis ? Et qui est ce Zapruder qui semble surveiller tout le monde ?

Ce roman en deux tomes, à la croisée de nombreux genres (policier, historique et anticipation), mène le lecteur par le bout du nez jusqu’au milieu de la première partie du tome un, opérant un renversement saisissant dont après coup on se remémore quelques indices. Ensuite, les lieux, époques, personnages et points de vue alterneront ; bien que le lecteur en sache parfois davantage que l’héroïne, certaines surprises lui seront encore réservées jusqu’à la fin, même si, échaudé, il devient plus vigilant et anticipe certaines révélations. La fin, très ouverte, permet de penser que l’on pourrait retrouver Faustine … ailleurs !

Une intrigue originale, sans temps mort où l’imaginaire est roi, une héroïne intelligente, de plus en plus déterminée et n’ayant pas froid aux yeux, de multiples rebondissements, faux-semblants et manipulations font de ce récit, dont le style s’apparente volontairement à celui du roman feuilleton, une lecture agréable que l’on pourrait facilement intégrer dans un réseau « Fille ou garçon ? » vu les métamorphoses de Faustine, ou mieux encore, dans celui intitulé « Rêve ou cauchemar ? ». Précisons enfin que Cité 19 a préalablement fait l’objet en 2012 d’un feuilleton radiophonique en cinq épisodes que l’on peut écouter grâce au lien suivant : http://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/cite-19-15.

CV Les effets du hasardLes effets du hasard de Marie Leymarie, Syros, 2016

Maïa vit dans une société très proche de la nôtre, à la différence près qu’elle a été choisie sur catalogue afin de correspondre le mieux possible au rêve de ses parents ayant recouru pour eux-mêmes à une agence qui les a déclarés compatibles à 98 % … Jusqu’à présent, l’adolescente de quinze ne remettait pas vraiment en question cette société, adepte de la procréation artificielle mais qui méprise cependant les donneurs qu’elle rémunère pour sélectionner ensuite les embryons de futurs enfants vendus très cher ; Maïa se rend compte que si elle a les yeux noisette et un QI de 117, c’est parce que les yeux bleus ou verts ainsi que les QI plus élevés sont hors de prix. Elle craint de ne pas donner satisfaction à ses parents, telle son amie Lily qui, malgré un QI de 128, n’est pas heureuse : sa mère la trouve trop grosse et elle déçoit son père, qui travaille dans les laboratoires de l’entreprise « Best Children Ever ». Son malaise s’accroit quand elle découvre que ses parents ont commandé un garçon déjà prénommé Tom ayant QI de 132. Et ce, d’autant plus qu’elle commence à ressentir une émotion nouvelle : elle a rencontré Anthony dont elle est tombée amoureuse. Ses parents lui proposent donc de prendre le remède incontournable de cette « maladie bénigne de l’adolescence » : des comprimés de Deluvio300.

Rédigé à la première personne par Maïa, ce court récit d’anticipation, que j’aurais aimé plus dense et plus approfondi, aborde la question fondamentale de l’amour sous toutes ses formes, les émotions et la souffrance qu’il peut engendrer ainsi que le désir de perfection, forcément illusoire. La vie comporte de multiples risques et surprises, bonnes ou mauvaises, c’est ce qui en fait le prix ! Maïa découvre, d’abord avec effroi et dégout, que certains enfants sont nés naturellement, portés par leur mère et qu’ils vivent avec leurs géniteurs, tels Anthony ou Melody ; ils n’ont pas la vie simple, car  davantage suivis et soumis à une obligation de résultats scolaires par exemple, quand ils ne sont pas ostracisés comme la jeune fille parce que sa mère, Chiara, est « donneuse » ; elle découvre également qu’on peut ne pas porter de bracelet électronique, rendu obligatoire par les assurances, et donc ne pas être pistée en permanence par sa famille ou les autorités ; ébranlée par sa rencontre avec les Idéalistes refusant une société qui, sans être totalitaire, cherche à tout contrôler notamment les émotions (cf. Le passeur de Loïs Lowry), Maïa s’interroge et se révolte, doute de l’amour que lui portent ceux qui l’élèvent et cherche à rencontrer ses parents biologiques. Au terme d’un cheminement un peu trop rapide à mon gout, elle comprend puis fait comprendre aux siens que rendre un enfant heureux, c’est l’accepter tel qu’il est, que la génétique ne peut pas tout (cf. Bienvenue à Gattaca, le film d’A. Niccol) loin s’en faut, que chaque être sera toujours unique et non programmable.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…) ainsi que des rééditions comportant des modifications

9782203101999_TOUS FRANCAIS D' AILLEURS _ REEM LEILA ADAMA_HDReem, Leila, Adama … tous Français d’ailleurs. Six histoires d’immigration pour comprendre les débats d’aujourd’hui de Valentine Goby et Ronan Badel, Casterman, 2016

Il s’agit de la réunion de cinq ouvrages déjà parus, plus un inédit qui présente l’histoire de Reem, jeune réfugiée syrienne. J’ai déjà eu l’occasion de présenter, sous forme unitaire, celle d’Adama (Mali 1988) et de Lyuba (Roumanie 2010). On y trouvera en outre celle d’Antonio (Espagne 1936), de Leila (Algérie 1962) et de Thién An (Vietnam 1975). Lectures faciles, essentielles pour aborder le sujet avec les plus jeunes. Pour chaque opus vendu, un euro est reversé au « Réseau Education Sans Frontières » (RESF).

ALICE au Pays Des MerveillesAlice au pays des Merveilles de Lewis Carroll, traduit par H. Parisot, illustré par C. Gastaut, Castor Poche, Flammarion Jeunesse, 2016

Texte intégral d’un classique recommandé au cycle 3.

La Passe-Miroir : les Fiancés de l’hiver de Christelle Dabos, Pôle fiction, Gallimard Jeunesse, 2016. Publié simultanément en Folio

Parution au format poche du tome 1 d’une trilogie dont le deuxième, Les disparus du Clairdelune  est déjà sorti en grand format. Unanimement salué par la critique, ce roman initiatique se déroulant dans un univers d’héroïc fantasy, met en scène le destin d’Ophélie, dont l’apparence peu attirante dissimule certains dons : lire le passé des objets ou traverser les miroirs par exemple. Elle vit sur l’arche d’Anima où règnent magie et absence de hiérarchie ; elle ne peut cependant pas se dérober à la décision des Doyennes : il lui faut partir pour la citacielle, capitale flottante (cf. la couverture du livre) du Pôle, pour épouser Thorn, le surintendant du seigneur Farouk. Débute alors pour cette anti-héroïne nombre d’aventures plus époustouflantes les unes que les autres. Ce récit d’apprentissage débordant d’imagination a remporté le prix du premier roman Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama en 2013 ainsi que plusieurs autres prix.

