Tous les articles par Stéphanie Michieletto-Vanlancker

N° 80 – PRATIQUES DE LECTURE

 

Le numéro décline différentes approches de la lecture au fil de la scolarité, de la maternelle à l’enseignement supérieur en passant par les élèves allophones. Depuis les difficultés de l’apprentissage du code et le questionnement des préconisations officielles jusqu’à la délicate question du sens donné à la lecture, le numéro présente de multiples démarches collaboratives ou ludiques ainsi que des analyses théoriques.

 

Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.

Sommaire


Facile à lire, impossible à comprendre
Patrice Heems


Planifier l’étude du code alphabétique
Jérôme Riou


Le kamishibaï, de la lecture d’albums à l’art oratoire
Florence Jenner Metz


Lire-écrire-dessiner à partir de poèmes. Quelques propositions pour renouveler l’enseignement de la poésie à l’école élémentaire
Laurence Schneider Bertonnier Rosaz


Les 7-15 ans et la lecture de bandes dessinées : enjeux socioculturels et questions pour l’école
Hélène Raux
Lire un extrait


Coopérer pour lire et écrire
Caroline Fagniard


Le forum de lecteurs : lire et interpréter une œuvre littéraire en collaboration
Chloé Sauvaget


Pour un apprentissage légitime de la lecture dans l’enseignement supérieur. Exploiter les interactions et ruptures littéraciques
Marie-Christine Pollet


L’entrée dans l’univers romanesque grâce à un dispositif ludique : un escape game au service de Balzac
Lucie Péronne


« Néron, c’est Emma ! » : parcours d’une lecture ludique de Britannicus de Racine
Claire Augé


Différencier les pratiques de lecture avec les élèves allophones
Julie Prévost


Trois regards sur un dispositif
Patrice Heems, Stéphanie Michieletto-Vanlancker, Séverine Piot
Lire un extrait

 

Éditorial

En 2024, Recherches a 40 ans, un bel âge pour une revue associative. Ce
numéro 80 fait d’ailleurs écho au numéro 1 qui était, lui aussi, consacré à la
lecture (que l’on disait déjà en crise) et qui affichait la ligne éditoriale de la
revue : « tenir à distance les passions et les modes » et « se poser la question
du sens que l’élève peut mettre dans [les] apprentissages ». Depuis lors,
nombreux ont été les numéros consacrés à la lecture, explorant les multiples
facettes d’un apprentissage au cœur de l’enseignement du français – sans
perdre de vue cet engagement militant à proposer et analyser des démarches
qui fassent sens, au regard de la recherche et de l’expérience professionnelle.
Les Pratiques de lecture abordées dans ce numéro n’échappent pas à la
règle.

Certaines contributions abordent ainsi la question de l’apprentissage du
code. Les injonctions officielles actuelles en la matière posent problème à
plus d’un titre. En mettant l’accent sur le déchiffrage et la vitesse de lecture
(la fameuse fluence), elles laissent de côté, comme le souligne R. Goigoux,
deux facteurs essentiels : la prosodie (certes plus difficile à évaluer) et la
compréhension qu’elle révèle. Le « guide orange », manifeste pseudoscientifique
des préconisations officielles a, par ailleurs, un impact sur la
confiance en l’école (tout est fait pour véhiculer auprès du grand public
l’idée d’une crise de la lecture, somme toute relative) et sur le métier lui-même.
Les enseignants sont priés de s’exécuter, de privilégier ce qui se
déchiffre aisément à ce qui a du sens et de choisir un manuel homologué. On
est bien loin de la professionnalisation du métier d’enseignant, raison d’être
d’une revue comme la nôtre, qui met en avant la nécessaire diversité des
pratiques et des outils didactiques. Il sera donc question dans ce numéro des
aberrations auxquelles peuvent conduire ces méthodes imposées, notamment
dans les manuels en pleine course à la labellisation. Apprendre à lire, est-ce
vraiment apprendre à lire n’importe quoi ? au risque d’ailleurs que l’élève
s’habitue à ne pas comprendre ce qu’il saura (ou pas) déchiffrer (vite de
préférence) ? D’autant que le temps manque pour un apprentissage de la
compréhension, pourtant essentiel et complémentaire de celui plus
mécanique du code.

Mais les pratiques de lecture ne s’arrêtent pas à la question du
déchiffrage, et l’essentiel des contributions du numéro s’intéresse également
à la socialisation de la lecture et au sens que peuvent lui donner les élèves.
Qu’elle soit faite par eux ou par l’adulte, qu’elle porte sur des poèmes ou des
albums, des extraits ou des œuvres complètes, il s’agit de l’accompagner. Il
est essentiel en effet de ne tenir aucune lecture comme évidente ou allant de
soi, qu’il s’agisse des « classiques », de la littérature pour la jeunesse, de la
bande-dessinée ou de discours scientifiques. Les démarches proposées
tiennent compte de cet impératif. Elles sont pour la plupart collaboratives
(créer un kamishibaï, participer à un forum des lecteurs par exemple) et
parfois présentées comme ludiques (jeu de rôle ou escape game), non pas
qu’elles ne seraient pas « scolaires » (l’école est par définition le lieu du
« scolaire » et des apprentissages), mais en tant qu’elles constituent des
facilitateurs pour donner du sens à la tâche scolaire et entrer dans l’œuvre.
Réfléchir à un tel angle d’approche, c’est, en tout cas, faire le « jeu » de la
socialisation de la lecture, ouvrir le cercle de la connivence culturelle, duquel
l’élève peut vite se sentir exclu. Et le rôle de l’école est bien de ne pas faire
de la lecture une pratique discriminante. En ce sens, les dispositifs comme
celui du « quart d’heure de lecture » courent le risque d’être contreproductifs
lorsque leur mise en œuvre est imposée par l’institution. Ils prennent tout
leur sens, en revanche, s’ils sont choisis puis adaptés par le professionnel
qui, à l’aune de son expérience, juge ce rituel utile pour sa classe et fait en
sorte qu’il le soit.