Je signale au passage que cette année, pour sa deuxième édition, le prix a été remporté par :

larispemLes mystères de Larispem : le sang jamais n’oublie de Lucie Pierrat-Pajot, Gallimard Jeunesse, 2016

Autre auteure, autre monde, « rétro-futuriste » cette fois : en 1899,  Paris, baptisé Larispem, est devenu une Cité-Etat indépendante où les bouchers forment une caste importante depuis que leur ruse et leur courage ont  permis à la Commune de triompher des aristocrates en 1871 ! Carmine l’apprentie louchébem (comprenez « bouchère » en argot de cette corporation), son amie Liberté, mécanicienne, et Nathanaël, orphelin, vont être impliqués dans une aventure qui va les confronter  au pouvoir occulte du sang mis au service de la vengeance.

Un ouvrage original, mi-uchronie, mi-steampunk, sur lequel je reviendrai sans doute prochainement.

Multiversum 3 : Utopia de Léonardo Patriganni, traduit de l’italien par F. Fiore, Pôle fiction, Gallimard jeunesse, 2016 (Tome 1 : Multiversum, tome 2 : Memoria)

Cette trilogie dystopique est donc à présent disponible en poche. Jenny, Alex et Marco effectuent un voyage spatio-temporel dans des univers parallèles en quête de vérité et d’identité.

A noter : l’auteur vient de publier un nouveau roman chez le même éditeur, dans la collection Scripto : Là-bas (traduit de l’italien par N. Nédélec-Courtès). Depuis l’assassinat de sa mère, un an plus tôt, Veronica, effondrée, se débrouille seule comme elle peut et se met à vivre des expériences extrasensorielles.

L'AMOUR_couv.inddL’amour en chaussettes, Gudule, Romans, 2016

Excellente nouvelle : Thierry Magnier réédite sous un nouveau format et une nouvelle couverture ce roman  présenté dans la chronique du n° 46 de Recherches, consacrée au Journal intime.

 

9782203091160_CHERUB T15 BLACK FRIDAY (POCHE)_HDBlack Friday de Robert Muchamore, traduit de l’anglais par A. Pinchot, Casterman, 2016

La quinzième aventure de Cherub au format poche : attaque terroriste sur le territoire américain et démantèlement du clan Aramov au programme.
De plus, les éditions Casterman publient également Les dossiers secrets de Cherub (cf. rubrique « Enfants espions »).

Je signale enfin que l’auteur s’est lancé dans la rédaction d’une nouvelle série située dans un univers très différent : celui de la musique. Rock War (traduit par A. Pinchot, Casterman, 2016) met en scène deux adolescents, Dylan et Jay ainsi qu’une jeune fille, Summer, que l’on suit tour à tour. Issus de milieux très différents, éprouvés chacun à leur manière par la vie, ils ne se connaissent pas mais partagent une même passion pour la musique ou le chant. C’est une émission de téléréalité musicale qui va les réunir, mais ce sera pour le prochain tome !

Après avoir pris le temps de présenter les différents personnages principaux – et secondaires d’ailleurs – dans leur quotidien, l’auteur accélère progressivement le rythme pour terminer en feu d’artifice. Le lecteur s’attache aux personnages, des adolescents d’aujourd’hui, encore très jeunes, mais déjà habités par des rêves ambitieux. Atmosphère parfois déjantée mais roborative ! Une couverture flashy comme vous pourrez le constater …

Des nouvelles de réseaux déjà présentés

Anorexie

9782203102286_LE COMPLEXE DU PAPILLON_HDLe complexe du papillon d’Annelise Heurtier, Casterman, 2016

Agée de 14 ans, Mathilde Fournier se persuade brutalement qu’elle n’est pas jolie, qu’elle est grosse et qu’il lui reste beaucoup de chemin à parcourir avant de devenir papillon … Pourtant sportive, elle se trouve affreuse et ne voit que ses grosses cuisses, désespérée lorsqu’elle se trouve boudinée dans une belle robe bleue qu’elle voudrait porter pour le mariage de Prune, la sœur de Louison, sa meilleure amie. Stimulée par la métamorphose spectaculaire de Cézanne, une camarade de classe moquée deux ans plus tôt, qui ressemble à présent au mannequin Cara Delevingne, Mathilde se soumet à un régime draconien, basculant en quelques mois dans l’anorexie mentale.

Bien que très court, le récit rend compte de façon dense, concise, voire poétique, du cheminement d’une adolescente qui, pour de multiples raisons dont aucune n’est privilégiée, cherche à maitriser son corps à défaut du reste de sa vie et en ressent de la toute-puissance. Bouleversée par la mort prématurée de sa grand-mère maternelle, peu encouragée à communiquer avec sa mère, très pudique et surtout convaincue que Jim, objet de son désir, ne fera jamais attention à elle, Mathilde se réfugie dans la maladie sans le reconnaitre. Elle se fâche avec Louison et se coupe des autres, nie la réalité, utilisant les stratagèmes habituels pour s’affamer et éviter les questions embarrassantes. Jusqu’au jour où son corps et son amie la trahissent… Cela permettra à la mère et à la fille de se parler enfin à cœur ouvert, pour l’une d’exprimer enfin ses sentiments, pour l’autre de comprendre que ses parents l’aiment et la soutiennent. Mathilde admet enfin qu’elle doit se soigner et guérir.

Enfant-espion

9782203098374_BODYGUARD T3_HDL’embuscade (Bodyguard, tome 3) de Chris Bradford, traduit de l’anglais par Chloé Petit. Casterman, 2016

Bien qu’il ait promis à sa grand-mère de ne plus prendre de risques, Connor Reeves doit remplacer au pied levé son camarade Marc, opéré d’urgence ; il part donc au Burundi pour une courte mission baptisée « Cœur de Lion », consistant à protéger les deux enfants de Laurent Barbier, un diplomate français. En effet, Ambre, 16 ans, et Henri, 8 ans, vont participer, avec leurs parents et les plus grands dignitaires du pays, à un safari organisé dans le tout nouveau parc national de la Ruvubu que la France a contribué à financer.  Mais évidemment, ce qui s’annonçait comme une mission courte et plutôt attrayante, se transforme rapidement en stage de survie pour les trois adolescents, confrontés à un coup d’état fomenté par un rebelle aguerri. Le général Pascal, surnommé le Mamba noir en raison de sa cruauté, est à la tête d’une armée sanguinaire composée, entre autres, d’enfants soldats embrigadés et conditionnés à tuer. Parmi eux, se trouve « Sans-Merci » qui a oublié jusqu’à son nom ! Livrés à eux-mêmes dans un environnement hostile, traqués par les rebelles, confrontés à des braconniers ou menacés par des animaux sauvages, les adolescents passent leur temps à fuir le danger, heureusement aidés par la petite Zuzu qui connait bien les lieux ; mais peuvent-ils lui faire confiance ? Et Gunner, le ranger qu’ils finissent par retrouver, est-il vraiment de leur côté ? Lequel de ses ministres a trahi le président Bagaza ?

Comme dans les épisodes précédents, le lecteur, à l’instar des personnages, ne connait aucun répit et vit au gré des rebondissements et coups de théâtre. Le récit met bien en valeur la complexité de la situation instable de cette partie de l’Afrique ainsi que le poids d’une corruption généralisée, y compris de la part de personnes que l’on n’aurait pas soupçonnées a priori. Le problème des enfants-soldats m’a semblé particulièrement prégnant et ce troisième opus s’ancre davantage que les précédents dans une réalité contemporaine douloureuse. Connor est de nouveau confronté à l’organisation occulte Equilibrium en la personne de son exécuteur des basses œuvres, M. Grey, dont l’attitude est plus ambigüe que jamais à son égard … Le jeune homme, une nouvelle fois en butte aux avances d’une jeune fille qu’il a protégée et défendue, prend enfin conscience des sentiments éprouvés pour son amie Charley, qui s’apprête à lui raconter pourquoi et comment elle s’est retrouvée en fauteuil roulant. On attend donc impatiemment le quatrième épisode !

9782203106550_CHERUB - LE DOSSIER SECRET_HDDossiers secrets de Robert Muchamore, traduit de l’anglais et adapté par A. Pinchot, Casterman, 2016

Les agents recrutés par Cherub ont beau posséder de multiples qualités, ils n’en restent pas moins (raisons pour lesquelles on les emploie d’ailleurs …) des adolescents, voire des enfants, facétieux, désobéissants, prêts à commettre les pires bêtises ; on en a déjà eu un aperçu à travers leurs multiples aventures et leur vie au campus. Mais cette fois-ci, l’auteur nous livre les dossiers confidentiels de Zara Asker, la directrice de Cherub. Cette dernière a notamment saisi une publication clandestine, Cherub News (« Faites-moi circuler, mais ne vous faites pas pincer ! » proclame d’emblée la feuille de chou …) dans laquelle, entre autres, les jeunes agents réalisent des interviews et font allusion à leurs missions, leur vie privée ou à des activités illicites menées sur le campus, ce que la direction ne peut tolérer ! Zara envoie donc à ses collaborateurs une série d’extraits sélectionnés parmi les douze éditions connues de ses services, en leur demandant de mettre fin à cette publication. C’est ainsi l’occasion de régaler les fans de récits inédits : première mission de Kerry ou des jumeaux Connor et Callum, conflit  « fratricide » chez les T-shirts rouges ; la deuxième partie du livre contient de nombreuses révélations concernant James, à travers les rapports de fin de mission rédigés sur son compte : analyse de sa personnalité en lien avec l’absence de figure paternelle et, plus audacieux, trois hypothèses sur son devenir.

Un ouvrage soigné qui réjouira les amateurs de la série ainsi que ceux qui apprécient les fac-similés pleins d’humour (Cherub News) ou plus sérieux (courriel ou rapports de Zara Asker).

Rêve ou cauchemar ?

La vie rêvée d'EveLa vie rêvée d’Eve : le choix d’Anna Carey, traduit de l’anglais (États-Unis) par H. Zilberait, Pocket jeunesse, PKJ, 2016

Suite des aventures d’Eve présentées dans le numéro 63. Bien qu’elle ait dû quitter Caleb, blessé, puisque seules les femmes peuvent vivre à Califia, Eve se sent enfin en sécurité et heureuse de retrouver son amie Arden qui a réussi à l’y rejoindre. Mais ce répit sera de courte durée. Elles doivent fuir de nouveau et sont capturées par les soldats du roi. Arden est reconduite à l’école tandis qu’Eve est emmenée à la Cité des Sables où elle découvre ses origines. Mais la gloire ou le mariage forcé avec l’architecte du roi, Charles Harris, n’intéressent pas celle qu’on nomme désormais « princesse Geneviève » : seul Caleb, recherché pour meurtre (celui des deux soldats qu’elle a tués) compte à ses yeux.

Ce deuxième tome se passe essentiellement dans la Cité des sables où le roi met en place La Nouvelle Amérique au prix de nombreux sacrifices et dérapages. Le souverain-dictateur, qui a tout mis en œuvre pour retrouver sa fille naturelle, cherche à amadouer celle-ci : même si Eve constate qu’il peut se montrer sincère et doux parfois, elle fait malheureusement l’expérience de sa détermination face à la résistance qu’il combat sans pitié. Espérant toujours sauver ses amies contraintes de devenir des reproductrices malgré elles, et prête à se sacrifier pour sauver Caleb, la jeune fille, enfin au clair sur ses sentiments, prend des décisions douloureuses et doit finalement s’en remettre au grand chef de la résistance, Moss.

Rebondissements, complots, alliances et trahisons au programme en attendant la suite des événements dans le tome suivant.

 

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Automne-hiver 2015

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

Adama ou la vie en 3 D, Du Mali à Saint-Denis de Valentine Goby, illustrations d’O. Tallec. Français d’ailleurs, Casterman, 2015. (Format poche).

Même si cette fiction-documentaire située en 1988, a été rédigée il y a quelques années déjà, elle n’en reste pas moins d’une actualité brulante. Adama commence à s’interroger sur sa culture d’origine lorsque qu’un musicien malien ami, Ibrahima, est arrêté par la police pour être expulsé. Né en France, vivant dans la cité Louise Michel à Saint-Denis, ce collégien passionné de musique se demande alors pourquoi tant de Maliens quittent leur pays pour venir s’entasser en banlieue parisienne. Très impliqué dans les actions associatives, y compris à Kayes, sa ville d’origine, son père lui propose de l’accompagner pour l’inauguration d’une école qu’il a contribué à financer. Ce sera l’occasion pour Adama de découvrir ses racines, de mieux se connaitre et de comprendre les motivations des candidats à l’immigration. Dossier, réactualisé, en fin d’ouvrage.

Petites histoires des mots venus du grecPetites histoires de mots venus du grec de Brigitte Heller, Flammarion jeunesse, 2015.

Pour tout savoir sur l’origine de mots connus (ou moins…) derrière lesquels se cachent des aventures fabuleuses ou des personnages mythiques. De « Atlas » à « Zodiaque », sous forme d’abécédaire, un ouvrage très pédagogique, à petit prix.

Vivre ensemble depuis siteVivre ensemble : 25 questions autour de la citoyenneté de Nicolas Rousseau, Premiers Castor Doc, Flammarion, 2015.

C’est quoi une république ? Un enfant a-t-il des droits ? C’est quoi la laïcité ? Pourquoi s’attaque-t-on aux religions ? Hommes et femmes sont-ils égaux ? Voilà quelques exemples parmi les vingt-cinq questions, organisées en cinq chapitres, reprenant celles que les enfants posent souvent, sans qu’il soit parfois très facile de leur répondre clairement et simplement. Chaque notion fait l’objet d’une double page, certes succincte, puisqu’on s’adresse à des enfants du primaire, mais visant l’essentiel et incitant au débat.