La variété des articles présentés dans ce numéro est constitutive d’un
objet d’enseignement tentaculaire et reflète la diversité des approches
possibles en matière de lecture. En quarante ans, les instructions officielles
ont suivi le cours capricieux et volatile des politiques éducatives, la
recherche dans le champ de la didactique du français s’est développée, les
outils technologiques se sont multipliés, les offres en matière d’édition se
sont élargies (le marché est porteur) mais les difficultés que posent
l’apprentissage et la maitrise de la lecture restent les mêmes. Et Recherches
n’a pas fini d’en explorer les contours, modestement, mais avec la même
détermination – loin des passions et des modes – à donner du sens à ce qui se
fait en classe.

 

N° 79 – ANNOTER

Annoter les travaux écrits des élèves est un geste professionnel ordinaire qui interroge cependant les objectifs disciplinaires de l’enseignant·e et sa réflexion sur l’utilité et l’efficacité de cette pratique. Car les annotations ne sont jamais des écrits anodins, tant elles peuvent cristalliser de crispations, de représentations plus ou moins conscientes ou d’affects contradictoires. Ainsi, de l’élémentaire à l’université, les analyses théoriques et les démarches didactiques et pédagogiques proposées ici interrogent l’annotation dans sa double fonction d’objet ou d’outil disciplinaire : qu’il s’agisse de travailler avec ou sur les annotations, l’essentiel est bien de mettre au centre l’idée de la progression toujours possible de l’élève.

Le numéro est disponible aux Presses universitaires du Septentrion.

Sommaire

 

Éditorial

La question de l’évaluation est une question centrale pour les enseignant·e·s et pour leurs élèves : rien de surprenant donc qu’elle ait à de nombreuses reprises donné lieu à un numéro de Recherches, qu’il se soit agi de s’intéresser plus particulièrement aux modalités d’évaluation des objets scolaires (n° 6, Évaluer, 1987), de questionner l’évaluation à l’aune des apprentissages (n° 21, Pratiques d’évaluation, 1994), de l’interroger au regard des prescriptions institutionnelles (n° 38, Évaluations et examens, 2003) ou plus largement de contribuer encore à une approche critique de ces prescriptions et des instruments d’évaluation (n° 63, L’évaluation, 2015). Ce numéro prolonge ces réflexions mais en faisant un pas de côté puisqu’il s’agit de réfléchir ici sur les annotations, qui sont le plus souvent motivées par des besoins d’évaluation, mais qui ne peuvent s’y réduire.

L’apparente simplicité du terme « annoter » ne doit cependant pas faire illusion : de même qu’évaluer, annoter est avant tout une pratique polymorphe, ce dont témoigne bien la diversité des articles du numéro, qui se penchent tout autant sur les annotations en marge des copies que sur des formes moins canoniques d’annotation (post-its, feuilles volantes et appels de notes, fiches diverses de couleurs tout aussi diverses, etc.), ou qui interrogent la proximité et les écarts de la notion d’annotation avec d’autres notions, notamment celle de « trace ». Certaines annotations peuvent d’ailleurs prendre la forme de consignes d’écriture pour accompagner la réécriture, rejoignant ainsi des problématiques liées au brouillon, aux écrits intermédiaires ou à la préparation de l’écriture. Comme l’écrivait Jean-François Halté en 1984 dans un article fondateur[5] (et cité d’ailleurs à plusieurs reprises dans ce numéro), l’annotation est orientée vers l’avenir, et constitue l’une des bases du dialogue pédagogique.

C’est sans doute ce qui explique que la plupart des contributions à ce numéro envisagent l’annotation du côté de l’enseignant·e, dont c’est l’un des gestes professionnels les plus complexes : on annote à la fois (ou tour à tour) pour diagnostiquer, pour constater ou pour évaluer dans une logique plus formative. Dans tous les cas, il s’agit d’interroger non seulement la forme même – et le support – de ces annotations, mais surtout le sens qu’on leur donne ainsi que leurs destinataires. Si les annotations s’adressent le plus souvent aux élèves, elles peuvent avoir comme destinataires les parents, mais aussi les collègues, la hiérarchie – quand elles ne sont pas simplement destinées à soi-même, l’annotation pouvant avoir comme fonction principale ou secondaire de se concentrer sur la copie, d’aider à se repérer dans le texte de l’élève et à se l’approprier.

[…]

  La thématique du numéro nous a été proposée par Olivia Lewi et Blandine Longhi, qui ont organisé le mercredi 8 juin 2022 à l’Inspé de Paris une journée d’étude intitulée « Annoter des textes d’élèves : une compétence professionnelle à construire », et dont plusieurs des communications alimentent ce numéro de Recherches. Qu’elles en soient ici chaleureusement remerciées !