« Coups de cœur » ACTUALITÉ

Soeurs RamdamLes sœurs Ramdam de Françoise de Guibert, illustrations de R. Badel, album, Thierry Magnier, 2015.

Ne charme pas les oreilles du public de Quietcity qui veut ! Thelma et Louise, les sœurs Ramdam l’apprennent à leurs dépens : personne ne supporte les notes émises par le violon et la flute des demoiselles, pas plus leurs parents qui les chassent de la cabane en rondins ou l’institutrice qui préfère passer d’urgence aux mathématiques, que les nouveaux colons qu’elles font fuir et leur « ramdam » indispose même les prédateurs du coin, humains ou animaux… Mais le facétieux Oumpapoose pense se mettre en valeur en les capturant. C’est oublier le « talent musical » des deux visages pâles que leurs ravisseurs auront bien de la peine à supporter ! Troisième opus (après Billy le môme en 2011 et Oumpapoose cherche la bagarre en 2013) d’une série humoristique autour du Far-West destinée aux plus jeunes, à laquelle les dessins couleur sépia confèrent charme et drôlerie.

La tête ne sert pas qu'à tenir les cheveuxLa tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux de Sabine Panet et Pauline Penot, Thierry Magnier, 2015.

Les deux auteures ont renouvelé leur complicité créatrice pour donner une suite aux aventures de la famille Bocoum (cf. Le cœur n’est pas un genou que l’on peut plier, 2012, présenté dans le numéro 59 de Recherches, p. 186). Ce deuxième tome débute au Sénégal où toute la famille (sauf Awa dont je rappelle qu’elle a échappé de peu à un mariage forcé) s’est rendue pour les vacances, occasion pour tous de se confronter aux traditions. Sur les conseils de Flore, la mère d’Agathe, Awa se rend au planning familial en raison de douleurs récurrentes. Elle découvre avec stupeur et colère qu’elle a été excisée. Persuadée que pour Ernestine, il est déjà trop tard, elle met tout en œuvre pour éviter cette mutilation à sa petite sœur Amayel, avec l’aide de la gynécologue Esther Fellmann et de son collègue de la PMI François Cabano. Elle se confie de nouveau à sa tante Dado, laquelle file le parfait amour avec Marcel Mérindol, sans imaginer à quel point les parents de son amoureux sont racistes. De son côté, Ernestine, toujours habitée par sa vocation d’actrice, court les castings mais se heurte aux préjugés des cinéastes quant aux rôles qui lui conviendraient. Enfin, Aminata s’épanouit dans une activité de confection de repas exotiques qui pourrait bien se développer. Mais tout se précipite lorsque la grand-mère Nawdé débarque en France pour une opération.

Même si les romancières distillent de nouveau optimisme et humour, le sujet ne peut se traiter avec la même légèreté que le précédent, d’où, je pense, un mélange de ton par rapport au premier tome ; confrontée à une découverte qui la bouleverse, Awa se révolte et, n’osant aborder de front le sujet avec sa mère, s’en prend à Dado. Épaulée par des adultes extérieurs à la famille, elle est prête à collaborer avec la police pour démanteler le réseau des « exciseuses maliennes ». Elle va néanmoins s’apercevoir que les choses sont plus compliquées qu’elle ne l’imaginait ; ayant subi le poids des traditions, Nawdé, Aminata et Dado ont accompli une révolution silencieuse : Awa ne doit cette mutilation qu’à son statut d’ainée. C’est ce que lui expliquera sa mère dans une très belle scène qui restitue son histoire à sa fille. Le grand mérite de ce livre est d’aborder sans fard un problème difficile et douloureux lié à la culture et aux traditions d’un peuple, qu’il serait ridicule de juger et condamner sans essayer au moins d’en comprendre les fondements, même s’il n’est pas question d’approuver ni de laisser faire. On notera d’ailleurs que si la culture africaine recontextualisée est au centre de l’intrigue, la religion et la culture juives sont également passées au crible à travers les personnages de Jacob qui se demande bien pourquoi il ferait sa Bar-Mitsva alors qu’il n’est pas croyant, du rabbin Daniel Libermann sidéré par la maturité de cet adolescent de 13 ans dont il accueille les interrogations avec bienveillance, ou le réalisateur Arié Zélikine remaniant son scénario pour pouvoir proposer un rôle à Ernestine. Et, clin d’œil final, c’est à Khalidou, singulièrement absent de toutes les péripéties qui ont précédé, qu’il appartiendra d’annoncer cette bonne nouvelle à la future comédienne…

12 ans, 7 mois et 11 joursDouze ans, sept mois et onze jours de Lorris Murail, Pocket Jeunesse, PKJ, 2015.

Vous voulez endurcir votre empoté de fils, nul au baseball ? Faites comme Jack Stephenson : allez le conduire dans une forêt du Maine et abandonnez-le dans une cabane, non sans lui avoir laissé une carabine, une batte de baseball, des allumettes, quelques conserves, deux « manuels » de survie et un pigeon voyageur… Puis recommandez-lui de ne pas quitter un périmètre précis. Walden, douze ans sept mois et trois jours, déjà abandonné par sa mère partie au Pérou, croit tout d’abord que son père lui fait une mauvaise blague, qu’il est resté à proximité pour l’observer mais doit se rendre à l’évidence : il est seul et va devoir se débrouiller ! Certes naïf et peu sportif, le jeune garçon est cependant intelligent, logique, et malgré une grande incompréhension face à l’attitude de son père, il cherche à se montrer digne de son amour et organise sa survie ; contre toute attente, l’adolescent n’est pas aussi seul qu’il pourrait le croire. Toute la première partie du roman est focalisée sur le jeune robinson, soutenu par la lecture et l’utilisation des deux romans de Thoreau laissés par son père. Le lecteur pense ainsi qu’il s’agit d’un roman initiatique : un père peu sympathique uniquement passionné de sport et de voitures (il possède une Chevrolet Impala SS 1995 rouge cerise à laquelle il tient énormément) tente de faire de son fils un homme. Mais ce que le prologue laissait deviner se confirme durant la deuxième partie centrée sur Jack qui, détenant un lourd secret, n’a pas forcément fait preuve de clairvoyance par rapport à son fils. Le rythme s’accélère et le suspense change de dimension. Des clins d’œil en direction de Stephen King, un final digne d’un film d’action, une réflexion sur les rapports intergénérationnels et les rapports humains, des passages sombres et violents, même si l’auteur termine sur une note humoristique, font de ce récit un livre surprenant.

afterworldsAfterworlds de Scott Westerfeld, traduit de l’anglais (États-Unis) par G. Fournier, Pocket Jeunesse PKJ, 2015.

L’auteur, déjà évoqué à propos des réseaux « Dictature de la beauté » et « Filles déguisées en garçons », livre cette fois-ci un ouvrage original du style « deux en un ». En effet, grâce à une subtile mise en abyme, le romancier alterne deux récits, tous deux fictifs bien sûr, mais dont l’un est censé être la réécriture du roman qu’une jeune lycéenne de 17 ans va bientôt publier. Chaque chapitre alterne donc le « conte de fée » vécu par Darcy Patel, d’origine indienne, qui arrive éblouie à New York, et le cauchemar de l’héroïne de son livre, Lizzie, seule survivante d’une tuerie qui s’est déroulée à l’aéroport de Dallas. Grâce à un basculement dans « l’envers du décor », sorte d’expérience de mort imminente, elle échappe à la tuerie et rencontre Yamaraj, un jeune homme vieux de plusieurs milliers d’années : comme elle en a fait elle aussi l’expérience, il est passé volontairement du côté des morts afin de les protéger car ces fantômes « survivent » grâce aux souvenirs des vivants. Nous suivons donc deux histoires en parallèle, sachant qu’elles ont des liens dans la mesure où Darcy s’interroge constamment sur ce qu’est l’écriture, le talent, et connait les affres de la page blanche : elle a rédigé son roman en à peine un mois et son éditrice lui offre un pont d’or pour sa publication ainsi que celle d’une suite, mais lui demande des remaniements notamment concernant la fin. Outre l’évolution psychologique de Darcy qui quitte sa famille et tombe amoureuse d’une autre écrivaine, Imogen Grey, c’est l’univers du petit monde newyorkais de l’édition qui retiendra l’attention : nul doute que l’auteur, qui le connait bien, n’y ait mis une certaine ironie, reste à savoir si elle sera perçue par tous les lecteurs. Il s’agit donc d’une réflexion intéressante sur l’inspiration et la manière dont les écrivains recomposent la réalité, s’inspirent d’elle, de leur vécu pour écrire : entre Darcy puisant dans la culture religieuse hindoue ou dans ce qu’elle croit être le passé de sa mère, piquant des idées de scène à sa copine ou recyclant ses lectures (on écrit toujours sur du déjà écrit) et Imogen prenant des notes sur tout ce qu’elle voit, entend, collectionnant des tas d’objets ou de noms qui pourraient servir, mettant en scène des éléments de son passé ou se faisant enfermer dans un coffre de voiture pour mieux écrire la première scène de son roman, l’auteur, mine de rien, livre quelques secrets au lecteur : celui-ci en verra l’application directe ou recomposée dans la prose de Darcy, voire celle d’Imogen dont il nous livre également le début de la trilogie. De nombreux personnages secondaires, famille et amis de Darcy mais également éditeurs, critiques, écrivains confirmés ou débutants donnent de l’épaisseur au récit matriciel ; du côté du roman de l’héroïne qui se réécrit sous nos yeux, on retiendra l’aspect fantastique lié au statut particulier de Lizzie et de Yama, leur attirance mutuelle, la présence des fantômes, le passage d’un monde à un autre, la détermination de l’héroïne à supprimer un tueur en série, ses relations avec ses parents, divorcés, bref les ingrédients habituels de la « young littérature ». L’auteur se paie même le luxe de faire critiquer par Lizzie (personnage de Darcy auteure) le terme de « psychopompe » qui désigne son pouvoir, le trouvant laid alors que l’auteure en est très satisfaite ; elle en trouvera d’ailleurs un autre « brillants » proposé par un autre personnage, jugé bien meilleur ! On se saurait mieux illustrer, je pense, le processus de mise en abyme.

COUV_Scandale#scandale de Sarah Ockler. Traduit de l’anglais (États-Unis) par A. Guitton. Nathan. 2015.

La narratrice, ado atypique de 17 ans qui préfère dégommer les zombies plutôt que de se pomponner, accepte d’accompagner le petit copain de sa meilleure amie au bal du lycée. Secrètement amoureuse de Cole depuis quatre ans, Lucy l’embrasse et dort dans le même lit que lui. Mais ces scènes, ainsi que d’autres qui compromettent tous leurs amis, sont photographiées à leur insu avec le téléphone, volé, de la jeune fille, puis publiées sur son compte Facebook. Commence alors pour celle-ci un long calvaire : tout le lycée la déteste, Ellie ne lui parle plus, et une page « Bad Lucy » est créée. Même si elle se reproche d’avoir mal agi en écoutant ses sentiments, Lucy se sait innocente des méfaits dont on l’accuse et ne sait comment prouver sa bonne foi. Aidée de quelques élèves, elle mène l’enquête pour découvrir la vérité.

Même si le style ne m’a pas enthousiasmée, ce récit me semble intéressant par le sujet qu’il aborde, à savoir l’impact des réseaux sociaux sur les adolescents et les dérives inévitables. Traité sur le mode de l’humour et de la comédie, l’intrigue n’échappe pas à la caricature parfois : la grande sœur star, la principale Madame Zeff qui surfe sur sa page Facebook devant Lucy, l’attitude du groupe « anti nouvelles technologies » baptisé S@tan… En revanche, les interventions de Lady Blabla m’ont beaucoup plu, leur ton est plaisant, juste et, quand on sait qui se cache derrière le personnage, l’histoire prend tout son sens. Mais l’auteure n’exploite pas tous les aspects de son intrigue et m’a donné l’impression d’hésiter entre plusieurs tons, d’où mon malaise sans doute.

Nouveautés en matière d’édition et de collections

Folio Junior en VO

Gallimard Jeunesse lance les « Folio Junior en VO » qui proposent des textes courts et accessibles, en version originale, à destination des collégiens et lycéens. Des notes au fil du texte traduisent les mots difficiles ; l’auteur ainsi que thème abordé sont présentés à la fin de l’ouvrage.

Citons par exemple :

Dahl siteLamb to the slaughter and other stories de Roal Dahl, Folio Junior Version Originale, 2015.

Ce recueil comprend quatre nouvelles, dont deux au moins ont déjà été largement exploitées par les pédagogues : Coup de gigot qui lui donne son titre, déjà traduite chez Folio Junior, est publiée chez Folio (Bizarre ! Bizarre ! 1962). Les trois autres, The way up to heaven, William and Mary ainsi que The Landlady (vous savez, cette adorable logeuse…) se trouvent dans un autre recueil de chez Folio Gallimard, ayant pour titre Kiss Kiss (1962).

the mozart questionThe Mozart question de Michael Morpurgo, illustré par M. Foreman, Folio Junior Version Originale, 2015.

Plus jamais Mozart, déjà publié sous forme d’album junior, narre l’histoire du violoniste Paolo Lévi avec lequel Lesley, journaliste débutant, s’entretient à Venise. Le musicien, hanté par son passé, finira par s’en libérer en livrant l’histoire douloureuse vécue par ses parents dans les camps d’extermination.

Des parutions au format poche de titres déjà évoqués (ou pas, d’ailleurs…) ainsi que des rééditions comportant des modifications

L’histoire de Malala (cf. n° 61) ; Vango, Timothée de Fombelle, Folio Junior, Gallimard, 2015.

Ici et maintenant, A. Brasharès ; Le château de Cassandra, Dodie Smith (cf. n° 46) ; Animale : La malédiction de Boucle d’or, Victor Dixen ; Cœurs brisés, têtes coupées, R. Schneider, Pôle Fiction, Gallimard, 2015.

Le journal d’une déesse, T. Buongiorno, Flammarion Jeunesse, 2015. Accompagné d’un cahier spécial (jeux et exercices + corrigés) pour aller plus loin.

Des nouvelles des réseaux déjà présentés

Fille déguisée en garçon

deux-soeurs-un-destin-tome-2-le-guet-apens-de-maya-snow-1030767598_MLDeux sœurs un destin : La trahison et le guet-apens de Maya Snow, traduit de l’anglais par Alice Marchand, Flammarion Jeunesse, 2014.

Réédition au format poche, chez le même éditeur, d’une tétralogie intitulée Les Filles du Samouraï (2009). Pour échapper à leur oncle Hidehira qui vient d’assassiner leur père et leurs deux frères, Kimi et Hana, filles du Jito Yoshijiro (gouverneur de province) se déguisent en garçons et se cachent dans le dojo dirigé par le célèbre Maitre Goku où sont formés les futurs samouraïs. Bien résolues à venger l’honneur de leur famille, elles y perfectionnent l’art du combat tout en cherchant à retrouver leur mère et leur petit frère, Moriyasu, qui ont disparu lors du massacre de la maisonnée Yamamoto. Obligées de se déguiser et d’oublier leur condition privilégiée, les deux jeunes filles, aidées de leur ami Tatsuya, devront faire preuve de beaucoup de courage et d’astuce, au cours de nombreuses pérégrinations et de maints combats, avant d’espérer ranger leur épée…

Racontées au présent et à la première personne par Kimi, alias Kagenashi, les aventures trépidantes et bien documentées des deux sœurs, se déroulant dans le Japon féodal du 13e siècle, raviront les amateurs de combats martiaux et de culture nipponne. Deux jeunes filles de bonne famille, éduquées dans la tradition et destinées à servir le thé mais qu’un père avisé avait néanmoins initiées au combat, réalisent ainsi, dans l’adversité, contraintes et forcées, un rêve qu’elles pensaient inaccessible vu leur sexe.

Chine

COUV_Contes&Legendes_ChineContes et légendes de Chine de Janine Hiu, illustrations de Boll, Nathan, 2015.

On ne présente plus cette collection (dont les couvertures sont illustrées par François Roca depuis plusieurs années) qui, comme son intitulé l’indique, fait la part belle aux récits issus de maintes cultures, civilisations, régions du monde entier. Parmi les milliers d’histoires liées à une civilisation millénaire, l’auteure en a sélectionné et adapté 14 représentatives à ses yeux de la diversité d’une culture encore largement méconnue des occidentaux. Qu’il s’agisse de récits fondateurs (rôle du géant Pan Gu dans la création du monde ou de la déesse Nü Wa dans celle des hommes), de contes étiologiques (explications de l’origine de la soie ou du calendrier chinois), d’histoires d’amour fou et a priori impossibles entre des êtres de nature différente, inquiétantes voire surnaturelles (peinture qui s’anime) ou humoristiques (un crapaud tenant en respect un tigre), sans oublier celles qui mettent en scène le dragon, animal fabuleux si important dans la culture chinoise, tous ces contes contribueront sans aucun doute à donner l’envie d’approfondir la connaissance d’un folklore riche et foisonnant.

tangram magique pivoinesLe Tangram magique : L’Énigme des pivoines, L’Énigme du pékinois, L’Énigme du sceau de jade et l’Énigme du perroquet bleu, de Florence Lamy, illustrations d’A. Laprun, Casterman, 2014-2015.

Ces quatre aventures de la jeune Li-Na se déroulent dans la chine ancienne. La première débute lorsque la jeune orpheline recueillie et élevée par Grand-mère Dong reçoit pour ses dix ans un tangram de la part de l’apothicaire M. Zhou ; elle découvre alors les pouvoirs magiques du carré d’ébène. Grâce à celui-ci et à son ami Cheng, le vendeur de thé, elle réussira à retrouver le tableau dérobé à Madame Lo.

Rédigée au présent et mettant en scène certains personnages récurrents dont l’héroïne et son ami, chaque histoire, facile à lire, tend vers la résolution d’une énigme, tout en mettant en valeur différentes facettes de la vie chinoise de l’époque. Il s’agit également d’une quête initiatique car, comme elle l’indique à la fin du premier opus, Li-Na espère que l’objet magique l’aidera à retrouver ses parents. Chaque ouvrage offre un tangram magnétique de couleur différente qui permet de réaliser les figures évoquées dans l’intrigue, dont les solutions sont données à la fin.

Enfant-espion

BODYGUARD T2 - La rançonLa rançon (Bodyguard, tome 2) de Chris Bradford, traduit de l’anglais par Chloé Petit. Casterman, 2015.

Après avoir protégé et sauvé la fille du président américain, Connor Reeves, remis de ses blessures, a retrouvé son unité secrète, ses amis ainsi que l’entrainement. Même s’il est persuadé n’avoir dû ses exploits qu’à la chance, Connor est de nouveau choisi pour accomplir une autre mission, avec une partenaire cette fois-ci : la redoutable Ling, championne d’arts martiaux et teigneuse à souhait. Les deux adolescents sont chargés de protéger Emily et Chloé, deux jumelles, filles du milliardaire australien Maddox Sterling, à la tête d’un empire médiatique. Emily ayant déjà été enlevée, celui-ci ne veut prendre aucun risque lors de leurs vacances aux Maldives à bord d’un luxueux yacht. Commencée sous les meilleurs auspices, la croisière vire au drame lorsque des pirates attaquent le bateau, font des victimes et prennent les jeunes filles ainsi que leur future belle-mère en otage. Ils exigent une rançon exorbitante, que Sterling rechigne à payer ! Mais là n’est pas le problème car derrière les pirates se cache un mystérieux commanditaire bien plus dangereux qu’eux ; l’organisation occulte Equilibrium et son exécuteur de basses œuvres, M. Grey, ne reculent devant rien en effet pour atteindre leurs objectifs. Une fois encore, Connor, resté seul après le renvoi de Ling, devra déployer force, courage et ruse pour protéger les jumelles, pas toujours coopératives, pourtant menacées de plusieurs côtés à la fois. Nombreux rebondissements et retournements de situation.

Grande guerre

Le mystère de Lucy Lost de Michael Morpurgo, traduit de l’anglais par D. Ménard, Gallimard Jeunesse, 2015.

Les opinions pacifistes de l’auteur sont connues et voici une nouvelle occasion pour lui de les affirmer. En mai 2015, Alfie et son père Jim vont pêcher le maquereau près de St Helen’s, un ilot inhabité de l’archipel des Scilly où ils vivent : ils y découvrent une jeune fille d’une douzaine d’années, blessée, à moitié morte de faim et de soif. Celle qui sera baptisée « Lucy Lost » partage dès lors la vie de la famille Weathcraft qui prend soin d’elle tout en essayant de découvrir qui elle est, d’où elle vient. Amnésique et muette, Lucy retrouve petit à petit le gout de vivre grâce à leur amour et à l’acharnement de Mary qui la considère comme sa fille, tandis qu’Alfie et elle deviennent de plus en plus proches. Elle se laisse ainsi progressivement apprivoiser par le phonographe, le piano dont elle joue, Peg la jument qu’elle chevauche puis accepte finalement de fréquenter l’école… Le docteur Crow et l’institutrice Mlle Nightingale veillent également sur elle, notamment quand elle est aux prises avec l’horrible instituteur Beagley ou avec la population bientôt persuadée, au vu de quelques indices, qu’elle est allemande. En effet la guerre et son lot d’atrocités, telles les soldats tués ou mutilés à l’instar du jeune Jack Brody, le naufrage du Lusitania et ses milliers de morts, avivent les rancœurs et la méfiance chez des habitants pourtant réputés ouverts et généreux : ils l’ont en effet prouvé en 1875 en sauvant les marins allemands du « Schiller » et plus récemment les naufragés du Lusitania et le prouveront encore en se mobilisant pour rechercher Billy, l’oncle d’Alfie parti sur son bateau, même si tous le trouvent « bizarre ». L’auteur marie, comme souvent il aime à le faire, les points de vue en alternant les récits : encadrement de l’histoire par l’intervention (« Pour commencer » et « Pour finir ») d’un narrateur à la première personne censé être le petit fils de « Lucy » (à ne pas confondre avec l’auteur !), récit principal à la troisième personne, entrecoupé de celui à la première personne de la jeune américaine Merry embarquant avec sa mère sur le Lustania afin de retrouver son père blessé et hospitalisé près de Londres et qui luttera avec courage pour sa survie ; d’autres passages à la première personne : extraits du journal du docteur Crow, extraits du registre scolaire de M. Beagley et enregistrement de la grand-mère du narrateur à New York, viennent compléter l’intrigue qui pourrait donc ainsi figurer également dans un réseau « Narration complexe ». L’histoire de l’héroïne se présente ainsi comme un puzzle que le lecteur reconstitue plus vite que les personnages, le suspense résidant davantage dans la tournure que vont prendre les événements : Lucy va-t-elle retrouver la mémoire, va-t-on l’épargner ? En bon magicien, l’auteur va jeter des Allemands naufragés, sauvés par Billy, sur les rives des Scilly dont l’un, Wilhelm Kreuz, appartient à l’équipage du U-boot qui a repêché Merry avant de la déposer sur St Helen’s. Le choc fait retrouver la parole et la mémoire à la jeune fille qui peut enfin remercier Wilhelm et raconter son histoire. Grâce aux recherches du docteur Crow, elle retrouve son père, qui, tout comme Alfie, survivra à la guerre. Elle reste tout d’abord à Bryher afin d’épouser Alfie mais ils finiront par rejoindre New York.

Il s’agit donc d’un récit émouvant, basé sur des faits historiques ; même si la guerre n’est pas au centre, c’est elle qui entraine les personnages dans la tourmente et modifie leur destin. Même si elle contraint les hommes à se battre et à se haïr, leur compassion et leur humanité prend parfois le pas sur leur « devoir ». Comme toujours l’auteur s’est documenté et quelques précisions sont données en fin d’ouvrage, notamment sur le naufrage du Lusitania et le dévouement des habitants de Kinsale tentant de porter secours aux survivants : les sauveteurs auraient aperçu le piano du paquebot sur lequel était allongée une petite fille. Il n’en fallait pas plus au romancier pour reconstituer le destin de cette fillette.

Les coups de cœur d’Élizabeth Vlieghe – Printemps-été 2015

« Coups de cœur » DOCUMENTAIRES

Petites Histoires des noms de ruePetites histoires des noms de rue de Thierry Delahaye, Flammarion Jeunesse, 2015. (Format poche).

Pour découvrir qui se cache derrière ces noms de rues au gré des promenades de Louis, douze ans, et de son Papi Stefanos. Bien connus des jeunes ou plus confidentiels, tous ces personnages revivent grâce à l’érudition du grand-père qui conte leurs exploits ou aventures à Louis. On apprend au passage comment les noms sont donnés, pourquoi et par qui ; intéressant à savoir en cette période où certaines municipalités débaptisent certaines rues dont les noms ne « leur reviennent pas » ! On remarquera également que la parité hommes-femmes est loin d’être une réalité même si à Paris (200 noms de femmes pour 6000 voies…), des efforts sont fournis pour féminiser les plaques !

« Coups de cœur » ACTUALITÉ

COUV_Une histoire à toutes les saucesUne histoire à toutes les sauces de Gilles Barraqué, illustrée par G. Dorémus, Nathan, 2014. (Format poche).

L’hommage aux Exercices de style de R. Queneau figure en tête d’ouvrage et l’on se régale à la lecture de cette histoire, mise à soixante sauces, de chat essayant d’attraper un oiseau mais tombe à l’eau, racontée par une mère à sa fille qui hurle de rire… Tous les jeux sur les mots, la polysémie, les sonorités, les accents, les formes littéraires, etc. sont permis. Un ouvrage que ne renierait sans doute pas Yak Rivais et dont les enseignants feront leurs choux gras !

tontonTonton Zéro chouchou de la télé de Roland Fuentès, Mini Syros Roman, Syros, 2015.

Ludovic Lheureux alias Tonton Zéro s’est mis en tête de devenir le « chouchou » du public en participant au célèbre jeu du même nom, animé par Adrian Legendre-Parfait et entrecoupé de maintes annonces publicitaires. Contre toute attente, Tonton Zéro détrône Robert Patoulachet, tenant du titre depuis huit semaines. Les candidats étant choisis selon leur personnalité (comprenez selon leur démarche, leur manière de manger un œuf, de boire un verre d’eau ou de répondre aux questions …), la maladresse et les bévues de Ludo ont conquis le public qui l’a élu à l’unanimité ! C’est la célébrité : Tonton fait la une des journaux et squatte les plateaux de télévision jusqu’à ce que le public se lasse évidemment, le remplaçant par une autre figure : exit la popularité, il redevient anonyme et se remet à jouer au tennis plutôt que de s’affaler devant son poste.
Rémi, le neveu, est le narrateur de ce récit parodique très court, se gaussant des émissions de jeu et de télé-réalité, mettant en valeur l’illusion d’une gloire fabriquée et éphémère. Les deux personnages ont déjà été mis en scène dans d’autres opus.

54 contes des sagesses du monde petit54 contes des sagesses du monde entier de Jean Muzi, illustrations de F. Sochard, Flammarion Jeunesse, 2015. (Format poche).

Spécialiste de contes traditionnels, l’auteur livre ici un nouveau recueil au sein duquel se côtoient toutes les cultures, qui toutes recèlent des trésors de sagesse. Indispensable pour qui veut prôner la tolérance et le respect d’autrui, de ses traditions et de sa religion.

Le secret d'Orbae petitLe Secret d’Orbæ de François Place, Casterman Poche, 2015.

On ne présente plus l’auteur-illustrateur de ces magnifiques albums qui font rêver jeunes et moins jeunes grâce à ces pays si intensément imaginés qu’ils en deviennent réels à leurs yeux ; Les Derniers Géants (1992) restera à jamais un pur moment d’émotion pour moi ; de nombreux autres chefs d’œuvre ont vu le jour depuis dont L’Atlas des géographes d’Orbæ complété par Le Secret d’Orbæ comprenant deux volumes agrémentés d’un portfolio de dix-huit illustrations originales (2011). Casterman propose à présent les deux histoires parallèles de Cornélius et de Ziyara, qui, partis chacun de leur côté se rencontreront, s’aimeront et chercheront ensemble le merveilleux pays d’Orbæ. Un très beau texte mis à la portée de tous, malheureusement amputé de ses illustrations, ce qui se justifie évidemment par la modicité du prix.

a toute epreuveÀ toute épreuve de Harlan Coben, traduit de l’anglais (États-Unis) par C. Arnaud, Pocket Jeunesse, 2014.

Ce troisième opus des aventures de Mickey Bolitar, tout en confrontant le héros à de nouvelles intrigues, poursuit la quête du personnage quant à la disparition de son père. Alors que l’ouverture du cercueil révèle que ce dernier a été incinéré avec l’accord de sa femme, Mickey bouleversé trouve un dérivatif en essayant d’aider Ema à rechercher son petit ami virtuel, Jared Lowell, qui ne s’est pas présenté au rendez-vous qu’ils se sont fixé. Essayant toujours de se faire reconnaitre et d’être réellement intégré à son équipe de basket, il est également confronté à la disparition de deux joueurs vedette. Aidé de Spoon, toujours cloué sur son lit d’hôpital, et de Rachel dont il a reconquis l’amitié, Mickey retrouve Jared et découvre qui se cachait derrière celui-ci ; les quatre amis dénouent également les fils d’une sombre histoire de dopage, tandis que Mickey, malgré les réticences des membres d’Abeona, cerne davantage le passé de ses parents, ce qui le mènera à la vérité quant à la disparition de son père.

Une intrigue aux multiples rebondissements, au cours de laquelle les personnages progressent dans la connaissance d’eux-mêmes et de l’âme humaine parfois bien retorse. Mickey, fan de basket, découvre à cette occasion que sport et dopage font bon ménage.

Les deux tomes précédents existent déjà au format poche chez Pocket.

Colombes T14Retrouvailles à Versailles d’Anne-Marie Desplat-Duc, Flammarion, 2015.

A l’occasion de la sortie du quatorzième et dernier tome des « Colombes du Roi-Soleil », Flammarion publie une édition limitée dédicacée par l’auteur. C’est la fin d’une aventure qui aura duré dix ans : le mariage de l’une d’entre elles, Louise, est l’occasion de réunir les amies de Saint-Cyr et de connaitre encore de nombreuses émotions. Cet ouvrage ravira tou(te)s les passionné(e)s du Grand Siècle ; un site dédié entretient la flamme ; déjà onze tomes parus au format poche (les tomes 1 et 9 ont été présentés dans le numéro 52 de Recherches).

PF68_4filles5_exe4.inddQuatre filles et un jean pour toujours d’Ann Brashares, Pôle Fiction, Gallimard, 2014.

Autres retrouvailles, celles de Tibby, Lena, Carmen et Bridget, les héroïnes de la série Quatre filles et un jean (4 tomes). Les années ont passé : les filles, devenues adultes, sont confrontées aux aléas de la vie professionnelle, amoureuse et familiale pour certaines. Leur amitié perdure, aussi se réjouissent-elles lorsque Tibby qui vit à présent en Australie leur envoie des billets d’avion pour des retrouvailles en Grèce. Elles ignorent à quel point le rendez-vous sera différent de ce qu’elles avaient imaginé ni combien leur vie en sera chamboulée à jamais. Dix ans après Le dernier été, l’auteure confronte ses personnages aux grandes questions de la vie, sans céder à la facilité.

Quelques nouveautés du côté des éditeurs et des collections

religions autour du mondeGallimard Jeunesse rénove sa collection « Des enfants comme moi » en publiant (2015) trois tomes documentaires, rééditions de titres plus anciens : Fêtes autour du monde de B. et A. Kindersley, Écoles autour du monde (Collectif) et Religions autour du monde de Laura Buller, ce dernier titre étant particulièrement intéressant vu l’abondance de conflits religieux dans le monde actuel. Chaque double page, consacrée à un thème, un point ou un pays particuliers, est abondamment illustrée de photos, dessins, cartes, croquis, entrecoupés par le témoignage d’enfants du monde entier et des explications concrètes sous forme de reportages.

COUV_PHH_CatastropheAPompeiNathan de son côté inaugure en 2015 une nouvelle collection « Petites histoires de l’HISTOIRE », petits ouvrages de 64 pages au prix de 4,95 euros, rédigés par Hélène Montardre et illustrés par C. Chapron, destinés, selon les termes de l’éditeur, à « vivre l’Histoire comme une aventure ». Quatre titres parus ou à paraitre pour l’instant : Vercingétorix contre Jules César, La prise de la Bastille, Le voyage de Christophe Colomb et Catastrophe à Pompéi mettent en scène un jeune héros dans chaque contexte historique précis. Facile et agréable à lire.

En écho de la chronique du numéro 62 « RÊVE OU CAUCHEMAR ? » : pour rêver (ou cauchemarder) encore un peu d’ici quelques mois…

Mauvais rêve, Christian Léourier, Autres Mondes, Mango, 2006.

Aussi libres qu’un rêve, de Manon Fargetton, Autres Mondes, Mango, 2006.

Dans tes rêves, de Johan Héliot, Ragot Thriller, 2013.

La cité de l’ombre et Le peuple d’en haut, Jeanne Duprau, Folio Junior, 2004 et 2005.

La révolte des coloriés et Le secret des coloriés, Alexandre Jardin, Folio Junior, 2004.

Billy Elliot, Melvin Burgess, Folio Junior, 2001.

Rêve de foot, Paul Bakolo Ngoi, Folio Junior, 2004.

Blues en noir, Hubert Ben Kemoun, Tribal Flammarion, 2001.

Gazelle, Hubert Ben Kemoun, Tribal Flammarion, 2007.

Victoria rêve, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, 2012.

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, 2014.

Le miroir brisé, Jonathan Coe, Gallimard Jeunesse, 2014.